Au cœur de l’urgence : une journée sous tension chez les pompiers

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Pour Loiret magazine et loiret.fr, nous avons passé une journée au Centre de secours de Gien et suivi le quotidien des sapeurs-pompiers, engagés auprès de la population.

7 h 30 : prise de garde : les onze pompiers reçoivent leurs affectations. 

Puis, chacun vérifie « l’état, la présence et le bon fonctionnement du matériel pour intervenir dans les meilleures conditions, indique Maxime Irigoyen, l’officier qui nous accompagnera toute la journée. Notre flotte de véhicules est en très bon état car quasi-neuve et elle est très bien entretenue. » Sont vérifiés, entre autres, les avertisseurs lumineux et sonores, l’utilisation de la pompe… L’un des pompiers nous explique que toutes les ambulances des pompiers loirétains sont rangées de la même façon afin que chacun s’y retrouve lorsqu’il change de véhicule.

9 h : séance de sport. « Cela fait partie des missions des sapeurs-pompiers pour conserver une bonne condition physique et assurer les interventions au quotidien. » Ils s’entraînent en faisant de la course à pied, du rendort, de la musculation afin de supporter les 25 kilos d’équipement qu’ils revêtent lors d’un incendie. Ils doivent être capables de faire face à toutes les situations d’urgence : courir ; soulever une personne inconsciente…

8 h 55 : l’alarme retentit. Une personne de 88 ans est tombée et ne parvient pas à se relever. L’ambulance décale* avec trois pompiers. Sur place, ils s’assurent que Monique va bien en lui prenant ses constantes, jetant un œil sur ses ordonnances et en discutant avec elle. Ils en rendent compte, par téléphone, au médecin du Samu qui décide qu’elle peut rester chez elle. Porter Secours à la population (SAP) représente 71 % des interventions à Gien. 

9 h 35 : retour au centre.

10 h 09 : une nouvelle alarme pour deux tickets de départ émane de Jérémy, aujourd’hui de permanence dans le bocal, la pièce où se situe le standard, les cartes du secteur, les GPS… Jérémy annonce les départs, communique l’adresse de l’intervention, facilite la sortie de ses collègues, consigne sur un registre chaque opération… Le premier appel concerne un secours à la population : la victime d’une chute est, cette fois, conduite à l’hôpital. Quant à l’autre : un véhicule secours routier est engagé pour sécuriser les lieux d’un accident. Il s’agit d’un septuagénaire qui a fait, tout seul, un tonneau avec son véhicule. Il est sauf. Retour à 10 h 45. 


11 h : ce sont les manœuvres. Les sapeurs-pompiers « exécutent de vraies interventions en exercice ».

12 h : tous se retrouvent dans le réfectoire, les micro-ondes réchauffent les gamelles, quand… l’alarme sonne. Une octogénaire ne répond pas à son auxiliaire de vie. Sont engagés la grande échelle, une ambulance et le camion à incendie. Sur place, les pompiers frappent à la porte de la personne âgée : en vain. Ils s’apprêtent à entrer par la fenêtre quand un voisin apporte les clés. Les professionnels s’engouffrent dans l’appartement et découvrent Marie-Rosalie saine et sauve qui n’entendait pas les appels. 

12 h 50 : nous rentrons déjeuner.

13 h 56 : 4e alarme. Un accident de la route vient de se produire sur le secteur de la caserne de Sully-sur-Loire. Elle fait appel à celle de Gien qui possède un véhicule secours routier. La mutualisation des personnes et des véhicules se pratique quotidiennement entre les casernes du territoire. Les conducteurs sont heureusement indemnes. Le temps que les pompiers installent le balisage, le dépanneur arrive et dégage les voitures accidentées. Nous repartons.


14 h : pendant ce temps : les sapeurs-pompiers se rassemblent pour recevoir les missions de l’après-midi avant de se consacrer aux tâches administratives. Celles-ci font partie intégrante de leur travail. Nous en profitons pour en rencontrer quelques-uns afin de savoir pourquoi ils se sont engagés dans cette profession et/ou vocation. 

17 h : nouvelle séance de sport pour les présents… tandis que d’autres sont partis secourir une personne qui a fait un malaise en pleine rue.

19 h 30 : fin de la garde de 12 h.

Maxime

Maxime, lieutenant, est allé à l’école nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers d’Aix-en-Provence. Depuis tout petit, il rêve d’exercer ce métier. Il a commencé par les jeunes sapeurs-pompiers à Dax. Aujourd’hui, « je me sens utile. Il n’y a pas de routine, mais de l’adrénaline. Ce qui m’anime ? Avoir toujours un coup d’avance et anticiper afin que l’intervention se déroule le mieux possible ! » Maxime a prêté main forte à ses collègues du sud-est et de l’Hérault.

Laura

Laura est professionnelle depuis 2016. Dès douze ans, elle rejoint les jeunes sapeurs-pompiers et à dix-huit ans, les pompiers volontaires. Elle vient d’une famille de sapeurs-pompiers : son grand-père ; son père ; son frère. « C’est un métier humain, de service et d’action (j’ai toujours aimé le sport !). Je suis les traces de mon père qui m’a montré l’exemple en aidant les gens dans le besoin. Cette profession, qui demande de la rigueur, est très enrichissante : on apprend tous les jours et il faut continuellement se former. » Elle avoue que le fait d’avoir un enfant (10 mois aujourd’hui) l’a fait évoluer : sa prise de risque est différente. Pour elle, les interventions où sont impliqués les enfants sont marquantes. « Quand on rentre à la caserne, on débriefe avec les collègues, on décompresse. Il est arrivé lors d’une opération particulièrement difficile touchant un enfant justement que la psychologue soit présente à notre retour et nous aide. »

Le psychologue du travail joue un rôle primordial. Il faut rappeler qu’historiquement, le sapeur-pompier était un homme considéré, par lui-même et les autres, comme un super héros qui n’a besoin de personne… C’était l’ancienne mentalité. Aujourd’hui, c’est plus ouvert, il n’y a plus de déshonneur à le consulter.

Frédéric

Pour preuve, Frédéric explique qu’il a déjà fait appel à la psychologue du travail car « parfois les interventions sont difficiles. Avec l’âge, je prends plus conscience des choses et c’est plus dur à digérer ! » Il est, depuis 2003, sapeur-pompier professionnel après avoir été volontaire. Il gère le service général depuis huit ans à Gien en préparant la planification, les feuilles d’affectation journalières dans les véhicules : il doit veiller aux compétences de chacun pour les établir. « Il n’y a pas une garde qui se ressemble ! La majorité des opérations nous conduisent à ouvrir des portes et secourir les personnes. Parfois, des interventions sortent de l’ordinaire. » Il admire ses collègues sapeurs-pompiers volontaires qui exercent un métier en parallèle : « C’est une belle vocation ! »

Alexandre

Alexandre est pilote d’hélicoptère dans le privé et, depuis 2017, sapeur-pompier volontaire à Orléans. À Gien, il travaille neuf jours par mois en tant que sapeur-pompier professionnel. Lorsqu’il avait onze ans, sa maman a été victime d’une erreur médicale et « les pompiers qui sont intervenus se sont occupés de moi faisant preuve d’empathie à mon égard. C’est ainsi que j’ai eu envie à mon tour de devenir pompier et je m’épanouis dans mon métier ! Malgré un appareil audio auriculaire car je suis malentendant, cela ne m’a jamais bloqué dans ma carrière. »

Alexis

Alexis, sergent-chef, est au bureau du développement des compétences. Comme beaucoup, il a débuté en étant volontaire et est, depuis dix-huit ans, professionnel. Il aime le terrain, le mouvement, la polyvalence. « Nos missions sont très diversifiées. J’apprends tout le temps. » Il est heureux de ce qu’il fait. Il était déjà père lorsqu’il s’est engagé, « ça n’a donc rien changé pour moi. Lors des opérations difficiles, c’est le collectif et l’esprit d’unité qui nous sauvent. Le badminton, la course et la musculation sont aussi mes soupapes de décompression. Avec mes collègues nous nous connaissons bien et nous nous entendons bien grâce aux moments de partage. Nous développons une attention les uns aux autres, c’est primordial. Le danger avec les nouveaux, c’est le manque de vécu avec eux : on ignore comment ils vont réagir lors des interventions. » 

Romain

C’est grâce au film Backdraft que Romain a eu la vocation à neuf ans. Il est devenu professionnel en 2007 et « a tout fait pour le devenir ! ». Il est passé par des casernes parisienne, valdoisienne et loirétaines (Montargis, Orléans centre et Gien). Il aime l’entraide, la vie en groupe et le côté non routinier de son travail. Avec ses collègues, ils forment une famille. Mais par-dessus tout, il se considère comme un bon Samaritain qui défend des valeurs.

Florian

Florian a été incité par son père, gendarme, à devenir jeune sapeur-pompier, puis il volontaire, et professionnel. « Ce que j’aime, c’est le contact humain, la diversité des missions, le fait de bouger tout le temps… Avec les collègues, on se comprend et notre force, c’est que dans le groupe, il y a toujours quelqu’un qui sait quelque chose que les autres ignorent. » Celui qui conduit tous types de véhicules est spécialisé dans le sauvetage déblaiement pour lequel, chaque année, il s’entraîne un à deux jours. Il a déjà, lui aussi, vécu des interventions marquantes, mais contrairement à Frédéric, « avec les années, on s’y fait ! »

Olivier

Olivier a eu envie de s’investir en passant des concours après avoir été volontaire, puis professionnel. Il a exercé dans le Loiret à Pithiviers, Montargis et a pris le commandement de la caserne de Gien en avril 2020. Après dix semaines de formation à l’école nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers d’Aix-en-Provence, il est devenu capitaine. Il aime beaucoup le territoire sur lequel il continue l’opérationnel. « Je manage la caserne, véritable micro-société, et commande les équipes. J’apprécie associer les deux fonctions dans un même métier. La mixité est importante car les hommes et les femmes sont complémentaires ainsi que les sapeurs-pompiers volontaires et les professionnels. Tous ont un rythme de travail identique et peuvent accéder aux mêmes grades. La féminisation est une vraie volonté. Le métier est parfaitement adapté aux femmes. »

Nous avons vécu une journée intense au côté de sapeurs-pompiers, volontaires et professionnels, engagés et passionnés par leur métier, attirés par l’esprit du collectif, l’aide aux personnes et la diversité des missions.

Photos Sébastien Meurs et Édith Combe
Texte Édith Combe 

*partir en intervention

En chiffres

À Gien, en 2025 :
• 70 % des interventions ont été du Secours à la population (SAP)
• 11 % ont été des incendies 
• 10 % des accidents de la route
• le reste sont des opérations diverses
 

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