Le prétexte est succinct. Un soit-disant scientifique aurait prétendu qu’il fallait de l’alcool dans le sang pour être bien. Un quarteron de professeurs quadragénaires veut vérifier cet axiome, ce qui, bien sûr, les entraîne à la catastrophe. Presque deux heures de film pour raconter ça, c’est beaucoup, surtout quand ça ne dit pas vraiment plus ! Film : Drunk de Thomas Vinterberg, avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen et Magnus Millang, ou comment se noyer dans les clichés !
Un film attendu
Devant un scénario aussi simpliste, on s’attend à des scènes drôles, des dialogues enlevés, des situations originales et un peu tordues. En fait, tout ce que l’on découvre est attendu. Et peu rigolo. La quarantaine usée, avec tout de même de beaux restes, Mads Mikkelsen n’est plus le fringuant jeune mari, ni jeune prof qu’il a dû être. Ses élèves le méprisent et sa femme ne s’occupe plus de lui. L’alcool est censé lui redonner la pêche. Ses cours en deviennent plus animés (mais restent tout aussi dérisoires). Son rapprochement avec sa femme tourne court parce que les doses alcooliques augmentent et le font dérailler.
Et ses trois amis vivent la même chose
Le prof de gym et son petit binoclard sortent tout droit d’une émission télé mal ficelée, le prof de chant et son élève qui doute de lui même restent des caricatures grossières. Tout comme le couple du quatrième ami, ses trois enfants pas propres et sa femme autoritaire.
Thomas Vintergerg, le réalisateur danois de cette « comédie », a eu une évolution en dents de scie. Seuls Festen et La chasse ont été de réels succès, mais datent déjà de quelques années ! Pour ce film, il a participé au scénario, donc Drunk est vraiment le fruit de son travail. Les images se tiennent, les séquences bien construites enchaînent les actions, le montage est au point. Il sait filmer, mais cette aisance ne débouche sur rien. Ses acteurs, Mads Mikkelsen en tête, sont bons. On regrette une présence trop discrète des femmes. Elles auraient pu, peut-être, relever le défi de l’alcool…
Pétard mouillé…
Mais, le pétard n’éclate pas. On se souvient de la force de Festen, de sa dénonciation terrible et de la justesse du ton employé. Ici, tout est noyé dans un récit laborieux qui glisse sur la vodka, patine dans la bière et reste jusqu’au bout sans aucune finesse. Ni provocation (l’ivresse qui libère), ni condamnation, ce film reste dans un entre-deux exactement à l’image des personnages au début du film : déprimés et déprimants. Leur transgression n’est ni joyeuse, ni créative, parce qu’au fond, ces quatre profs sont réellement éteints. Aucune révolte ne les habite et c’est plutôt pour oublier cela qu’ils boivent. Dommage, l’idée est amusante et la com’ bien faite.
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Par Bernard Cassat. MagCentre.