Le vendredi 2 octobre à 20h30 au Théâtre Jean Cocteau de l’Espace Saint-Exupéry, la pièce de théâtre Le Procès d’une vie, revient sur un moment historique qui a ouvert la voie à la légalisation de l’avortement en France : le procès de Bobigny, en 1972, où la célèbre avocate Gisèle Halimi a assuré la défense d’une adolescente de 16 ans ayant avorté après avoir été violée. Rencontre avec Barbara Lamballais, l’une des autrices de la pièce, qui a remporté 3 Molières lors de la dernière édition, et Clothilde Daniault, qui incarne Gisèle Halimi.
Pouvez-vous revenir en quelques mots sur ce procès au cœur de la pièce ?
Barbara Lamballais : « Ce procès qui a eu lieu en 1972, a été monté par Gisèle Halimi pour attaquer la loi avortement, pour qu’elle soit modifiée complètement. Elle décide de faire un procès politique de cet évènement-là, en plus de défendre Marie-Claire, Michèle et les autres inculpées. »
Comment s’est passée la genèse du projet ?
Barbara Lamballais : « Ça a été très, très long. Karina Testa, avec qui j’ai co-écrit le texte, m’a proposé un petit matin de nous pencher sur ce sujet. Nous avons commencé à écrire, en 2017, une version courte qui s’appelait #Bobigny, en direction du Festival Mises en Capsules qui a lieu à Paris. Suite à cet évènement qui s’est très bien passé d’un point de vue du public, on s’est lancées dans la version longue, à partir de 2018-2019. En 2020, nous avons reçu un prix d’écriture d’Artcena (Centre National des Arts du Cirque, de la Rue et du Théâtre) d’aide à la création de textes dramatiques, qui est venu sceller la forme de notre texte, et légitimer notre projet. Pendant toute cette période, nous avons donné pas mal de lectures. Tout ça pour arriver à l’été dernier, où le projet a enfin pu naître, à Avignon. Parce qu’il a fallu autant de temps pour trouver les personnes qui veulent bien nous accompagner en production. »
Qu’est-ce que les Molières reçus ont représenté pour vous et la pièce ?
Barbara Lamballais : « C’est sûr que les Molières sont une reconnaissance de nos pairs, puisque c’est eux qui votent. Ça nous permet de voir que ce n’est pas seulement un succès public. C’était une cerise sur le gâteau, car nous avons attendu tellement de temps pour que ce projet se concrétise. Ce qui a également été une satisfaction absolue pour les équipes du spectacle, c’est de voir des gens aussi variés en âge, en origine, en confession, être là tous ensemble dans la salle et se lever à la fin. C’est aussi cela la petite victoire dans la grande victoire. Les Molières vont également permettre à la pièce de se jouer plus longtemps. »
Clothilde Daniault, que représentait Gisèle Halimi pour vous ?
« Je connaissais cette personnalité mais moins que Simone Veil, dont on parlait davantage quand j’étais plus jeune. La pièce m’a vraiment permis de découvrir cette femme qui était une icône, mais surtout d’aller dans le creux de ses pensées et de ce qu’elle avait à défendre, de comment elle a fait bouger les choses, et du fait qu’elles se pérennisent dans le temps. Des femmes ont ensuite repris le flambeau. C’est une très belle rencontre. »
Comment avez-vous réagi quand vous avez appris que vous alliez l’incarner ?
« Quand on a m’a annoncé que j’allais incarner Gisèle Halimi, au début je n’y ai pas trop cru ! J’ai beaucoup discuté avec Barbara Lamballais pour voir ce qu’elle voulait raconter dans ce spectacle, et ce qu’elle voulait montrer de ce personnage.
Nous n’avons pas du tout cherché le mimétisme. En s’inspirant de ses interviews, des réponses qu’elle pouvait donner dans certaines émissions, sur certains sujets qui étaient malmenés à une époque, c’était intéressant de voir comment elle réagissait, comment elle asseyait son propos d’une manière très posée. Ce qui m’a beaucoup fascinée et accompagnée. Après, à force de la regarder, comme un enfant qui regarde sa mère, on mimétise un petit peu, mais c’est très inconscient »
Pourquoi est-ce toujours important d’évoquer ce procès, plus de 50 ans après ?
Barbara Lamballais : « Il est très important de continuer à porter ces paroles-là, car, pour citer Simone de Beauvoir « Il suffira d’une crise, économique, sociale, politique ou religieuse, pour que les droits des femmes soient remis en question ». Aujourd’hui, en France, on pourrait dire que ça va, mais en fait non. On voit bien que l’argent versé aux Plannings Familiaux recule. De plus, il y a encore une grosse chappe et beaucoup de difficultés pour pouvoir avorter aujourd’hui en France.
C’est symboliquement très fort que l’IVG soit inscrite dans la Constitution, mais on sait déjà que les Constitutions peuvent être changées, donc ça ne veut pas dire que c’est scellé. Il suffit aussi de dézoomer et de regarder mondialement. Il y a des zones d’alerte qui se posent à plein d’endroits. »
Clotilde Daniault : « Il ne faut jamais s’endormir. »