Deux époques (1981 et 1992), deux séries de braquages, deux enquêtes. Le britannique John Harvey excelle dans la peinture sociale de l’Angleterre des années Thatcher et l’on retrouve ici avec plaisir l’inspecteur Resnick, grand amateur de jazz et de blues, même si ce n’est pas le meilleur épisode de la série. Les années perdues de John Harvey, aux Éditions Payot Rivages (Noir), ou le livre d’une peinture sociale de l’Angleterre des années Thatcher !
La cinquième enquête de Resnick
Dans l’univers abondant et varié du polar britannique, John Harvey est l’un de nos écrivains préférés. Avec la série des enquêtes du policier Charles Resnick, cet auteur, qui va aujourd’hui sur ses 90 ans, s’était fait une spécialité de la peinture sociale des années Thatcher dans une ville provinciale du centre de l’Angleterre, Nottingham, dans la région des Midlands.
Les années perdues est la cinquième enquête de Resnick, parue en 1993, publiée en français en 1998 et rééditée aujourd’hui chez Payot/Rivages pour cette rentrée littéraire de l’hiver 2026. La traduction est signée Jean-Paul Gratias.
Charles Resnick est donc l’un des (shérifs) flics de Nottingham
D’origine polonaise, il apprécie le jazz, le whisky et les chats.
Le récit va alterner deux époques et deux enquêtes : en 1981, Resnick est encore marié et enquête sur une série de braquages avec un collègue un peu ripoux : une série de braquages particulièrement violents et réussis.
Onze ans plus tard, en 1992, Resnick est désormais divorcé, mais il a pris du galon, de la maturité, de l’expérience. Et du poids. Une série de braquages particulièrement violents et réussis met de nouveau la police sur les dents. Bref, en onze ans la société anglaise n’a guère changé, seuls les hommes ont un peu vieilli.
Des gens ordinaires
Les intrigues policières de John Harvey sont surtout le prétexte à une description minutieuse de la société anglaise des années Thatcher. Autant dire que misère et délinquance, chômage et violence, sont au cœur de chaque histoire.
C’est la consistance des personnages, secondaires ou principaux, leur authenticité, qui fait la force de ces romans.
Harvey s’intéresse à ses personnages qui sont denses, fouillés, complexes, mais qui restent toujours des gens ordinaires. Il fait preuve d’une réelle empathie pour toutes ses créatures, les bonnes comme les mauvaises.
Une intrigue moins prenante
La prose de John Harvey est soignée, il n’y a pas d’autre mot. C’est une lecture fluide, intelligente et très agréable. Un peu dans le style du suédois Henning Mankell, pour le côté social et humain, et surtout de son presque compatriote l’écossais Ian Rankin, pour le côté désenchanté et désabusé.
Pas d’effets tonitruants, ni dans l’intrigue ni dans le style, mais une écriture qui se place très très au-delà des polars « TGV » qu’on n’arrive pas toujours à éviter.
J’avoue tout de même que cet épisode n’est pas mon préféré de la série (je ne sais pas trop dire pourquoi, peut-être une intrigue moins prenante ou le mélange des deux époques…). Mais il y en a plein d’autres à découvrir !
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Par Bruno Ménétrier. Les bouquins de Bruno Ménétrier.