Ken Loach, qui à 80 ans et après Jimmy’s Hall, voulait arrêter de réaliser des films, nous offre avec ce Moi, Daniel Blake, un film fort, très fort, non pas simplement par sa dénonciation de la situation sociale de l’Angleterre aujourd’hui, mais surtout par l’extrême acuité de son analyse des comportements humains que génère cette misère sociale. Moi, Daniel Blake de Ken Loach, avec Dave Johns, Hayley Squires et Dylan McKiernan, ou le film d’un cinéma du cœur !
Un altruisme humain
Car, si l’homme a la particularité d’être la seule espèce animale capable de tuer ses congénères, c’est aussi la seule espèce, à de rares exceptions prés, capable de développer une relation sociale altruiste avec d’autres humains proches ou inconnus. Cet altruisme humain, Ken Loach en fait la valeur absolue de la relation sociale, source de toutes les solidarités, parsemant son film de situations, même parfois en arrière plan, qui illustrent ce propre de l’humain et que le système social dans lequel nous vivons détruit méthodiquement.
Rien n’a vraiment changé
On est ainsi très loin d’un mélo social au manichéisme des gentils pauvres contre la méchante administration, et entre rire et rage, le film nous apprend comment le discours dominant déplace le problème de la pauvreté dans les pays riches ; du terrain économique au plan du jugement moral, rendant les pauvres coupables de leur situation, voire d’être des fraudeurs en puissance. Rien n’a finalement vraiment changé depuis l’Angleterre victorienne de Charles Dickens !
La classe ouvrière
Et c’est le refus d’intérioriser ce discours destructeur de la dignité humaine que Ken Loach et son scénariste, Paul Laverty, mettent en scène dans ce film, donnant vie à des personnages auxquels, avec une génie narratif consommé, ils offrent une sorte d’indépendance fictionnelle tant la mise en scène se fait brillamment discrète. Alors oui, le combat de ce vieil ouvrier cardiaque, veuf qui a aimé sa femme à la folie et à l’altruisme viscéral, nous fait pleurer, mais l’identification cathartique à ce personnage dépasse totalement la compassion individuelle, pour nous interpeler sur notre place dans le combat de ces gens que Ken Loach appelle encore “la classe ouvrière”.
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Par Gérard Poitou. MagCentre.