Chronique radio: « Quand la parole est absente »

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Dans cette chronique sur Radio Notre-Dame, Florence Gros directrice de la Fondation OCH revient sur la question de la communication quand la parole est absente. À travers des témoignages et des expériences concrètes, elle rappelle que toute personne a quelque chose à dire et invite à découvrir d’autres chemins de rencontre, d’écoute et de relation.

« Quand la parole est absente », c’est le titre du dossier du dernier numéro de la revue Ombres & Lumière que publie l’OCH. La parole est un moyen d’expression important, comment faire de la place à ceux qui n’ont plus de mots ?

Vous soulevez, Pierre-Hugues, une multitude de questions car les personnes qui ne peuvent s’exprimer sont particulièrement vulnérables et exclues. Vulnérables parce qu’elles ne peuvent pas toujours exprimer un besoin ou un danger et que ceux qui les accompagnent ne peuvent pas toujours répondre de façon adaptée. Exclues parce que leur mode de communication n’est plus standard. Anne-Lyse Chabert, philosophe, perd progressivement la parole à cause d’une maladie neurodégénérative. Ombres & Lumière l’a interviewée. Elle explique très bien comment elle se sent privée progressivement de l’autre du fait qu’elle est de moins en moins comprise. Vous posez la question de la façon de faire de la place à ceux qui perdent les mots ou ceux qui n’ont jamais eu de mots. Cela demande d’explorer d’autres moyens d’expression ou de communication, de beaucoup écouter et de partir du principe que toute personne a quelque chose à dire.

Pierre-Hugues : Quelles sont ces alternatives pour communiquer ?

Elles sont différentes pour chaque personne. Je vous partage quelques expériences. Avec Pierre, un ami infirme moteur cérébral qui ne peut pas parler : dans le quotidien, avec des questions fermées, il peut me répondre oui ou non avec ses yeux. Et pour de vraies discussions, il a un ordinateur pour écrire ses pensées. Séraphine, autiste, utilise un carnet d’images pour exprimer ses besoins. La maman de Valentin doit interpréter les mimiques ou les attitudes corporelles de son fils. Alice, trisomique, a utilisé la langue des signes avant de parler. Avec le temps, les mots et les phrases ont pris le pas sur les signes. Philippe, handicapé moteur, a une commande oculaire et une synthèse vocale pour communiquer. Trouver le bon outil, la bonne manière de communiquer est un chemin d’humilité pour la personne handicapée et pour l’entourage. Parfois, les familles ont tenté plusieurs méthodes, sans succès apparents. Leur désir de comprendre pleinement leur enfant n’est pas satisfait.

Pierre-Hugues : Que dire de la vie intérieure des personnes qui n’ont pas de mots ?

Frère Marc de Jésus serviteur, responsable de la Pastorale des personnes handicapées du diocèse de Meaux, témoigne dans le dossier d’Ombres & Lumière. Il affirme que la vie intérieure n’est pas limitée par l’absence de langage. Il raconte comment un homme qui n’avait jamais parlé s’est mis à murmurer devant une icône en priant. Je peux aussi témoigner que mon filleul polyhandicapé sans langage repérait toujours dans une église la chapelle du Saint Sacrement. Lui qui aimait tant jouer et qui ne manquait jamais une occasion de rigoler, se concentrait longuement devant le Saint Sacrement. Je n’ai jamais eu aucun doute sur sa vraie relation à Dieu. Anne-Lyse Chabert dont je vous parlais tout à l’heure dit que « quand communiquer avec les autres devient plus difficile, vous vous tournez davantage vers votre monde intérieur, que vous apprenez à cultiver et peut-être à mieux écouter ». Les personnes qui ne bavardent pas peuvent sans doute nous apprendre le gout de l’essentiel et de l’intériorité. Procurez-vous le dernier numéro de la revue Ombres & Lumière, vous développerez vos capacités en communication !        

RND 6 mai 2026 « Quand la parole est absente 

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Maxime Jaly