Le cinéma fait partie des arts “impurs” (selon Alain Bergala dans La création cinéma), c’est à dire que contrairement au sculpteur grec Pygmalion, qui donnait vie à des formes imaginées, concrétisant ainsi son idéal de la beauté, le réalisateur d’un film doit toujours composer avec la réalité plastique d’un acteur ou d’une actrice bien réelle, pour construire l’imaginaire fantasmatique de son film : que serait Sternberg sans Marlène, Hitchcock sans Tippi Hedren, Godard sans Anna Karina ; ou Vadim sans Bardot ? Mr Holmes de Bill Condon, avec Ian McKellen, Laura Linney et Milo Parker ou le film de la dernière enquête d’un monument de la littérature policière !
Un très habile scénario
Cette petite digression liminaire, pour dire combien ce film, “Mr Holmes”, et son personnage joué par Sir Ian McKellen sont indissociables : on ne peut imaginer (au sens de “produire des images”) ce film sans lui, et l’on ne peut croire que cet acteur “joue” un personnage qu’il ne serait pas dans le réel.
En plus de cette étonnante interprétation/identification, le film se construit sur un très habile scénario qui entrelace trois époques de la vie de notre héros détective, dont la dernière est une lutte tragique pour démêler des souvenirs, que sa mémoire altère plus vite que la capacité d’écrire de ce Sherlock solitaire, pour qui sa perspicacité légendaire n’a plus rien d’”élémentaire”, sauf dans cette relation apaisante et tendre qu’il tisse avec Roger, le fils de sa gouvernante dans une fascination commune de ses dernières amies : les abeilles.
Sa dernière enquête
Dans un élégant jeu de mis en abîme, la légende de Sherlock Holmes se réécrit alors dans des narrations gigognes où Doyle inventait un Watson qui inventa le détective à la mémoire hors du commun, détective qui survit ici entre résignation et panache. Ce personnage, monument de la littérature policière, nous offre ainsi dans sa dernière enquête, un visage inattendu, riche d’une réflexion mélancolique et sereine, au crépuscule des multiples vies que tant de narrateurs lui ont prêtées.
Et tant pis pour les quelques mièvreries d’une amante putative qui se parfume à l’eau de rose, l’histoire de ce vieillard possède un charme intrinsèque aussi désuet qu’attachant.
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Par Gérard Poitou. MagCentre.