Le projet CIMaE : les mares d’altitude ont besoin de vous !
10 août 2026
Samedi 19 septembre 2026, durant la foire de la Saint-Mathieu à Château-Ville-Vieille, Christian BLANC, président du Parc naturel régional du Queyras, a récompensé les lauréats du concours local des pratiques agroécologiques - prairies et parcours, organisé pour la 16ème année en partenariat avec la Chambre d’agriculture des Hautes-Alpes, après une trêve en 2025.
Ce concours a pour objectif de mettre en lumière le travail des agriculteurs et agricultrices sur les prairies de fauche, en récompensant les parcelles aux meilleures qualités agronomiques et écologiques.
Le GAEC Bonnabel vainqueur cette édition 2026
Cette année, 7 agriculteurs (voir galerie ci-dessous) répartis sur tout le territoire ont proposé des parcelles et ont pris le temps pour effectuer les visites, organisées début juin et début juillet.
Il s’agit, par ordre de visite des parcelles, de :
- François PHILIP (GAEC du Guil, à Guillestre) ;
- Étienne HUMBERT (GAEC des Establasses, à Eygliers) ;
- Kevin BONNABEL (GAEC Bonnabel, à Vars) ;
- Valentin PHILIP (EARL Belle Vue, à Saint-Véran) ;
- François et Charline HUMBERT (Souliers) ;
- François BLANC (GAEC du Val d’Azur, à Arvieux) ;
- Christophe GAUTHIER (à Ceillac).
Le jury était présidé par le dernier lauréat du concours, Franck RENDU, éleveur à Château-Ville-Vieille, accompagné par plusieurs spécialistes, indispensables pour croiser leurs regards d’agronome (Sébastien Guion, conseiller à la Chambre d’agriculture), d’écologue-botaniste (Grégory Lougouragray, chargé de recherche à l’INRAE), d’apicultrice (Aubérie Dimpre, nouvelle maire d’Eygliers) et d’experts de la biodiversité (Alain Bloc, ancien conservateur de la Réserve naturelle nationale de Ristolas – Mont Viso ; Dominique Gauthier, président du Conseil scientifique du Parc et ancien directeur du laboratoire vétérinaire des Hautes Alpes ; ainsi que Philippe Moullec, hydrobiologiste, chef du service départemental des Hautes-Alpes de l'OFB).
Les membres du jury, qui ont souligné la qualité des parcelles proposées et félicitent tous les agriculteurs, se sont finalement accordés sur le classement suivant :
- GAEC Bonnabel (Kevin BONNABEL) ;
- GAEC du Guil (François PHILIP) ;
- Christophe GAUTHIER
C’est donc le GAEC Bonnabel qui sera proposée au concours national (catégorie fauche prioritaire de haute montagne), pour lequel la remise des prix s’effectuera lors du Salon Internationale de l’Agriculture 2027, à Paris.
Le jury visitant la parcelle du GAEC du Guil. © PNRQ
De nombreux critères sont pris en compte dans la grille de notation. © PNRQ
Détails du classement :
La parcelle candidate de Christophe GAUTHIER. © PNRQ
3ème : Christophe GAUTHIER – Parcelle dans la vallée du Cristillan à Ceillac :
Une parcelle de fauche atypique mais aux enjeux forts pour le territoire, pour la préservation de ces milieux d’altitude isolés difficiles d’accès, à forte valeur patrimoniale.
L’exploitation de M. Gauthier est caractérisée par de grandes cultures et la production de pommes de terre, mais en valorisation locale (blé tendre pour les « pasta », farine). Le foin produit sur la parcelle visitée est vendu.
La prairie, d’environ 2 ha, se situe dans un territoire reculé à fort enjeu paysager et de fermeture du couvert. Elle est valorisable uniquement en motofaucheuse avec un foin en balles rondes qu’il est difficile de transporter. L’intérêt patrimonial de maintenir la fauche dans ce secteur est remarquable ; il se justifie aussi par une irrigation possible grâce à l’entretien des canaux, d’où une production relativement élevée malgré l’absence de fertilisation. On note une belle souplesse d’exploitation, caractérisée par un mélange équilibré entre graminées précoces et tardives productives.
La végétation est diversifiée (17 catégories rencontrées de la liste du concours), permettant un bon maintien des qualités attendus du fourrage pour une fauche tardive (fin juillet - début août) qui contribue à la qualité environnementale (fort potentiel mellifère, faible dérangement en début de saison de la faune, renouvellement naturel de la parcelle).
Le pâturage automnal ovin sur la parcelle favorise toutefois, par sa conduite (beaucoup d’animaux sur une courte période), une hétérogénéité à grain grossier, avec présence de taches de graminées ou de plantes « diverses » qui peuvent traduire un équilibre mouvant à surveiller.
2ème : GAEC du Guil (François PHILIP) – Parcelle au Plan de Phazy :
Une parcelle marquée par la valorisation d’un foin varié sur la base d’une belle diversité floristique, contribuant fortement à l’autonomie alimentaire, tout en remplissant le rôle de corridor écologique au sein de la vallée le long d’une route très passante (présence de haies).
Cette parcelle de 2,2 ha, exclusivement destinée à la production de foin avec 2 coupes par an, assure le maintien de l’autonomie fourragère pour l’exploitation. En effet, il s’agit de la plus grande parcelle du GAEC : elle contribue à environ 10% du stock. Elle n’est pas pâturée du fait de la proximité de la route (RN94).
Il s’agit d’une prairie diversifiée : on y trouve une dizaine d’espèces de graminées, majoritairement précoces et productives mais ayant des feuilles avec une longue durée de vie, ce qui permet une souplesse d’exploitation adaptée aux attentes des éleveurs. 13 catégories de végétaux de la liste du concours y ont été observées, signe d’une richesse floristique élevée (plus de 50 espèces comptabilisées au total) et d’une bonne répartition entre graminées, légumineuses et plantes diverses. Le caractère hétérogène de la parcelle, en partie lié à la topographie du site, favorise ce fourrage varié. La qualité fourragère y est privilégiée, d’autant que l’irrigation gravitaire permet une repousse de très bonne qualité (bien que la parcelle n’ait pas été irriguée depuis 2 ans).
Outre la route nationale, le cadre est remarquable avec vues sur la Rotonde, la vallée de la Durance et la place forte de Mont-Dauphin, et concoure à la qualité paysagère du secteur.
La parcelle candidate du GAEC du Guil. © PNRQ
La parcelle candidate du GAEC Bonnabel. © PNRQ
1er : GAEC Bonnabel (Kevin BONNABEL) – Parcelle à Sainte-Catherine de Vars :
Une très belle prairie de fauche d’altitude dans un cadre exceptionnel.
La prairie présente une diversité floristique très élevée (plus de 40 espèces, et 17 catégories du concours) sur toute la parcelle, ainsi qu’un bon équilibre entre graminées (précoces et tardives, à feuilles larges ou fines), plantes diverses et légumineuses (l’abondance élevée de ces dernières contribuant à la qualité du fourrage et au potentiel de report sur pied). On y retrouve des espèces typiques des prairies de montagne du Queyras, telles que le Mélinet (Cerinthe minor subsp. auriculata) ou le Lis martagon (Lilium martagon), ainsi que des espèces aromatiques.
La parcelle affiche ainsi un bel équilibre agroécologique avec une végétation de qualité qui répond aux attentes de l’éleveur (foin destiné aux vaches et aux chevaux). Cette parcelle est fauchée tôt dans la saison (fin juin - début juillet), mais cela n’entraîne pas de dynamique favorisant les espèces précoces car l’éleveur ajuste la fertilisation organique (apport de fumier de vaches et de chevaux).
Outre sa souplesse d’exploitation, cette prairie de fauche colorée a une valeur esthétique et contribue à la qualité paysagère. Elle est par ailleurs entourée de haies (ligneux) et bordée d’une forêt. De nombreuses espèces d’oiseaux et d’insectes ont été relevées dans et autour de la parcelle, qui accueille d’ailleurs des ruches compte tenues de ses qualités mellifères.
Enfin, sa difficulté d’accès et sa localisation, en pente, soulignent l’investissement et les efforts de l’exploitant dans son entretien, qui contribue aussi à limiter les phénomènes d’érosion du sol.
Kevin BONNABEL sera invité, comme le veut la tradition, à présider le jury du prochain concours. Bravo à lui.
Christian BLANC récompensant le GAEC du Guil lors de la foire de la Saint-Mathieu. © PNRQ
En quoi consiste le concours des pratiques agroécologiques prairies et parcours ?
Ce concours récompense les parcelles aux meilleures qualités agronomiques et écologiques. De nombreux critères sont pris en compte : fonctionnalité agricole, productivité, valeur alimentaire pour le bétail, souplesse d’exploitation et de saisonnalité (plantes précoces et tardives), diversité écologique et renouvellement de la flore, valeur apicole, cohérence de l’usage agricole, ou encore valeur paysagère et patrimoniale.
Qu’est-ce qu’une prairie de fauche ?
Il s’agit d’une parcelle riches en espèces végétales, non semée, qui est fauchée ou pâturée pour nourrir le bétail. Sur le territoire du Parc du Queyras, ces prairies naturelles se situent entre 1 200 et 2 100 m d’altitude et constituent une ressource fourragère locale indispensables pour les troupeaux durant l’hiver.