- Près d’un an après l’arrestation et le transfert de Rodrigo Duterte à la Cour pénale internationale (CPI), l’audience de confirmation des charges contre l’ancien Président philippin s’est ouverte aujourd’hui devant la CPI.
- Après des années d’impunité, cette audience offre aux victimes et aux survivant·es de la « guerre contre la drogue » menée par Duterte une occasion rare de voir leurs accusations examinées par une juridiction indépendante.
- La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et son organisation membre, la Philippine Alliance of Human Rights Advocates (PAHRA), saluent cette étape historique, tout en appelant à la poursuite des enquêtes sur l’ensemble des crimes internationaux commis sous le régime Duterte.
La Haye, Manille, Paris, 23 février 2026. C’est une étape décisive dans la procédure engagée par la CPI contre l’ancien Président philippin, après son arrestation et transfert par les autorités philippines à la Cour en mars 2025. Les juges de la CPI doivent déterminer si les éléments de preuve présentés par le Bureau du Procureur établissent des motifs substantiels de croire que Duterte est pénalement responsable du crime contre l’humanité de meurtre, et si l’affaire doit être renvoyée en procès. Les charges portent sur des milliers d’exécutions extrajudiciaires commises entre novembre 2011 et mars 2019, durant son mandat de Président des Philippines et auparavant lorsqu’il était maire de Davao City, dans le cadre d’une campagne ayant massivement visé des personnes issues de communautés pauvres et marginalisées.
Pendant près d’une décennie, les victimes et leurs familles aux Philippines ont été privées de justice, sans qu’aucune enquête n’ait été menée par la justice nationale, laissant les familles sans réponse et les survivant·es sans recours. Pour beaucoup, la CPI représente la première juridiction disposée à examiner leurs plaintes de manière indépendante et impartiale. Plus de 500 victimes ont été autorisées à participer à cette audience.
« L’audience historique d’un ancien chef d’État offre aux victimes et aux survivant·es ce qui leur a été refusé pendant des années : la possibilité de voir leurs revendications examinées par une juridiction internationale indépendante. Pour les familles qui ont perdu des proches et subi de terribles traumatismes en raison de la soi-disant ’guerre contre la drogue’, le fait d’être entendues et représentées constitue une étape cruciale vers la justice », a déclaré Alexis Deswaef, président de la FIDH.
Pourtant, la procédure se déroule dans un contexte marqué par une campagne de désinformation persistante aux Philippines, visant à miner la compréhension publique de l’affaire et à limiter la capacité des victimes à participer au processus judiciaire. Les victimes, mais aussi les défenseur·es des droits humains, les journalistes et les organisations de la société civile, ont toutes été confronté·es au harcèlement et à des actes d’intimidation.
« La désinformation a des conséquences graves dans cette affaire. Celles et ceux qui soutiennent le procès sont qualifiés d’’ennemi·es de l’État’, les gens ont peur, certain·es ont même été victimes de disparitions forcées. Tout cela découle d’une puissante campagne contre les victimes, la société civile et la CPI. C’est pourquoi il est si important d’établir les faits et de permettre à la vérité judiciaire d’émerger. Mais pour cela les victimes et les témoins doivent être entendu·es en toute sécurité devant la CPI », a déclaré Nymia Pimentel-Simbulan, présidente de PAHRA.
FIDH et PAHRA réitèrent la nécessité de poursuivre des enquêtes approfondies et rigoureuses sur l’ensemble des crimes commis dans le contexte de la soi-disant « guerre contre la drogue », alors que de nombreuses victimes ont décrit des préjudices allant au-delà des exécutions extrajudiciaires. Leurs témoignages font état de disparitions forcées, d’actes de torture, ainsi que de viols et d’autres formes de violences sexuelles, qui pourraient atteindre les seuils juridiques requis pour constituer d’autres crimes contre l’humanité au regard du Statut de Rome.
L’audience de confirmation des charges réaffirme également la compétence de la CPI pour les crimes commis aux Philippines entre le 1er novembre 2011 et le 16 mars 2019, malgré le retrait du pays du Statut de Rome en mars 2019. Ce retrait n’efface pas la responsabilité pour les crimes passés et ne protège pas les principaux·ales responsables contre un examen judiciaire.
La FIDH et PAHRA appellent les autorités philippines à coopérer pleinement avec la CPI, à protéger les victimes et les témoins, et à engager des poursuites nationales crédibles contre les autres auteur·es de crimes commis dans le cadre de la « guerre contre la drogue ». Les deux organisations réaffirment que le fait de réintégrer la CPI constituerait une mesure concrète pour rétablir la confiance dans l’état de droit et démontrer un engagement renouvelé en faveur de la justice pour les victimes des crimes internationaux les plus graves.