Chronique de Florence Gros, directrice de la Fondation OCH, sur Radio Notre Dame – 06 mai 2025
Pierre-Hugues : Comment prendre soin de l’autre, Florence ?
Florence Gros : A l’occasion du forum Viva que l’OCH a organisé en mars dernier avec une quinzaine d’associations, une étude sur les Français et la famille a été réalisée par l’IFOP. Le sondage a révélé que la famille était le premier lieu de soutien en cas de difficultés majeures. L’intuition de Marie-Hélène Mathieu, fondatrice de l’OCH, reste d’actualité. Prendre soin des familles, parents, conjoints, enfants est toujours une des priorités de la Fondation.
D’ailleurs, en ce moment et jusqu’en juin, dans 12 villes de France et lors d’une soirée en visio, le 16 juin prochain, les mamans se retrouvent pour se poser et se ressourcer. Les inscriptions ne sont pas closes. Toutes les mamans d’un enfant ou d’un adulte malade ou handicapé sont attendues. Dans ce sondage a aussi été mesurée la disposition des Français à passer une heure de temps avec une personne isolée. L’isolement est de fait une des souffrances les plus grandes pour les personnes confrontées au handicap ou à la maladie. L’OCH est régulièrement interpelé par des personnes en institution qui attendent de la visite. Pour en revenir au résultat du sondage, 76% des Français sont prêts à donner un peu plus de leur temps. Une bonne nouvelle !
Pierre-Hugues : Est-ce que dans ce pourcentage élevé, il y a des différences selon l’âge ou la profession des sondés ?
Florence Gros : De fait les jeunes de 18-24 ans et les plus de 65 ans, les retraités et les personnes au chômage sont les plus enclins à donner du temps mais à plus de 70%, tous sont prêts. On peut penser que ceux qui ont charge de famille tout en travaillant manquent de temps. Cette générosité est à entendre. Elle fait écho à un Essai d’Agata Zielinski sur le care dans Études. L’article date de 2010 mais je le trouve toujours aussi lumineux. Agata, xavière et philosophe, interroge la place du soin dans la société et dans sa vie personnelle. Prendre soin est une disposition ainsi qu’une activité qui nécessitent à la fois de constater et d’évaluer. Notre perception et notre intelligence pratique sont sollicités.
Pierre-Hugues : Est-ce que « prendre soin » s’éduque ?
Florence Gros : C’est une question à laquelle Agata Zielinski tente de répondre. Elle reprend aussi les étapes du prendre soin. L’attention : si nous ne sommes pas attentifs aux besoins des autres, il est impossible d’y répondre. Chacun peut décider de faire attention aux autres et particulièrement aux plus vulnérables mais cela demande aussi de reconnaître sa propre vulnérabilité. Puis il s’agit d’oser regarder la vulnérabilité et s’en approcher comme le bon Samaritain qui ne se détourne pas du souffrant. Agata parle aussi de responsabilité. Je la cite : « l’existence d’autrui me convoque à la responsabilité, à ne pas faire comme s’il n’existait pas, et à orienter ma vie en fonction non plus de moi mais de lui ». Elle rappelle encore que prendre soin s’inscrit dans une relation entre deux acteurs. Il n’y a pas un acteur et un bénéficiaire objet. Mais chacun est sujet. La solitude est grandissante, notre générosité bien présente, encourageons-nous, éduquons-nous à prendre soin les uns des autres dans nos vulnérabilités. Nous sommes tous responsables.
Chroniques animées par Pierre-Hugues Dubois, présentateur de la matinale de Radio Notre-Dame.