A Lyons-la-Forêt, Plus Beau Village de France, un maire s'exonère de son propre chef de l'avis de l'Architecte des bâtiments de France

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Au moment où l’Assemblée nationale examine la proposition de loi du ministre du logement pour permettre aux maires, sous certaines conditions, de s’exonérer de l’avis de l’architecte des bâtiments de France, Lyons-la-Forêt illustre les dommages que pourrait provoquer cette mesure. Entre 2018 et 2024, le maire de ce village historique s’est, de son propre chef, dispensé de demander le visa des bâtiments de France pour autoriser des rénovations. Bilan : d’innombrables dégradations architecturales (toits, fenêtres, hauteur des murs, couleurs, portail...) sont à déplorer.

Lyons-la-Forêt, fondé par Guillaume le Conquérant, dispose d’un très riche patrimoine datant des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle. Plusieurs édifices sont inscrits au titre des Monuments historiques, dont son emblématique Halle au centre d’un spectaculaire ensemble architectural à colombage ou briques du village, érigé au XVIIe et XVIIIe siècle.

Le charme préservé de ce village, labellisé parmi « les plus beaux villages de France », a séduit de nombreux artistes au début du XXe siècle. Jacques-Emile Ruhlmann, icône du style Art Déco, ou le peintre surréaliste André Masson s’y sont installés. D’autres, comme Maurice Ravel, Louis Aragon ou André Breton y ont séjourné régulièrement. Madame Bovary s’y balade encore, si l’on en croit les films de Jean Renoir, Claude Chabrol et Anne Fontaine.

Petits arrangements ordinaires

Cette forte identité historique, architecturale et culturelle n’a pas empêché le maire actuel, qui débute son quatrième mandat, d’autoriser une cinquantaine de travaux et rénovations sans prendre l’avis, pourtant obligatoire, de l’architecte des bâtiments de France (ABF). Pis, il signait des arrêts mentionnant la « non-opposition » des ABF. Il a expliqué à la justice avoir pris l’habitude de produire ces faux par souci de « simplification administrative de la vie des administrés », pour des changements « ordinaires » de volets, de store ou d’enduit de façade.

Le constat sur place est bien différent. Une simple visite à Lyons montre les importantes dégradations qui touchent le bâti ancien, certains édifices classés, mais également, plus banalement, des bâtiments modernes rénovés sans souci de préserver le caractère du village.

Studio Ravel, toiture modifiée avec une autorisation illégale délivrée par le maire

Studio Ravel, toiture modifiée avec une autorisation illégale délivrée par le maire

Studio Ravel, toiture modifiée avec une autorisation illégale délivrée par le maire

Studio Ravel, toiture modifiée avec une autorisation illégale délivrée par le maire

Studio Ravel, toiture modifiée avec une autorisation illégale délivrée par le maire

Ainsi le studio Ravel, situé à quelques mètres de la place de la Halle, a été endommagé par une rénovation hasardeuse de son toit. Précédemment en tuiles ancienne de Lyons, il a été recouvert de tuiles mécaniques qui ne respectent pas la couleur d’origine, ni la nuance naturelle.

Place Benserade, huisseries modifiées avec une autorisation illégale délivrée par le maire

Autre exemple, les fenêtres et la porte d’une maison de la place de la halle de Lyons ont été remplacées par un PVC blanc éclatant qui rompt l’harmonie des fenêtres en bois et des colombages bruns. De la même façon, près de l’église, une maison typiquement normande a été dotée de fenêtres en PVC blanc qui créent une forte dissonance avec les colombages et... avec sa nouvelle porte qui, elle-même, introduit un contraste peu heureux avec les volets.

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Julien Lacaze