Pour son premier film en tant que réalisateur, l’acteur Ewan McGregor s’attaque à un monument de la littérature américaine, le roman de plus de 400 pages de Philip Roth, prix Pulitzer, qui fait de la “Pastorale américaine” un paradis perdu, disloqué sous les coups de la révolte d’une jeunesse dont une partie passera, du pacifisme contestataire au terrorisme radical. American Pastoral d’Ewan McGregor, avec Ewan McGregor, Jennifer Connelly et Dakota Fanning, ou le film d’une révolte explosive !
“Votre guerre là-bas, notre guerre ici”
Les quelques images d’archives posent le décor de cette actualité des années 70 un peu oubliée, où en marge des manifestations massives contre la guerre et les émeutes raciales, une frange radicalisée de la jeunesse américaine va entrer dans la clandestinité en posant les premiers actes terroristes de l’après seconde guerre mondiale, avec pas moins de 4.000 attentats ou tentatives d’attentats aux États-Unis. Le film nous décrit le parcours de Merry, gamine bègue et adorée de son père (Ewan McGregor), qui bascule dans cet extrémisme en posant une bombe qui va tuer l’épicier du coin.
Un syndrome de radicalisation
À l’évidence, la réduction cinématographique du roman comporte d’importantes imperfections, comme la reprise d’un insignifiant personnage de narrateur, quelques scènes surchargées de l’enfance de Merry avec son père, et surtout le choix du seul point de vue du père, patron de petite entreprise totalement dépassé par la violence d’un mouvement politique qui associe revendication des droits civiques pour les noirs et contestation de la guerre contre le communisme. L’histoire de Merry a malgré tout le mérite de nous rappeler que l’existence d’un syndrome de radicalisation chez les jeunes adultes, voire les adolescents, est bien antérieur à un islamisme radical, et que si les causes défendues sont évidemment différentes, les mécanismes psychiques de l’embrigadement de jeunes esprits sont étonnamment similaires.
Un portrait de père désespéré
Le film est surtout porteur d’un portrait fort de ce père désespéré (qui n’est pas sans rappeler le rôle de François Damiens dans le film Les Cowboys sorti en 2015) par le devenir de sa fille, qui le rejette lui et son mode de vie, pour plonger dans la misère d’une secte mystique, pendant que sa mère choisit la démission, sombrant dans la dépression, puis dans l’adultère pour se reconstruire dans la négation de l’existence de sa fille.
Ce film, imparfait mais poignant, nous laisse finalement sans réponse devant un drame qui réussit à nous plonger dans une émotion tragique.
Soutenez-nous
Nous vous encourageons à utiliser les liens d’affiliation présents dans cette publication. Ces liens vers les produits que nous conseillons, nous permettent de nous rémunérer, moyennant une petite commission, sur les produits achetés : livres, vinyles, CD, DVD, billetterie, etc. Cela constitue la principale source de rémunération de CulturAdvisor et nous permet de continuer à vous informer sur des événements culturels passionnants et de contribuer à la mise en valeur de notre culture commune.
Par Gérard Poitou. MagCentre.