125 ans de Sites & Monuments : Les secteurs sauvegardés, une avancée majeure dans la sauvegarde du patrimoine

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Dans le cadre de notre nouvelle série « Patrimonialement vôtre » publiée sur nos réseaux sociaux (Instagram, X, LinkedIn et Facebook), nous revenons sur 125 ans de combats pour le patrimoine. Le thème des secteurs sauvegardés est le deuxième épisode de cette série.

La loi du 30 mars 1887 sur les monuments historiques est le fondement de notre législation patrimoniale. Durant longtemps, seul le patrimoine monumental était protégé. La loi sur les secteurs sauvegardés de 1962 sera un tournant majeur en élargissant la notion de patrimoine. Mais revenons en arrière pour comprendre la raison de cette nécessaire évolution législative.

L’après-guerre : l’urgence de la reconstruction

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France est libérée mais dévastée. Nombre de villes sont en ruines. Les logements manquent. L’urgence est de reconstruire, vite. Mais la nécessaire rénovation urbaine, qui s’étalera sur plus de vingt ans, menace le patrimoine.

En effet, de nombreux quartiers, centres et villages historiques très dégradés – îlots insalubres, façades abîmées, bâtis à l’abandon – sont voués à la démolition… pour faire du neuf. À l’époque, seuls les bâtiments classés Monuments historiques sont protégés.

Les quartiers historiques et le renouveau urbain

À l’aune des années 60, face à la menace qui pèse sur le patrimoine bâti, le gouvernement de Michel Debré, à l’initiative des ministres André Malraux et Pierre Sudreau, propose de créer des « secteurs sauvegardés ». Le projet de loi complétant la législation sur la protection du patrimoine historique et esthétique de la France et rendant à faciliter la restauration immobilière vise à restaurer des centres historiques dans leur ensemble (rues, immeubles, façades et perspectives) permettant ainsi d’assainir (curetage de bâtiments parasites) tout en préservant en profondeur l’identité architecturale des quartiers et le tissu économique et social. Préserver la cohérence architecturale d’un quartier, c’est aussi prendre en compte la vie de ses habitants et conserver l’âme de ce quartier tout en modernisant l’intérieur des logements.

Le 28 juillet 1962, à la tribune de l’Assemblée nationale, André Malraux, ministre des Affaires culturelles, déclare : « (…) l’âme de ce passé n’est pas faite que de chefs-d’œuvre, qu’en architecture un chef-d’œuvre isolé risque d’être un chef-d’œuvre mort ; que si le palais de Versailles, la cathédrale de Chartres appartiennent aux plus nobles songes des hommes, ce palais et cette cathédrale entourés de gratte-ciel n’appartiendraient qu’à l’archéologie (…) ».
Cette loi a pour objectif de permettre la rénovation urbaine tout en protégeant le patrimoine et en facilitant la restauration immobilière.

Sites & Monuments et la loi Malraux

Nommé rapporteur du texte au Sénat, Jacques de Maupeou, sénateur de la Vendée de 1948 à 1963 et président de Sites & Monuments de 1954 à 1963, participe activement à l’élaboration de cette loi hors normes. Les secteurs sauvegardés sont ainsi dotés de règlements bien plus précis et puissants que ceux des autres documents d’urbanisme, permettant notamment de protéger des décors intérieurs d’immeubles et de dégager d’anciens jardins en imposant la démolition de bâtiments parasites (ateliers, garages, etc) lors de rénovations d’ensemble.

Par ailleurs, Jean-Paul Palewski - qui succédera à Jacques de Maupéou à la présidence de Sites & Monuments (SPEFF) de 1963 à 1976 - et Jacques de Sacy, président de 1976 à 1993, font partie du comité d’étude pour la rénovation des villes anciennes mis en place par André Malraux.

Le 4 août 1962, le Général de Gaulle promulgue la loi actant ainsi la création des Secteurs sauvegardés, devenus en 2016 des Sites patrimoniaux remarquables (SPR).

En 1962, le quartier du Marais à Paris fut le premier secteur sauvegardé ainsi que le quartier Saint-Jean à Lyon. En 1964, les centres anciens de Besançon, Sarlat et Saint-Germain-en-Laye sont à leur tour préservés. Au début du XXIᵉ siècle, on comptait une centaine de secteurs sauvegardés parmi lesquels Bordeaux, Chartres et Montpellier.

Aujourd’hui encore, notre association participe activement à cette politique, notamment comme membre de la première section de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture dédiée à la création de nouveaux Sites patrimoniaux remarquables, institués par la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (LCAP), dispositif unique remplaçant les secteurs sauvegardés, les Zones de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager (ZPPAUP) et les Aires de Valorisation de l’Architecture et du Patrimoine (AVAP). On compte aujourd’hui 940 Sites patrimoniaux remarquables.

« Dans notre civilisation, l’avenir ne s’oppose pas au passé, il le ressuscite  ». André Malraux

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François Besseron