Le film décrit une sorte de burn-out mou, lorsque tout s’effondre comme au ralenti dans la vie de cette prof de philo quinqua (Isabelle Huppert), qui semble épanouie dans les certitudes de son éthique personnelle et professionnelle. L’Avenir de Mia Hansen-Løve, avec Isabelle Huppert, Édith Scob et Roman Kolinka, ou le film d’une philosophie de la solitude !
Une grande solitude
Mais, quand ses élèves refusent de rentrer en cours pour protester contre la réforme des retraites, quand sa mère, ancienne mannequin fantasque et exubérante, ne reconnait plus Sarkozy à la télévision, quand son mari lui révèle qu’il l’a trompe avec une autre femme, que sa collection d’ouvrages de vulgarisation philosophiques se ringardise soudain par la médiocrité de ses couvertures et pour finir, que son meilleur ancien élève promis à Normale Sup se réfugie dans une communauté dans le Vercors, pour mieux s’impliquer dans une critique sociale prônée par le philosophe Adorno ; une grande solitude envahit notre philosophe, qui n’a plus comme compagne que Paloma, la chatte héritée de sa mère, métaphore de la liberté retrouvée comme le souligne la couverture du livre “Difficile Liberté” du philosophe Emmanuel Levinas.
Un conte philosophique
Car tout le film fonctionne comme un conte philosophique, dans un aller-retour plutôt bien mené entre le cours de philo et la vie réelle, entre Schopenhauer, comme livre de chevet de son conjoint, prof sévère et mari volage, les leçons sur Pascal et le Dieu absent, ou sur Rousseau et le désir inassouvi comme source du bonheur ; brillantes spéculations bien vaines pour endiguer le désenchantement qui accompagne cette soudaine liberté retrouvée. Notre philosophe s’installe dans une posture plutôt stoïcienne, entre distanciation et froideur, avec une progressive insensibilité, y compris aux arguments de contestation sociale de son élève préféré, somme toute jugé un peu naïf.
Aimons nos petits enfants
Étrange personnage qu’incarne avec brio Isabelle Huppert, qui restera tout le film parfaitement lisse dans ses émotions, trop lisse sans doute, jusqu’à cette touchante scène de fin où elle berce son petit fils, comme si le “il faut cultiver notre jardin” qui conclut le “Candide ou l’Optimisme” de Voltaire se transformait ici en : “aimons nos petits enfants”…
Soutenez-nous
Nous vous encourageons à utiliser les liens d’affiliation présents dans cette publication. Ces liens vers les produits que nous conseillons, nous permettent de nous rémunérer, moyennant une petite commission, sur les produits achetés : livres, vinyles, CD, DVD, billetterie, etc. Cela constitue la principale source de rémunération de CulturAdvisor et nous permet de continuer à vous informer sur des événements culturels passionnants et de contribuer à la mise en valeur de notre culture commune.
Par Gérard Poitou. MagCentre.