Quand une personne en situation de handicap exprime des désirs affectifs ou amoureux, parents et éducateurs peuvent se sentir démunis. Comment accompagner ces questions intimes avec justesse et respect ? : Chronique RND de Florence Gros du 18 février 2026
Matthieu et Bénédicte ont 4 enfants. Leur dernière Justine a un handicap mental. Elle a 17 ans et, l’autre jour, elle a informé ses parents que quand elle aura 18 ans, elle se mariera. Jamais Matthieu et Bénédicte n’ont envisagé cela et jamais leur fille n’a été aussi catégorique. Pourtant, elle ne parle pas du tout d’un garçon pour qui elle aurait des sentiments forts. Leurs ainés ont quitté la maison, certains sont mariés, et ils n’ont guère eu besoin de s’occuper de la vie amoureuse de leurs enfants. Cette affirmation les a un peu déstabilisés. Aussi cherchent-ils des outils de réflexion pour ne pas laisser Justine seule avec ce désir de mariage. Elie a 25 ans, il a un autisme léger. En ce moment il parle beaucoup d’Aurélie qui est dans son foyer et de ses seins généreux. Son éducatrice ne sait pas trop comment réagir. Valentine, dont le handicap n’est pas diagnostiqué, a 12 ans. Quand elle sort de sa douche, elle traverse, dénudée et sans aucune gêne, l’appartement devant les amis de son frère. Ces quelques exemples, Pierre-Hugues, vous donne un aperçu des difficultés dans lesquelles peuvent être les parents ou les éducateurs qui cherchent à accompagner au mieux la vie affective, relationnelle ou amoureuse de leur proche handicapé.
Pierre-Hugues : Chaque situation est différente, l’accompagnement est certainement complexe mais aussi à personnaliser.
Vous avez raison Pierre-Hugues. Ce serait si facile et rassurant de pouvoir donner des recettes toutes faites et adaptées à tous. Pour autant en s’informant, en se formant, en partageant avec des pairs, on peut développer des bonnes pratiques et se sentir moins démuni devant des situations comme celles que j’ai évoquées. Il y a quelques jours, je discutais avec Julia, maman de Noémie, 19 ans et autiste. Elle a participé il y a 3 ans au parcours « accompagner la vie affective et sexuelle de son enfant handicapé ». Parcours créé par l’OCH. Elle reconnaît que c’est une de ses amies qui, avec beaucoup d’énergie, l’avait convaincue de suivre cette formation. Pour Julia, à l’époque, il n’y avait ni question, ni problème. Puis une fois la formation suivie, elle avait regretté de ne pas l’avoir vécue avec son mari. C’est tout un univers qu’elle découvrait et qui l’aide aujourd’hui à être à l’écoute des besoins affectifs de sa fille. Parler de vie affective et relationnelle est intime et donc difficile. Quand il s’agit de son enfant vulnérable, influençable qui habite un corps d’adulte sans en avoir pleinement l’esprit, c’est encore plus difficile.
Pierre-Hugues : En dehors de ce parcours de formation, que propose l’OCH ?
L’OCH s’intéresse de près aux questions que se posent les parents, les personnes en situation de handicap ou encore les éducateurs et diversifie donc ses réponses et actions. L’équipe Ecoute & conseil offre un accompagnement personnalisé. La fondation est en train d’actualiser le parcours de formation pour qu’il soit aussi adapté aux professionnels et que tous travaillent ensemble pour le bien de la personne handicapée. L’OCH propose aussi, le lundi 9 mars à Lyon, en soirée, une table-ronde dont le thème sera « osons parler d’amour ». Oser parler de relation affective ou amoureuse, oser parler de vie intime, de corps, d’émotions, de sentiments, c’est l’objectif de cette conférence à plusieurs voix. Denis Vaginay, docteur en psychologie, auteur d’ouvrages sur cette question avec un parent et une personne en situation de handicap, répondront aux questions de Marilyne Chaumont, rédactrice en chef de la revue Ombres & Lumière que publie l’OCH. Marilyne, avec son équipe de journalistes, travaille en parallèle à un dossier pour mars sur le sujet de l’accompagnement à la vie affective et relationnelle des personnes en situation de handicap. Ne restez pas seul avec vos questions, contacter l’OCH.
Chroniques hebdomadaire de Florence Gros, directrice de la Fondation OCH. 18/02/2026