Marvin Bijou est un adolescent de 13 ans en souffrance, violemment tyrannisé par un petit groupe le raillant sur son homosexualité, que d’ailleurs, ses parents refusent de discerner. Cette jeunesse, Marvin, rebaptisé Martin Clément adulte, la raconte douloureusement en jeu de miroir, se préparant en solo pour la scène de théâtre. Mais ce choix de narration autobiographique n’est pas sans conséquences familiales dramatiques. Soutenu par son ancienne directrice de collège, Madeleine Clément, qui lui a fait découvrir le théâtre, ainsi que son couple d’amis homos et une grande actrice connue (Isabelle Huppert dans le rôle d’Isabelle Huppert), Martin Clément va s’ouvrir pour se (re)construire. Et peut-être, même, se transformer. Marvin ou la belle éducation d’Anne Fontaine, avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois et Catherine Mouchet, ou le film d’un sauvetage par le théâtre !
Un regard miroir conscient
En s’inspirant très librement du livre d’Édouard Louis, “En finir avec Eddy Bellegueule”, sans en faire l’adaptation, la réalisatrice a scénarisé une option artistique profonde et voulue, tel un regard miroir conscient. Conscient de l’enfant que Marvin a été, heurté et balancé. Son regard sur ce qu’il est devenu est anticipateur. C’est un propos universel. Que faisons-nous de nos entailles ? Comment nous accomplissons-nous, et à quel prix ?
En vainquant son traumatisme lié au harcèlement grâce au théâtre, Marvin formule un acte réparateur et débute sa construction, sa vocation. On est dans une structure bicéphale ado-adulte contre la honte de ses origines. Il n’y a pas de pédagogie naturaliste à propos de la famille. Tout est stylisé et métaphorique. La dramaturgie tonique est anti chronologique.
Une construction identitaire
Anne Fontaine a souhaité montrer la construction identitaire d’un jeune qui sort de l’extraction sociale. Ses Pygmalions, nouveaux repères familiaux choisis, l’ouvrent à la culture salvatrice pour son identité. Ce sont des personnages généreux (son amant et son ami couple homosexuel).
Cette catharsis fait profondément écho, par un effet miroir, sur la différence. Marvin est en quête du père et en quête de lui-même. Sa famille d’origine, au bout du compte, va se retrouver aussi transformée que lui.
Un film intelligent.
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Par Stéphanie Joye. MagCentre.