Comme beaucoup de Français, Angel Bandera a été marqué par la guerre. De ses 10 à ses 14 ans, ses journées étaient rythmées au pas de la Wehrmacht. Plusieurs mois après la Libération, un évènement va venir troubler le jeune garçon qu’il était.
Dans les yeux d’un enfant
Il est 11h au matin le 8 février 1945, quand Angel Bandera, alors âgé de 14 ans apprend qu’un avion de l’armée américaine s’est écrasé très tôt le matin. C’est à deux pas de chez lui, dans la forêt de Sénart. Le jeune garçon trépigne d’impatience, son ami l’informateur aussi. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de voir un tel oiseau en métal de si près. Plusieurs mois après la Libération en Île-de-France, le Douglas A-26 Invader est là, planté en bas d’un chêne montgeronnais qui a mis fin à sa chute, causée par une panne de carburant. Les deux enfants sont fascinés, la puissance américaine est sous leurs yeux. Ils grimpent sur l’engin encore légèrement chaud, il n’y a presque plus rien à l’intérieur. Informés du drame, les soldats de la Military Police (MP) se sont déjà rendus sur les lieux peu de temps après l’accident. Les corps des deux Américains aux commandes ont été évacués. Carl E. Tranchina, le co-pilote est gravement blessé. Le pilote quant à lui, George Hubert Steed Jr, n’a pas survécu. L’avion a été totalement démuni de sa mitrailleuse et de ses munitions, bien avant l’arrivée des curieux.
Comme si c’était hier
Ce n’est pas sans émotion qu’Angel Bandera se remémore l’évènement. Aujourd’hui âgé de 94 ans, il se souvient de l’importance d’une telle découverte : « On était tous fascinés par les Américains depuis la libération, c’était unique de pouvoir voir ça. J’ai quand même récupéré quelques bricoles de l’avion que j’ai ramené à la maison en guise de souvenir. Ça n’a pas plu à mon père qui a tout jeté, il ne voulait pas piller un avion libérateur ». Né d’un père italien et d’une mère normande, le Montgeronnais a vu le jour au 7 rue des Prés. « J’ai vécu les 4 ans de l’occupation allemande dans cette rue. Je me souviens du début en juin 1940, les boulangeries avaient été réquisitionnées et on avait tous très faim. En sortant du catéchisme, j’étais accompagné par le pasteur Pierre Le Couëdic, deux soldats en side-car se sont arrêtés à notre niveau et ont tendu une miche de pain au pasteur. J’ai alors mangé un pain offert par des Allemands ».
80 ans après
Aujourd’hui, une stèle commémorative trône non loin du chêne, seul témoin du crash. Initialement érigée par un bénévole anonyme, elle a été restaurée par l’agglomération en novembre 2025. Elle se situe à l’orée de la forêt de Sénart, non loin de la nationale 6. Coordonnées GPS : 48°41.389 N 2°27.452 E