L’auteure de la série Elma et du Clan des Snaeberg nous revient avec un thriller psychologique où il sera évidemment question d’une disparition comme seuls les islandais savent les mettre en page… et où le lecteur va se laisser manipuler avec plaisir. Avant que tombe la nuit, aux Éditions La Martinière : un livre d’Eva Björg Ægisdóttir en forme de thriller psychologique nordique !
Un nouveau thriller psychologique
Eva Björg Ægisdóttir, auteure islandaise, réussit à se démarquer au milieu de l’abondante marée de thrillers nordiques traduits en France, après la vague Indridason venue de Reykjavik. C’est à elle que l’on doit notamment la série Elma (bientôt en série tv), ou encore le remarquable Clan Snaeberg.
Voici donc un nouveau thriller psychologique, qu’il faut lire avant que tombe la nuit.
Un roman qui obtenu en 2023, le Prix du Polar de l’année en Islande (prix La Goutte de Sang). La traduction (depuis la version anglaise) est signée par Ombeline Marchon.
Une disparition mystérieuse
En 1967, une adolescente, Kristín (ou Stína), disparaît mystérieusement (la routine islandaise car « il y a mille façons de disparaître en Islande ») et l’on ne retrouvera que son anorak tâché de sang au bord de la route.
Dix ans plus tard, sa jeune sœur, Marsí, est toujours hantée par cette disparition et ne peut s’empêcher de se sentir rongée par la culpabilité : en 1967, elle échangeait secrètement des lettres avec un mystérieux correspondant… en usurpant l’identité et la personnalité de sa grande sœur.
« — Cette honte, je vis avec depuis dix ans. […]
— Je n’en ai jamais parlé à personne, ai-je marmonné.
— Comment ça ?
— Je n’ai jamais parlé à personne de mon correspondant ! »
Des secrets
Qui est responsable de la disparition de Stína ? Le mystérieux correspondant ? Un amoureux éconduit ? L’un des autres garçons que les filles fréquentaient ? Ou même, un père malintentionné ? En 1977, Marsí se remet à poser des questions autour d’elle.
Et quand on cherche bien, on trouve toujours quelques secrets à sortir de l’oubli ou du mensonge…
« Certains secrets vous rongent de l’intérieur. […] Une fois qu’on a commencé à mentir, il est difficile de faire marche arrière : on perd toute crédibilité. Parfois, le plus simple, c’est de continuer. »
La situation
Marsí est revenue dans son village natal et pose des questions à tout le monde, pour découvrir ce qui est arrivée à sa sœur, Stína.
Et ça part dans tous les sens : tout le monde a forcément quelque chose à cacher et dans le petit village, les suspects ne manquent pas.
Eva Björg Aegisdóttir joue avec son lecteur, on était prévenu, mais on l’oublie un peu vite, captivé par le mystère autour de la disparition de Stína.
Il sera même question d’une « maison de correction pour les jeunes filles accusées d’avoir frayé avec des soldats » américains, pendant l’occupation. Pendant ce que les islandais ont appelé la situation, une période trouble que nous avait déjà fait découvrir Indridason, par exemple dans son roman Dans l’ombre (2017).
« La « situation » était l’euphémisme utilisé à l’époque pour désigner les liaisons entre les femmes islandaises et les soldats étrangers. »
Un final surprise
Mais on l’a dit, Eva Björg Aegisdóttir joue avec son lecteur qui se laisse faire et manipuler de bon cœur. Jusqu’à un final surprise teinté d’un humour macabre, très second degré, qui justifie largement le détour par les fjords de l’ouest. Une région où il vaut mieux arriver avant que tombe la nuit :
« Une légende circulait au sujet de la route qui mène à la maison : Les conducteurs qui l’empruntaient de nuit croisaient parfois une femme en train de faire du stop sur le bas-côté. S’ils ralentissaient ou échangeaient un regard avec elle, son visage apparaissait instantanément dans le rétroviseur et ils la retrouvaient assise sur la banquette arrière. Sous le choc, ils perdaient le contrôle du véhicule et finissaient dans le fossé. On racontait des histoires similaires dans toute la campagne islandaise. »
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Par Bruno Ménétrier. Les bouquins de Bruno Ménétrier.