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CRC LA RÉUNION

Le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de La Réunion est un
établissement public autonome placé sous une double autorité : administrative et financière par
son conseil d’administration et opérationnelle par le préfet de La Réunion. Le SDIS compte
plus de 2 000 agents, incluant sapeurs-pompiers professionnels (SPP), sapeurs-pompiers
volontaires (SPV) et personnels administratifs, techniques et spécialisés (PATS). Ces effectifs
sont répartis au sein de deux groupements territoriaux, regroupant un total de 28 centres de
secours, ainsi que plusieurs groupements fonctionnels chargés des fonctions supports et
rattachés à la direction.

La période examinée a été marquée par une relative instabilité institutionnelle,
caractérisée par plusieurs changements à la présidence du conseil d’administration du SDIS et
à la direction du SDIS, ainsi que par des confusions dans la répartition des responsabilités au
sein de l’établissement. Depuis 2022, une stabilisation progressive semble toutefois s’opérer,
avec une clarification des rôles entre la gouvernance politique, chargée de définir les
orientations stratégiques, et la direction administrative et opérationnelle. La chambre relève
néanmoins plusieurs lacunes dans son organisation, parmi lesquelles l’absence de certaines
délégations formelles de compétences, susceptibles de fragiliser la sécurité juridique des
décisions ou encore l’insuffisance de subdélégations de la direction ce qui peut conduire à
emboliser la gestion quotidienne. De plus, l’établissement ne se conforme pas à la
règlementation en ne publiant pas les actes administratifs et les informations financières le
concernant.
Le pilotage stratégique du SDIS est encore perfectible malgré de nettes améliorations.
Plusieurs documents structurants sont obsolètes ou inexistants, notamment le règlement
intérieur datant de 2006 et l’absence d’un véritable projet d’établissement. Le schéma
départemental d’analyse et de couverture des risques (SDACR) pour la période 2017-2021 a
été très peu mis en oeuvre, avec seulement environ 20 % des actions réalisées, ce qui témoigne
d’un déficit de pilotage et d’une priorisation insuffisante des objectifs. Le nouveau SDACR
2023-2027 marque toutefois une inflexion en recentrant les objectifs sur la sécurisation
juridique et opérationnelle de l’établissement, l’amélioration de la proximité de la réponse aux
risques et le renforcement de la résilience du SDIS dans un contexte ultramarin. La réussite de
cette nouvelle stratégie dépendra de la capacité de l’établissement à assurer un suivi régulier et
structuré des actions.
Une réforme engagée de la fonction ressources humaines, pour corriger les
dysfonctionnements passés et répondre aux enjeux de professionnalisation
La gestion des ressources humaines constitue un enjeu majeur pour l’établissement. Le
SDIS a été confronté à de nombreux contentieux administratifs liés à des irrégularités
procédurales ou des insuffisances dans le traitement des dossiers individuels et des demandes
des agents. Cette situation a entraîné de nombreuses condamnations de l’établissement, un coût
financier important et une dégradation du climat social.
Le système d’information des ressources humaines a fait l’objet de modifications
irrégulières du paramétrage et d’une coupure des mises à jour règlementaires, entrainant des
saisies irrégulières, des arrêtés de gestion non conformes ainsi que l’absence de prise en compte
des évolutions de la réglementation. Si la situation est aujourd’hui rétablie, une enquête
judiciaire est en cours.
La création récente d’une sous-direction des ressources humaines constitue une
évolution importante destinée à améliorer le pilotage de la masse salariale, professionnaliser la
gestion administrative et réduire les risques contentieux. Cette réforme est jugée positive par la
chambre, mais elle nécessite encore des ajustements organisationnels et humains pour produire
pleinement ses effets.
Le SDIS est confronté à plusieurs enjeux en matière d’effectifs. L’augmentation récente
des effectifs professionnels masque un déficit persistant d’encadrement intermédiaire et
supérieur, ce qui pourrait à terme poser des difficultés en matière de commandement et de
gestion des compétences. Par ailleurs, la proportion relativement élevée de personnels
administratifs, 21 % de l’effectif permanent contre une moyenne d’environ 5 % au niveau
national, s’explique en partie par l’histoire particulière de la départementalisation du SDIS à
La Réunion, marquée par des intégrations tardives et parfois singulières des anciens personnels
communaux.
Une situation financière fragile appelant une sécurisation du financement de
l’établissement face à la hausse des charges et aux besoins d’investissement
La situation financière du SDIS est fragile et fortement dépendante de la subvention du
département tant pour le financement du fonctionnement que des investissements. Après
plusieurs exercices excédentaires jusqu’en 2021, les résultats sont déficitaires en 2022 et 2023
avant un retour à l’équilibre en 2024.
Les dépenses de fonctionnement ont progressé de 17 % entre 2020 et 2024, sous l’effet
conjoint de l’augmentation des charges de personnel et des charges à caractère général. La
masse salariale représente près de 91 % du budget de fonctionnement, niveau très élevé qui
s’explique notamment par une politique de rémunération très favorable aux agents, la
majoration de traitement et de l’indexation pour « indemnité de vie chère » à La Réunion ainsi
que par la hausse de l’activité des volontaires dont le coût augmente de 20 % sur la période.
Le niveau des dépenses d’investissement, très variable en fonction des années, dépend
des capacités de financement du département et de la reprise des soldes de gestion des années
antérieurs. Le taux d’épargne brut dégagé par le SDIS, inférieur à 4 %, ne lui permet pas
d’envisager seul des investissements structurants. Le SDIS doit engager une réflexion sur la
recherche de nouveaux types de financements et le recours à l’endettement.
La commande publique constitue un autre point d’attention. Le groupement est sousdimensionné,
ce qui fragilise la sécurisation juridique des marchés publics et conduit à un
recours quasi systématique à des solutions standardisées comme les centrales d’achat parfois
plus onéreuses. Par ailleurs, le patrimoine immobilier et matériel du SDIS nécessite une gestion
adaptée aux contraintes locales, notamment en raison de l’usure accélérée des équipements liée
aux conditions climatiques. Les systèmes d’information et les plateformes opérationnelles
doivent également être modernisés afin de renforcer la résilience et l’efficacité du service.