En France, cette année, 20% des personnes handicapées ont déjà fait face à un refus de soins d’un professionnel de santé, selon le baromètre Handifaction. Un sujet à la Une d’Ombres & Lumière, le magazine publié par la Fondation OCH. Sa rédactrice en chef Marilyne Chaumont partage des témoignages de famille mais aussi des pistes d’amélioration sur KTO radio, le 23 septembre 2026.
KTO : Bienvenue dans La parole aux associations. Je reçois aujourd’hui Marilyne Chaumont, rédactrice en chef d’Ombres & Lumière, le magazine chrétien du handicap et des troubles psychiques publié par l’OCH.
Bonjour. Vous consacrez un dossier à un sujet très important : l’accès aux soins des personnes handicapées. Pour elles, se rendre chez le dentiste, le gynécologue ou encore aux urgences, c’est un parcours du combattant. Les refus comme les renoncements aux soins sont monnaie courante. Pour commencer, sur quoi fondez-vous l’idée que les personnes handicapées sont moins bien soignées que leurs homologues valides ?
Marilyne Chaumont : Je vais vous donner deux chiffres. En France, seulement 10 à 20 % des cabinets médicaux sont accessibles. Et selon le baromètre Handifaction, qui permet d’évaluer en temps réel le niveau d’accès aux soins des personnes handicapées, près de 20 % d’entre elles ont été confrontées à un refus de soins explicite par un professionnel de santé en 2026.
KTO : Un refus de soins, ça veut dire quoi ?
Marilyne Chaumont : Alors, derrière un refus, il peut y avoir un professionnel qui, faute de matériel adapté ou de connaissance du handicap, est incapable de soigner la personne handicapée. C’est le cas, par exemple, de Victoire, une jeune femme d’une vingtaine d’années atteinte du syndrome d’Angelman. Nous avons reçu dans Ombres & Lumière le témoignage de sa mère. En 2022, cette jeune fille a développé un syndrome anxieux. Alors, elle ne se nourrit plus, ne s’hydrate plus, multiplie les crises d’épilepsie et, un jour, sa mère l’accompagne aux urgences. « Nous avons attendu jusqu’à 48 heures dans un couloir », témoigne sa maman. « Un jour, le personnel a insisté pour nous renvoyer chez nous. Je disais connaître ma fille, qui n’a pas accès à la parole, et qu’une crise était proche. Ils n’ont rien voulu entendre. » Et un peu plus tard, une fois que la famille a dû repartir, le neurologue leur annonce qu’elle doit être hospitalisée. Il reçoit la famille et alors, les larmes aux yeux, il a fini par leur dire qu’il avait honte, mais que la jeune Victoire n’était pas considérée comme prioritaire et qu’elle ne serait pas prise en charge.
KTO : Vous parliez aussi de renoncement aux soins de la part des personnes handicapées ?
Marilyne Chaumont : Oui. Devant un manque de formation des médecins ou de prise en compte du handicap, les obstacles d’accessibilité peuvent conduire la personne handicapée ou son aidant à renoncer à se soigner. Ce qui, vous l’imaginez, peut aggraver de nombreuses situations. Je pense notamment aux soins dentaires, qui sont très redoutés pour les personnes avec un handicap mental, par exemple. France, la mère d’Éléonore, une jeune fille trisomique, nous a raconté que sa fille était assez réceptive aux soins, mais qu’elle faisait un blocage si on lui demandait juste de s’allonger sur la table d’examen. Alors, un jour, un dentiste l’a plaquée de force sur la table. Une autre fois, après avoir demandé à la mère de sortir du cabinet, on lui a dit que sa fille relevait de la pédopsychiatrie. Voilà. Résultat, rapporte cette mère : « Ces deux expériences ont traumatisé ma fille, et moi avec. »
KTO : Devant toutes ces situations effrayantes, existe-t-il tout de même des pistes d’amélioration ?
Marilyne Chaumont : Oui, heureusement. En 2014, la charte Romain Jacob, appliquée dans de nombreux hôpitaux et établissements pour améliorer l’accès aux soins et à la santé des personnes handicapées, a déclenché une réelle prise de conscience. Depuis, de nombreuses initiatives fleurissent, comme les Handi-consultations, qui sont des consultations vraiment dédiées au handicap, ou encore Handibloc, qui permet, sous une seule anesthésie, de réaliser plusieurs soins pour les personnes avec un lourd handicap. Toutes ces propositions de qualité, portées par des professionnels à la fois formés et bienveillants, ouvrent une vraie perspective. Mais il y a aussi une limite. Encore faudrait-il ne pas créer des sortes d’îlots médicaux réservés aux personnes handicapées. De ce fait, la mise en accessibilité des cabinets de ville ou des autres structures médicales du droit commun doit rester une priorité.
KTO : Merci beaucoup, Marilyne Chaumont. Et plus d’informations à retrouver sur le site ombresetlumiere.fr.