On est au Guatemala, pays où les maux politiques de l’Amérique Latine ont largement sévi, avec une guerre civile de trente six ans ! Pour entrer dans l’histoire de son pays, Jayro Bustamante se sert d’une légende indienne, celle La Llorona, la pleureuse. Une femme abandonnée par son mari avec deux enfants hors mariage. Au retour de son homme, elle les tue, le regrette et se suicide. Dieu la condamne à pleurer ses enfants, tout en les cherchant. En évoquant cette légende, le film va montrer que d’autres solutions peuvent intervenir. La Llorona de Jayro Bustamante, avec María Mercedes Coroy, Sabrina de La Hoz et Margarita Kénefic, ou le film d’une légende indienne du Guatemala !
Horreur, suspense et angoisse dans le gynécée
Jayro Bustamante installe tout se suite la couleur de la narration : un groupe de femmes huppées prie en rond (religion ou rite païen ?), tandis que leurs hommes, dans une autre pièce, boivent, fument et parlent stratégie. On est chez le couple dirigeant responsable d’un génocide. Un procès va d’ailleurs accuser le général, puis le blanchir (sous la pression !).
La famille de ce général se retrouve chez elle, assiégée par le peuple. Un huis clos hanté par La Llorona va alors se dérouler dans ce gynécée, où vivent la femme, la fille et la petite fille du génocidaire, ainsi qu’une gouvernante indienne et une nouvelle bonne. Elle vient du peuple indien (l’image la fait vraiment sortir de la foule) et sa jeunesse, et sa beauté, en font une incarnation de cette Llorona qui hante la maison.
Une évolution de la conscience
Et tout va se dérégler. Avec des procédés de film de suspense et d’horreur, de longs plans la nuit, des ombres blanches qui passent, des bruits non situés, Bustamante accule cette famille à ses responsabilités. Le mari et père reste inatteignable, sauf par la fameuse Llorona, mais c’est par les femmes que viendra une évolution de la conscience.
La mère et la fille, par exemple, vont confronter leurs positions. Dans une salle vide, hall de gare, église ou cinéma, elles se positionnent par rapport au génocide : le moindre doute de la fille sur l’innocence du père fait dire à la mère qu’elle est communiste. Mais cette épouse d’un dictateur phallocrate va petit à petit évoluer, se ressentir en victime (elle frappe même son mari tout au fond d’une image) et ses cauchemars vont la pousser à bout.
Une trilogie sur les opprimés/réprimés
Jayro Bustamante ferme avec ce film une trilogie basée sur trois mots « les plus discriminants », dit-il, indien, homosexuel et communiste. Une individualité au milieu d’un groupe, un groupe au milieu d’un pays. Le zoom avant/arrière pour inclure/extraire un personnage de son groupe est utilisé plusieurs fois avec une belle maîtrise. Le huis clos et l’extérieur, la présence de l’eau, les horreurs militaires dans les champs de maïs, cette violence politique qui se concentre dans quelques scènes donne une profondeur à cette histoire, reflet de l’Histoire du Guatemala. Avec brio, Bustamante explore la complexité de son pays et ses racines toujours vivaces en mélangeant les rites ancestraux, les valeurs venues de l’Occident, la magie, le surréalisme et l’importance du mystère dans la culture sud-américaine.
Un très beau poème fort, prenant, magnifiquement réalisé par un jeune cinéaste intelligent et sensible.
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Par B. C.. MagCentre.