Vitidrone veut faire décoller l’agriculture durable

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Mis à jour le 29/01/2026

Une viticulture de haute-précision : voilà l’avenir que dessine la startup Vitidrone, accueillie par Inria Startup Studio. Celle-ci développe des drones autonomes combinés à des algorithmes d’IA pour repérer les pieds carencés ou malades sur une parcelle de vigne. Une solution idéale pour limiter l’usage des produits phytosanitaires, tout en préservant les rendements.

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Vers une agriculture de précision

« Ces dernières années, la pression sur le vignoble s’est fortement intensifiée. Le changement climatique provoque des sécheresses plus fréquentes, favorise l’émergence de maladies et ravageurs et multiplie les épisodes de gel tardif aux conséquences souvent dévastatrices. Dans ce contexte, le besoin d’informations précises et régulières sur l’état du vignoble n’a jamais été aussi crucial. Or, un viticulteur ne peut pas passer ses journées à arpenter ses parcelles », expose Titien Cubilier, CEO de la startup Vitidrone, basée à Bordeaux. Lorsque l’on sait qu’un pied de vigne correspond environ à la production d’une bouteille de vin, et que certaines bouteilles se vendent plusieurs centaines d’euros, on comprend vite que préserver ces plantes, qui mettent quatre à cinq ans avant d’être productives, est un enjeu financier majeur pour les viticulteurs.

Alors comment faire pour préserver les rendements tout en limitant les produits phytosanitaires ? Vitidrone propose une solution : un drone autonome capable de repérer, dès les premiers signes, les carences et les maladies de la vigne, au pied près. Et donc de pratiquer une agriculture de précision, visant à n’utiliser de traitements que de façon très ciblée, en amont de l’expansion du pathogène, ce qui limite la perte de rendement. « Une solution pertinente écologiquement et économiquement », résume Titien Cubilier.

Une enfance entre la viticulture et l’informatique

L’idée de veiller ainsi sur les vignes et leurs exploitants à l’aide d’un drone s’est imposée plutôt naturellement au jeune scientifique, comme la suite logique d’une enfance à la fois bercée par le monde de la viticulture - sa famille travaille depuis des générations dans les grands châteaux de Pomerol - et celui de l’informatique (autodidacte passionné, son père lui a transmis le virus dès son plus jeune âge). 

Après avoir opté pour des études dans ce dernier domaine, il obtient un master « Autonomous system, Perception, Interaction and Control » à l’université de Bordeaux, puis un poste d’ingénieur de recherche pour Thales et le Laboratoire bordelais de recherche en informatique (LaBRI), où il se spécialise sur les essaims de drones autonome. Il enseigne par ailleurs la robotique et la conception de drones autonomes à l’université de Bordeaux.

La rencontre d’un spécialiste des drones et d’un bioinformaticien

Puis, en 2024, il se lance et présente son projet Vitidrone aux experts d’Inria. Il obtient alors son intégration au sein du programme Inria Startup Studio… mais il reste à trouver un allié pour le développer. Théo Gauvrit se présente de lui-même et là encore, comme une évidence. « Nous nous sommes rencontrés il y a neuf ans, en deuxième année de licence, via un cours optionnel sur les nouvelles agricultures proposé par l’université, retrace ce nouvel associé et désormais CTO de Vitidrone. C’était déjà un signe ! Nous sommes restés amis et quand j’ai su que Titien cherchait un associé pour son projet, je lui ai proposé ma candidature. » 

L’expertise des deux chercheurs est en effet complémentaire, puisque Théo Gauvrit est docteur en bioinformatique et s’est, lors de ses études précédentes en biologie, intéressé aux plantes et à leurs pathogènes. « L’objectif de contribuer à la viticulture de demain, tout en profitant d’une occasion de découvrir le monde des startups, m’a tout de suite séduit », précise-t-il.

© Vitidrone / Alexia Floirac

L’IA en renfort

En débutant leur collaboration, en mars 2025, les deux associés se fixent l’objectif de disposer d’un prototype dans les six mois. Un défi ambitieux : « D’autres entreprises avaient essayé par le passé de déployer une solution comme celle que nous envisagions, mais sans y parvenir, souligne Titien Cubilier. Toutefois, nous avions une chance en plus : entre-temps, les deux technologies dont nous avions besoin, à savoir les drones et l’intelligence artificielle, ont réalisé d’énormes progrès et leurs coûts se sont drastiquement réduits. » 

Les chercheurs se mettent donc au travail. D’une part, ils avancent sur la programmation algorithmique du drone pour permettre un vol autonome. D’autre part, avec l’aide d’Iban Oyharcabal, expert en vision par ordinateur, ils mettent au point le géoréférencement des pieds de vigne, ainsi que l’analyse de photos haute résolution par l’IA pour la détection de deux premières maladies, la flavescence dorée et l’Esca.

Déjà un premier prototype fonctionnel

Moins de six mois plus tard, ils disposent d’un prototype fonctionnel : il est capable de repérer les pieds, de les situer et de s’appuyer sur le NDVI (indice de végétation par différence normalisée) et surtout sur les photos haute résolution pour évaluer la santé de la vigne. Titien Cubilier détaille le processus : « Le drone opère un premier passage sur les parcelles pour attribuer une position GPS à chaque pied de vigne. Cette étape n’est à réaliser qu’une seule fois ou lors des remaniements de culture. Puis le drone effectue sa surveillance de routine : il prend des photos haute résolution de chaque pied et repère, grâce à l’IA, les signes précoces des maladies. » 

Verbatim

Une application sur smartphone ou tablette permettra au viticulteur de visualiser les points de vigilance, au pied près bien sûr, sur chacune de ses parcelles, d’obtenir des recommandations sur le traitement à mettre en place et de vérifier par lui-même, grâce aux photos, que celui-ci lui semble adéquat. 

Auteur

Titien Cubilier

Poste

CEO de la startup Vitidrone

Pour tester leur technologie, les chercheurs profitent déjà de partenariats techniques avec plusieurs domaines viticoles dont le Château Le Bon Pasteur à Pomerol et le Château l’Apogée à Lalande de Pomerol. 

Les apports d’Inria Startup Studio

En parallèle, les jeunes entrepreneurs se sont formés, grâce à Inria Startup Studio, sur les aspects « business » de leur startup. Ils ont notamment exposé au salon Vivatech et profité d’événements internes où des entrepreneurs viennent partager leurs retours d’expériences, ainsi que d’un cursus complet à l’EM Lyon. « Ce fût une excellente formation, qui nous a largement fait progresser », apprécie Titien Cubilier. 

En outre, leur place au sein d’Inria Startup Studio leur a ouvert l’accès aux équipements de l’Institut. « Nous avons ainsi pu utiliser notamment le supercalculateur PlaFrim pour entraîner nos IA et gagner ainsi un temps précieux », souligne Théo Gauvrit. L’immersion au sein de l’écosystème d’Inria permet aussi d’aller à la rencontre des meilleures équipes de recherche en informatique et d‘échanger connaissances et réflexions. « David James Sherman, de l’équipe-projet Pleiade nous a beaucoup aidés sur notre projet, en nous guidant vers des personnes clés pour notre développement », illustre Titien Cubilier. 

Un double accompagnement par l’incubateur Bernard Magrez Start-Up Win et Unitec

D’autres coopérations vont voir le jour dès 2026, car Vitidrone franchira en début d’année une nouvelle étape cruciale : elle intègrera le programme Primeur, porté conjointement par l’incubateur Bernard Magrez  Start-up Win, dédié notamment à la viti-viniculture, et l’incubateur UNITEC, le premier incubateur de la région bordelaise. Ce dernier doté d’une véritable expertise dans les entreprises du domaine Agro /Viti-vinicole viendra compléter et consolider la structuration apportée par Inria Startup Studio.

Outre les locaux, ces deux incubateurs fourniront un accompagnement sur le développement de l’entreprise et surtout, un réseau de plus de 40 châteaux de Bernard Magrez pour de futures expérimentations. « C’est une formidable occasion pour forger de nouveaux partenariats techniques ! s’enthousiasme Théo Gauvrit. Nous pourrons bénéficier d’une grande quantité de retours d’expérience divers, tout en profitant du formidable coup de projecteur qu’offre l’entrée dans l’incubateur. » 

Bientôt une mise sur le marché

Les deux associés vont continuer tout au long de l’année à venir à ajouter des fonctionnalités à leur technologie, pour essayer par exemple de détecter également le mildiou à un stade très précoce. Ils travailleront aussi avec l’Inrae de Bordeaux pour identifier d’autres sujets sur lesquels les drones pourraient aider les viticulteurs. Résolument ambitieuse, la startup Vitidrone espère commercialiser sa solution d’ici à la fin de l’année.

Recapiti
Inria