Audition de Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, devant la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale - Propos de Jean-Noël Barrot (Paris, 03.02.26)

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Je commencerai par vous dire mon immense soulagement de la relaxe, aujourd’hui, par la justice malaisienne de notre compatriote Tom Félix, qui encourait la peine de mort. J’ai une pensée particulière pour ses parents que j’ai rencontrés deux fois l’année dernière à Singapour et qui vont enfin pouvoir être réunis avec leur fils après deux ans et demi d’épreuve.
Je vous parlerai des événements qui ont marqué l’actualité internationale avant de dire quelques mots des grands rendez-vous qui jalonneront notre action extérieure au premier semestre puis des sujets transversaux auxquels mon ministère contribue.
Face aux menaces inacceptables formulées par les États-Unis à l’encontre du Groenland, territoire européen placé sous la protection de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), la France est mobilisée pour porter une réponse européenne de fermeté, de solidarité et de détermination incluant l’entière palette des outils dont dispose l’Union européenne. Quant aux autorités groenlandaises, elles ont souligné par la voix de leur premier ministre que l’île n’est pas à vendre et que les Groenlandais ne veulent être ni possédés, ni gouvernés par les États-Unis d’Amérique, ni intégrés à ce pays. Le premier ministre du Groenland l’a répété lors de sa visite à Paris aux côtés de la première ministre du Danemark : les Groenlandais ont choisi le Danemark, l’OTAN et l’Union européenne. Notre engagement a porté ses fruits et l’heure semble être à la désescalade. Les menaces douanières ont été retirées et des discussions se sont engagées la semaine dernière entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis.
Nous devons néanmoins rester vigilants et énoncer clairement nos principes, en réaffirmant que c’est au Danemark et au Groenland - et à eux seuls - qu’il revient de décider des questions les concernant, et que la France soutiendra leur souveraineté et leur intégrité territoriale. C’est ce qu’a dit le président de la République à leurs deux dirigeants la semaine dernière. L’ouverture, le 6 février prochain, d’un consulat général de France à Nuuk traduira notre solidarité envers le peuple groenlandais et notre amitié à son égard. Le président de la République s’y était engagé lors de sa visite sur place en juin dernier ; je m’y suis rendu quelques semaines plus tard, des parlementaires également. Notre engagement est suivi d’effets.
Au Venezuela, nous restons mobilisés pour qu’une transition démocratique et pacifique puisse s’organiser. Aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur. Notre priorité est évidemment le sort de nos 2000 compatriotes et, en dépit d’un retour relatif à la normale, nous déconseillons formellement tout déplacement au Venezuela. Les autorités intérimaires ont dit souhaiter renouer les relations avec les pays européens. Avec l’Allemagne, nous avons plaidé en faveur de mesures de réconciliation, au bénéfice de la population. Des progrès ont eu lieu avec la libération de plusieurs dizaines de prisonniers politiques, et les annonces faites à la fin de la semaine dernière d’une loi d’amnistie et de la fermeture de la prison politique de Caracas sont des signaux positifs. La France s’est dite disposée à faciliter la reprise du dialogue entre tous les acteurs vénézuéliens, dont l’opposante María Corina Machado. La transition doit permettre la libération des prisonniers politiques, respecter le droit du peuple vénézuélien à disposer de lui-même et tenir compte du choix qu’il a fait dans les urnes en 2024.
En Iran, la répression des manifestations par le régime, d’une violence sans équivalent dans l’histoire contemporaine du pays, s’apparente à un crime de masse. Nous agissons selon quatre axes.
Le premier est de garantir la sécurité de nos ressortissants - ils sont un millier en Iran, y compris les otages Cécile Kohler et Jacques Paris, en sécurité à l’ambassade de France à Téhéran et dont nous exigeons la libération définitive et le retour immédiat en France - et de nos emprises.
Le deuxième axe est d’accentuer la pression sur le régime, par trois moyens : en premier lieu, l’inscription des gardiens de la révolution sur la liste européenne des organisations terroristes ; ensuite, l’instauration des nouvelles sanctions européennes décidées jeudi dernier à l’encontre de 21 individus et entités responsables de la répression des manifestations, dont le ministre de l’intérieur, le procureur général, plusieurs responsables de la censure d’internet et des commandants régionaux du corps des gardiens de la révolution ; enfin, par notre soutien à la résolution du Conseil des droits de l’homme des Nations unies renouvelant le mandat de la mission de l’Organisation des Nations unies (ONU) chargée d’enquêter sur les crimes commis.
Notre troisième axe d’action est de soutenir le peuple iranien dont les aspirations doivent être entendues : la République islamique d’Iran doit mettre fin aux exécutions, libérer les prisonniers arbitrairement détenus, lever le blocus numérique.
Notre quatrième axe est d’anticiper tous les scénarios par un dialogue étroit avec nos partenaires américains, européens et régionaux. Les États-Unis, ayant renforcé leur présence militaire dans la région, peuvent intervenir militairement. En parallèle, ils ont proposé des négociations au régime qui doit impérativement se résoudre à des concessions majeures, à un changement radical de posture et, avant tout, mettre fin une fois pour toutes à la répression sanglante de son propre peuple. Des pays de la région avec lesquels nous sommes en liaison conduisent des efforts de médiation que nous soutenons.
En Ukraine, depuis le 24 février 2022, il y a presque quatre ans, la guerre d’agression lancée par Moscou fait plus de 1 000 morts russes par jour : c’est dire le prix que Vladimir Poutine est prêt à payer pour mener à bien ses ambitions coloniales, épuisant son peuple et discréditant la nation russe. En ce moment, le Kremlin profite de ce que la température descende jusqu’à moins 30 degrés en Ukraine pour provoquer une crise humanitaire par des frappes incessantes sur les infrastructures énergétiques. Aussi ai-je annoncé lors de la réunion du « G7+ énergie » que nous avons convoquée il y a quelques jours l’envoi de plus de 100 générateurs en Ukraine ; nous en enverrons 50 autres dans les semaines qui viennent. Le ministre délégué chargé du commerce extérieur, qui est en ce moment même à Kyïv, est chargé de mobiliser les entreprises et les collectivités qui le souhaitent en facilitant l’acheminement de leur matériel sur place.
Le 27 janvier, pour la première fois, un drone russe a visé un train de passagers, tuant 5 civils innocents. Le 1er février, 15 mineurs sont morts après qu’une autre attaque de drones a ciblé l’autobus qui les ramenait chez eux. Ces crimes de guerre s’ajoutent aux déportations d’enfants, aux massacres et aux viols. Dans ce contexte, nous maintenons la pression sur la Russie. Le 22 janvier, en Méditerranée, la marine nationale, en coopération avec nos partenaires, a arraisonné le pétrolier Grinch en provenance de Mourmansk, ciblé par des sanctions internationales car appartenant à la flotte fantôme. Au niveau européen, nous préparons un vingtième paquet de sanctions qui ciblera précisément cette flotte et tous les acteurs qui opèrent, financent, soutiennent ou assurent ces navires.
Sur les garanties de sécurité, la coalition des volontaires présidée par le président de la République, réunie le 6 janvier dernier à l’Élysée, a permis de cristalliser des progrès sans équivalent dans notre histoire récente. Pour la première fois depuis des décennies, des pays d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Océanie et d’Asie ont défini ensemble, à l’extérieur de l’OTAN, une planification militaire crédible et robuste de manière à garantir la paix une fois qu’elle sera conclue. C’est le fruit d’un an de travail dont la France est à l’origine. Les États-Unis ont annoncé qu’ils prendraient en charge la vérification du cessez-le-feu et qu’ils soutiendraient la force multinationale pour l’Ukraine chargée d’appuyer l’armée ukrainienne et d’assurer, en deuxième ligne, les garanties de sécurité. La Déclaration de Paris, publiée à l’issue de cette réunion, témoigne de l’unité et de la détermination des participants. Cette prise en main de leur propre sécurité par les Européens pourra servir d’exemple au-delà de l’Ukraine.
Cette actualité fracassante ne doit pas nous détourner du principal défi géopolitique de l’époque : la tension grandissante entre la Chine et les États-Unis, qui pourrait mener à une confrontation. Mais rien n’est inéluctable et une variable peut tout changer : l’Europe et l’attitude qu’elle adopte ; l’Europe qui, sans chercher la confrontation ni avec l’un ni avec l’autre, peut résister à la brutalisation du monde ; l’Europe qui, au cours des derniers mois, a affirmé son autonomie stratégique et qui trace une voie singulière, celle de l’indépendance, de la coopération et du multilatéralisme.
Quelques mots maintenant sur les principales échéances du premier semestre 2026, en premier lieu sur la présidence française du G7, où nous traiterons des grands déséquilibres mondiaux et de leur résolution. Le ministère de l’Europe et des affaires étrangères coordonnera les travaux de trois filières ministérielles : les filières « affaires étrangères », « développement et partenariats internationaux » et « commerce ». La première portera sur les questions de paix et de sécurité et sur les questions transversales prioritaires comme la lutte contre le narcotrafic, l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement humanitaire, la sécurité maritime et les migrations. La filière « développement et partenariats internationaux » abordera les limites du modèle actuel de l’aide au développement, la lutte contre la fragmentation de l’aide pour en renforcer l’efficacité, et la réduction de la dépendance des pays partenaires à l’aide internationale. La filière « commerce », copilotée avec le ministère de l’économie et des finances, travaillera sur la sécurisation des chaînes de valeur - minerais critiques, sécurité économique -, la réforme du système commercial multilatéral et le suivi et la maîtrise des surcapacités industrielles. Le mot d’ordre sera la mise au point de solutions traduisant les intérêts des Françaises et des Français. Nous travaillerons avec les pays les plus et les moins avancés en sortant de la logique de blocs et en engageant un dialogue approfondi entre les grandes démocraties industrielles et les grands pays émergents.
Nous organiserons les 11 et 12 mai prochains à Nairobi, au Kenya, le sommet Africa Forward. Reposant sur le principe d’un partenariat d’égal à égal mutuellement bénéfique, il incarnera le renouveau de nos relations avec les pays africains. Adossé à un forum d’affaires de grande ampleur, ce sommet vise à traiter des défis communs par des solutions européennes et africaines partenariales d’intérêt réciproque.
D’autres sommets auront lieu au cours des prochains mois. Le sommet One Health - « une seule santé » -, qui se tiendra le 7 avril à Lyon à l’occasion de la Journée mondiale de la santé, réunira les chefs d’État et de gouvernement du monde entier. L’objectif commun est de promouvoir une approche intégrée prenant en compte les liens entre santé humaine, animale et environnementale, pour une meilleure prévention et une meilleure réponse aux épidémies.
Le sommet sur l’énergie nucléaire du 10 mars prochain, coorganisé par la France et l’Agence internationale de l’énergie atomique, réunira les acteurs publics et privés les plus mobilisés du secteur nucléaire.
Le sommet sur l’espace, que nous accueillerons début juillet, associera la communauté spatiale mondiale dans sa diversité. Il aura quatre piliers : science et exploration, régulation des activités spatiales, compétitivité, sécurité et défense. Il contribuera à l’émergence de principes partagés et nous permettra d’assurer des convergences au niveau européen.
À Toulouse aura lieu le sommet franco-italien dont le principe avait été convenu par le président de la République et la présidente du conseil italien, en juin dernier, à Rome. Il permettra de faire progresser la mise en œuvre du traité du Quirinal, signé en 2021, et d’approfondir notre coopération dans les secteurs stratégiques, notamment le spatial.
Enfin, la conférence de soutien à l’armée libanaise se tiendra à Paris le 5 mars. Dans cette perspective, nous poussons le Parlement libanais à voter l’ultime réforme financière qui doit permettre, après un accord avec le Fonds monétaire international, d’accueillir un peu plus tard une autre conférence pour la reconstruction du pays.
J’en viens à notre mobilisation sur les sujets transversaux et régaliens objets d’attentes marquées des Françaises et des Français. C’est d’abord la libération de nos compatriotes arbitrairement retenus otages à l’étranger. En 2025, nous avons obtenu la libération de plus de dix d’entre eux et de trois autres depuis le début de cette année, dont Laurent Vinatier, revenu de Russie après 580 jours de détention sans raison. Je l’ai dit en réponse au président Fuchs en séance publique il y a quelques instants, nous ne ménageons aucun effort en faveur de la libération de Christophe Gleizes, en lien étroit avec sa famille.
Comme je vous l’avais annoncé, le Quai d’Orsay a lancé, avec le ministère de l’intérieur et les autres ministères concernés, un plan de bataille inédit contre le narcotrafic destiné à éradiquer le mal à la racine. Il se traduit par des accords de coopération sécuritaire avec les pays de production, de transit et de rebond, le renforcement des effectifs dans les pays concernés, le ciblage de l’aide au développement, les sanctions internationales contre les criminels. L’effort porte sur l’Amérique latine et les Caraïbes - où est produite toute la cocaïne qui déferle dans les villes et villages de France, où elle est consommée par plus de 1 million de personnes -, sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Nous incitons aussi les pays des Balkans occidentaux à durcir leur réglementation et leur lutte contre la criminalité organisée.
Nous luttons d’autre part contre l’immigration illégale. Nos compatriotes attendent légitimement que nos frontières soient maîtrisées. Notre premier niveau de réponse, c’est notre engagement dans la résolution des tensions géopolitiques, puisque ce sont ces tensions que fuient les populations déplacées. Le deuxième niveau de réponse est européen : le Pacte sur la migration et l’asile que la France a âprement négocié et qui entrera en vigueur cette année va changer la donne. Mais nous irons plus loin en engageant une coordination étroite avec les ministères de l’intérieur, de l’enseignement supérieur, des outre-mer et de la santé, qui nous permettra de mieux gérer le risque migratoire et d’attirer les talents dont la France a besoin.
Les règles de l’Organisation mondiale du commerce n’étant plus appliquées, nous devons défendre les intérêts de la France et de ses entreprises de manière plus offensive. Aussi ai-je décidé de créer au sein du ministère la direction de la souveraineté et de la sécurité économique. Prenant le relais de la direction de la diplomatie économique, elle aura pour mission d’ouvrir des débouchés nouveaux aux secteurs les plus menacés, de sécuriser les approvisionnements critiques pour la vie de la nation et de veiller, en lien avec les services des douanes, au respect des règles du marché unique.
Pour riposter aux atteintes portées à l’image de la France, nous poursuivons nos efforts dans le champ informationnel. La mobilisation du compte French Response a été remarquée ces derniers temps : au début de l’année, ce compte a suscité 30 millions de vues en 30 jours. Mais face à nous les campagnes se multiplient et leur nombre, leur fréquence et leur sophistication appellent des renforts. Ils existent : ce sont les citoyens qui rejoindront bientôt le contingent numérique de la réserve diplomatique. Mais pour cela, la réserve diplomatique doit être créée dans la loi et je regrette que la proposition de loi déposée en décembre dernier par le président Bruno Fuchs n’ait pas encore été examinée. Nous comptons sur les parlementaires ; nous comptons sur vous.
J’en viens à la transformation du ministère. Il a pris toute sa part de l’effort budgétaire conduit par le premier ministre mais j’ai tenu à ce que nous continuions d’appliquer les prescriptions des états généraux de la diplomatie. Un changement de culture est à l’œuvre au sein du ministère. En un an, nous avons pris 60 mesures de simplification, supprimé chaque mois une commande inutile, éliminé plus de 3 000 notes administratives récurrentes et supprimé ou dématérialisé les trois quarts des formulaires, de manière que nos agents puissent exprimer tout leur potentiel. Ils sont la force et la richesse du ministère et je leur rends hommage une nouvelle fois. Les réussites que j’ai mentionnées sont les leurs.
Un mot, enfin, pour me féliciter avec vous de la bonne coordination des services du ministère avec le Parlement. Chaque année, la France signe près d’une centaine d’accords internationaux, dont un quart demande une autorisation parlementaire. En dix ans, les délais de ratification ont été réduits de 40 %, passant de trente-huit mois en 2015 à vingt-trois mois aujourd’hui. Dans le même temps, le stock de textes en attente devant le Parlement a été divisé par quatre : de 60 projets de loi cumulés en 2015, on est passé à moins de 15 aujourd’hui. On voit que contrôle parlementaire et efficacité de l’action internationale de la France sont pleinement compatibles.

(…)

R - Vous vous souvenez que des sanctions ont été prises au niveau européen et que l’examen du respect par Israël de l’article 2 de l’accord d’association avec l’Union européenne a été activé, ce qui a sans doute contribué à ce qu’Israël consente au cessez-le-feu et au plan de paix présenté par le président Trump. Même si la situation reste critique à bien des égards, même si - et nous le déplorons - le cessez-le-feu est violé par les deux parties que nous appelons à tenir les engagements qu’elles ont pris devant le président des États-Unis, on se doit de constater que la situation n’est plus celle qui prévalait pendant la guerre de deux ans qui a ravagé Gaza. Les progrès enregistrés doivent aussi être qualifiés comme tels. Le cessez-le-feu, fragile, est régulièrement violé ; il doit être respecté par les parties.
Le point de passage de Rafah a été ouvert à la circulation des personnes et nous avons salué cette décision, néanmoins insuffisante parce que l’aide humanitaire doit maintenant pouvoir transiter par ce point de passage. En particu

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