Face à un marché de l’énergie en pleine recomposition, les entreprises de toutes tailles doivent repenser leur approche. Entre la baisse progressive des TRVE, la relance du nucléaire français et l’évolution constante des réglementations, définir une stratégie d’achat énergie adaptée n’est plus une option : c’est une nécessité stratégique pour maîtriser ses coûts opérationnels et sécuriser son approvisionnement.
Pourtant, une TPE de 15 salariés et un groupe industriel de 5000 collaborateurs ne font pas face aux mêmes enjeux. Volume de consommation, capacité de négociation, appétence au risque, ressources internes disponibles : autant de facteurs importants qui déterminent la bonne stratégie d’achat.
Cet article vous guide pour construire une stratégie d’achat d’énergie cohérente avec la réalité de votre entreprise, qu’il s’agisse d’achat d’électricité ou de gaz naturel.
Le choix d’une stratégie d’achat d’énergie dépend de trois facteurs : votre profil de consommation annuelle (en MWh), vos ressources internes pour suivre les marchés, et votre appétence au risque. Les TPE privilégient les prix fixes, les ETI optent pour un mix (70% fixe / 30% spot), et les grands comptes déploient des stratégies dynamiques avec achats par tranches échelonnées dans le temps.
Pourquoi adapter sa stratégie d’achat d’énergie à la taille de son entreprise ?
La taille d’une entreprise conditionne directement trois dimensions stratégiques de l’achat d’énergie :
1. Le volume de consommation et le pouvoir de négociation
Une PME consommant 100 MWh par an n’aura pas le même levier qu’un industriel à 50 GWh. Les fournisseurs d’énergie proposent des grilles tarifaires et des services différenciés selon les volumes. Un grand compte pourra négocier des contrats de fourniture sur-mesure incluant des mécanismes de gestion du risque sophistiqués, tandis qu’une TPE optera pour des offres standardisées.
2. Les ressources internes disponibles
Piloter une stratégie d’achat énergie demande du temps et des compétences spécifiques : veille des prix de l’énergie, analyse des évolutions réglementaires, suivi des heures de pointe, mise en concurrence régulière.
3. La capacité à absorber la volatilité du marché
Le marché de l’énergie reste marqué par une forte volatilité. Une entreprise avec une trésorerie solide et des marges confortables pourra envisager des options tarifaires indexées pour capter les baisses de prix. À l’inverse, une structure avec un budget contraint privilégiera la sécurité d’un prix fixe à long terme.
Adapter sa stratégie à sa réalité organisationnelle, c’est maximiser l’efficacité de ses achats tout en limitant l’exposition aux risques inutiles.
Comprendre son profil énergétique : la première étape pour toute entreprise
Avant de choisir une stratégie d’achat , toute entreprise doit réaliser un diagnostic précis de ses besoins en énergie. Cette première étape est commune à tous les profils.
Analyser sa consommation d’énergie
L’audit de consommation d’énergie permet d’identifier :
- Les volumes annuels : combien de MWh d’électricité et de gaz naturel consomme votre entreprise ?
- La répartition temporelle : votre consommation est-elle concentrée sur les heures de pointe ou étalée sur la journée ?
- La saisonnalité : vos besoins en énergie varient-ils fortement entre l’été et l’hiver ?
- Les usages : chauffage, process industriels, climatisation, éclairage…
Ces données constituent le socle de toute stratégie de gestion énergétique efficace. Elles permettent de dimensionner correctement les contrats, d’analyser vos factures d’énergie et d’identifier les leviers d’optimisation (effacement, flexibilité, autoconsommation).
Évaluer son profil de risque et ses objectifs
Chaque entreprise doit définir son objectif prioritaire :
- Sécurité budgétaire : privilégier la visibilité sur les coûts pour faciliter la gestion financière
- Optimisation économique : rechercher les meilleures opportunités de prix même si cela implique une gestion active
- Transition énergétique : intégrer des objectifs RSE et décarbonation dans la politique d’achat
Cette clarification d’objectif oriente directement le choix des options tarifaires et des types de contrats. C’est un élément clé pour faire le bon choix stratégique.
Le rôle d’un cabinet conseil en stratégie d’achat d’énergie
Pour les entreprises ne disposant pas de ressources internes, faire appel à un cabinet conseil spécialisé ou un expert en conseil en énergie permet de structurer cette analyse. Un courtier en énergie ou un consultant accompagne l’entreprise pour :
- Auditer finement le profil de consommation
- Identifier les leviers d’optimisation
- Élaborer une stratégie d’achat adaptée au secteur d’activité et aux contraintes opérationnelles
- Assurer la veille réglementaire et la mise en œuvre opérationnelle tout au long du contrat
Cette expertise externe devient un levier stratégique pour les ETI et PME souhaitant professionnaliser leur approche sans créer de poste dédié.
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Stratégies d’achat pour les TPE et PME (moins de 50 salariés)
Les enjeux spécifiques des petites structures
Les TPE et PME représentent la majorité du tissu économique français. Leur consommation d’énergie (électricité et gaz naturel) varie généralement de quelques dizaines à quelques centaines de MWh par an. Leurs contraintes sont spécifiques :
- Ressources limitées : pas de service achats dédié, le dirigeant ou le DAF gère l’énergie parmi d’autres sujets
- Faible pouvoir de négociation : volumes trop modestes pour négocier individuellement avec les fournisseurs
- Besoin de simplicité : les offres complexes ou nécessitant un pilotage quotidien sont inadaptées
La stratégie recommandée : sécurité et simplicité
Contrat à prix fixe sur 1 à 3 ans
Pour une TPE/PME, le contrat de fourniture à prix fixe reste la solution la plus adaptée. Il offre :
- Une visibilité budgétaire complète sur la durée du contrat
- Une protection contre les hausses brutales des prix de l’énergie
- Une simplicité de gestion : aucun suivi quotidien des marchés nécessaire
Le facteur important : anticiper le renouvellement 6 à 9 mois avant l’échéance pour éviter le passage sur des tarifs par défaut souvent plus coûteux.
L’achat groupé d’énergie : mutualiser pour mieux négocier
L’achat groupé permet aux petites entreprises de bénéficier de conditions tarifaires habituellement réservées aux gros consommateurs. Le principe : agréger les volumes de dizaines ou centaines d’entreprises pour négocier collectivement avec les fournisseurs.
Cette approche combine :
- Des prix compétitifs grâce à l’effet volume
- Une simplicité contractuelle : chaque client signe individuellement mais bénéficie des conditions du groupe
- Un accompagnement par des experts qui pilotent la mise en concurrence et la négociation
L’achat d’énergie verte via des dispositifs groupés devient ainsi accessible aux petites structures souhaitant concilier compétitivité économique et engagement RSE.
Les pièges à éviter pour les TPE/PME
- Rester en offre de marché par défaut : les tarifs de reconduction tacite sont systématiquement plus élevés que les offres négociées
- Négliger la clause de révision de prix : certains contrats dits « fixes » incluent des clauses permettant au fournisseur d’ajuster les prix en cours de contrat
- Sous-estimer l’importance de la date de renouvellement : le timing de signature impacte directement le prix obtenu
Stratégies d’achat pour les ETI (50 à 250 salariés)
Un profil intermédiaire avec des besoins spécifiques
Les Entreprises de Taille Intermédiaire se situent dans une position charnière. Leur consommation d’énergie (généralement entre 500 MWh et 10 GWh) leur donne accès à des offres plus sophistiquées, mais elles manquent encore parfois de ressources internes pour piloter des stratégies complexes.
La stratégie recommandée : équilibre entre optimisation et sécurisation
Approche mixte : combiner sécurité et opportunité
Pour une ETI, la bonne stratégie d’achat consiste souvent à segmenter ses achats :
- 70% en prix fixe : sécuriser la majeure partie des volumes sur 2-3 ans pour garantir la visibilité budgétaire
- 30% en indexé ou spot : conserver une part flexible pour profiter des baisses de marché
Cette approche de place d’une stratégie hybride permet de capter les meilleures opportunités tout en limitant l’exposition au risque de volatilité.
L’appel d’offres structuré
À ce niveau de consommation, organiser un appel d’offres formel devient pertinent et rentable. La mise en concurrence de 5 à 8 fournisseurs permet :
- D’obtenir des écarts de prix significatifs (jusqu’à 15-20% entre l’offre la plus haute et la plus basse)
- De négocier des clauses contractuelles spécifiques
- De comparer différentes structures tarifaires (achat en fonction du profil de consommation)
Un appel d’offres bien construit doit inclure un cahier des charges précis détaillant le profil de consommation, les attentes en termes de services, et les critères d’évaluation. La maîtrise de cette démarche justifie souvent l’accompagnement par un expert en appel d’offres énergie.
Intégrer des mécanismes de gestion du risque
Les ETI peuvent commencer à utiliser des outils de pilotage plus avancés :
- Systèmes d’alerte sur les variations de prix pour déclencher des fixations au bon moment
- Échelonnement des achats sur plusieurs périodes pour lisser le risque de timing
- Clauses de révision négociée permettant d’ajuster les volumes en cours de contrat
L’importance du pilotage continu
À ce stade, l’achat d’énergie nécessite un suivi régulier. Les ETI doivent :
- Mettre en place une veille des prix de l’énergie (au moins mensuelle)
- Suivre l’évolution des taxes et contributions (CSPE, TICFE, CTA…)
- Anticiper les évolutions de consommation liées au développement de l’activité
Ce pilotage peut être internalisé (si l’entreprise dispose d’un acheteur formé) ou externalisé auprès d’un conseil spécialisé.
ETI : préparez votre prochain appel d’offres énergie : nous structurons vos consultations, mettons en concurrence plusieurs fournisseurs et négocions pour vous les meilleures conditions tarifaires.
Stratégies d’achat pour les grands comptes (plus de 250 salariés)
Des enjeux stratégiques et financiers majeurs
Pour les grands comptes industriels et tertiaires, l’énergie représente un poste de coût significatif (plusieurs millions d’euros annuels pour les plus gros consommateurs). La stratégie d’achat énergie devient alors un levier de compétitivité direct.
La stratégie recommandée : sophistication et pilotage actif
— Stratégie d’achat échelonnée dans le temps
Les grands comptes utilisent généralement une approche d’achat d’électricité par tranche :
- Achat par quart ou tiers de volumes : au lieu d’acheter 100% des besoins en une fois, l’entreprise achète 25% tous les trimestres ou 33% tous les semestres
- Arbitrage permanent : une équipe dédiée surveille quotidiennement les marchés forward pour déclencher les achats aux moments les plus favorables
- Utilisation des produits dérivés : futures, options, swaps pour gérer finement l’exposition au risque prix
Cette stratégie de gestion nécessite des outils de trading et une expertise pointue du marché de l’énergie.
— Optimisation de la structure tarifaire
Les grands comptes peuvent négocier des contrats sur-mesure incluant :
- Modulation heures pleines / heures creuses : profiter de l’écart de prix selon les heures de pointe
- Contrats multi-sites : agréger plusieurs sites pour optimiser le pouvoir de négociation
- Services de flexibilité : monétiser la capacité à effacer ou déplacer une partie de la consommation
Ces mécanismes permettent de réduire significativement la facture globale, parfois de 10 à 15% par rapport à un contrat standard. L’accès au réseau optimisé via le TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité) constitue également un levier d’économies.
— Stratégies long terme : PPA et autoconsommation
Les grands comptes ont accès à des leviers structurants sur le long terme :
- PPA (Power Purchase Agreement) : contrat direct négocié de gré à gré avec un producteur d’électricité renouvelable garantissant un prix fixe sur 10-20 ans
- Autoconsommation collective : développement de capacités solaires ou éoliennes dédiées
- Contrats d’effacement : rémunération pour réduire la consommation lors des pics de tension sur le réseau
Ces stratégies combinent optimisation économique et objectifs de transition énergétique.
L’optimisation de la stratégie d’achat d’énergie devient alors un processus continu, intégré à la stratégie financière globale de l’entreprise.
Intégrer les énergies renouvelables dans sa stratégie d’achat
Un enjeu désormais incontournable
Quelle que soit sa taille, toute entreprise est aujourd’hui confrontée à la nécessité d’intégrer la transition énergétique dans sa stratégie. Les pressions réglementaires (obligation de reporting carbone, taxonomie européenne), commerciales (exigences clients et donneurs d’ordre) et sociétales (attentes des salariés et du public) convergent vers le même impératif : décarboner son approvisionnement énergétique.
Les options disponibles selon la taille de l’entreprise
— Pour les TPE/PME : les offres d’énergie verte certifiées
Les petites structures peuvent opter pour des offres d’électricité garantissant l’origine renouvelable via le système des Garanties d’Origine (GO). Ces certificats attestent qu’une quantité équivalente d’électricité issue de sources d’énergie renouvelables a été injectée sur le réseau.
Point de vigilance : toutes les offres vertes ne se valent pas. Il existe une différence majeure entre :
- Les GO « standard » issues de grandes installations amorties (hydraulique notamment), sans impact réel sur le développement de nouvelles sources d’énergie renouvelables
- Les GO « premium » issues de nouvelles installations ou couplées à des engagements d’investissement dans les sources d’énergie renouvelables
Certains labels (comme VertVolt développé par l’ADEME) aident à identifier les offres réellement vertueuses.
— Pour les ETI : l’achat groupé d’énergie verte
L’achat groupé permet aux ETI d’accéder à des offres vertes premium à des conditions tarifaires compétitives. En mutualisant les volumes, les entreprises peuvent négocier :
- Des GO issues de parcs récents
- Une traçabilité géographique (énergie produite en France, voire dans la région)
- Une temporalité plus fine (correspondance horaire entre production et consommation)
Cette approche concilie performance économique et ambition environnementale.
— Pour les grands comptes : les PPA corporates
Les contrats d’achat d’énergie direct (PPA) représentent le niveau le plus abouti d’engagement renouvelable. L’entreprise signe un contrat de long terme (généralement 10 à 20 ans) directement avec un producteur pour acheter l’électricité d’un parc éolien ou solaire.
Les bénéfices sont multiples :
- Visibilité prix à très long terme : protection contre la volatilité du marché de l’énergie
- Impact environnemental direct : l’entreprise finance effectivement la construction de nouvelles capacités renouvelables
- Communication RSE : différenciation forte sur les enjeux de transition énergétique
Selon les données de la CRE, les PPA corporates représent