Q&R - Point de presse live (26.02.26)

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Q - Bonjour, j’ai une question d’abord sur l’Iran. Nous savons que le groupe E3 n’a pas participé aux discussions à Genève la semaine dernière. Pouvez-vous confirmer que c’est toujours le cas aujourd’hui ? Il n’y a pas d’Européens ? Est-ce qu’il y a encore des canaux diplomatiques de négociation au niveau du E3 ou nous avons atteint un stade où c’est seuls les Américains qui mènent les discussions ?

Deuxième question sur le Soudan. Il y a une déclaration qui vient de sortir du groupe Soudan dans le Conseil des droits de l’Homme aux Nations unies, qui inclut l’Allemagne et le Royaume-Uni, et qui décrit la violence des FSR comme représentant des caractéristiques de génocide, et qui prévoit de former une coalition pour empêcher plus d’atrocités. Je sais que la France ne fait pas partie de ce groupe, mais est-ce que vous soutenez cette position et cette description de la violence des FSR ?

Encore une question sur la Syrie. Le gouvernement syrien et l’ONU ont publiquement reconnu une évasion massive du camp d’Al-Hol dans le nord-est de la Syrie. Il y a même une note interne de l’Union européenne qui fait également état de préoccupations à ce sujet. Que savez-vous sur cette évasion ? Qui est responsable de ce chaos entre parenthèses et de cet « exode incontrôlé », c’est comme ça que les Nations unies l’ont décrit.

Dernière question sur le Liban. Le ministre libanais des affaires étrangères a déclaré mardi qu’il craint que l’aéroport de Beyrouth soit ciblé par des frappes israéliennes si la situation avec l’Iran s’aggrave. L’armée libanaise a aussi accusé l’armée israélienne d’avoir ouvert le feu près d’une position qu’elle installait dans le sud en indiquant avoir ordonné à ses troupes de riposter. Quel rôle joue la France aujourd’hui pour éviter une nouvelle escalade qui inclura le Liban, qui sera peut-être très dangereuse à ce stade ? Merci.

R - Merci pour ces quatre questions, je vais regrouper en trois parce que je vais lier la dernière avec la première. S’agissant des discussions, et notamment celles qui se déroulent à Genève aujourd’hui, nous maintenons, pour ce qui nous concerne, des contacts rapprochés, qui sont permanents, avec les différentes parties incluses. Pour nous, et c’est l’occasion de vous redire notre position, nous suivons avec une immense attention cette situation parce qu’au fond, il y a un risque d’escalade bien sûr bilatérale, mais aussi régionale. Une de nos priorités, c’est la défense de nos agents, de nos emprises, de nos concitoyens sur place. Ce sont seulement les efforts diplomatiques qui permettront premièrement d’éviter que l’Iran accède à la bombe nucléaire, et vous savez combien les E3 ont une expertise en la matière et se sont mobilisés ces 20 dernières années, et c’est un enjeu stratégique pour l’Europe car il touche directement à nos intérêts de sécurité. Donc s’agissant ensuite de nous personnellement, nous sommes en contact avec les différentes parties prenantes qui se réunissent en ce moment à Genève. Notre position en dehors du strict sujet du programme nucléaire iranien, c’est que l’Histoire a montré récemment que ce n’était pas par l’extérieur et par des frappes que l’on changeait durablement les régimes.Cela nous a été rappelé parfois douloureusement.

Q - (inaudible)

R - Je m’exprime pour la France. On a des échanges, évidemment, avec nos différents homologues du E3 et plus largement. Et s’agissant de nous, nous sommes en contact avec les parties.

C’est ce que nous disons aussi à nos partenaires libanais, c’est qu’une escalade régionale ne peut avoir que des risques en termes de déstabilisation régionale, et donc c’est aussi pour cela que nous sommes très vigilants à cette situation, parce que c’est quelque chose que nous voulons éviter, notamment d’avoir des répercussions dans des États comme le Liban. Il peut y avoir aussi, en termes de déstabilisation, des impacts sur d’autres États de la région, et cela m’amène à la Syrie.

Nous avons suivi avec préoccupation les développements survenus cette fois-ci au camp d’Al-Hol. Le ministre s’est entretenu à Munich avec son homologue syrien, à qui il a exprimé les préoccupations de la France. Il a souligné à cette occasion que les individus affiliés à Daech ne devaient pas reconstituer une menace terroriste pour les partenaires internationaux de la Syrie. La sécurisation des camps et des prisons du nord-est syrien doit rester pleinement assurée. C’est le message que nous avons passé aux autorités de transition à Damas, afin de ne pas recréer une faille qui soit susceptible d’être exploitée par l’État islamique. Nous poursuivons cette mobilisation afin de préserver ces acquis. À ce stade, c’est là où nous en sommes, mais nous continuons à expertiser les conséquences que cela peut avoir pour la sécurité.

S’agissant enfin du Soudan, vous savez, la France a co-parrainé les désignations, fidèle à son engagement pour le règlement du conflit soudanais, et donc les différentes sanctions par le passé. S’agissant de cette déclaration précisément, nous n’allons pas, à ce stade, faire plus de commentaires que cette déclaration. Vous savez que ces précisions de génocide ou pas, cela s’applique en l’espèce dans d’autres cas, on les laisse notamment aux historiens et aux juges internationaux.

Q - S’agissant de la Syrie, est-ce que vous pouvez nous dire, concrètement, les familles des détenus français et leurs enfants qui restaient encore dans le camp, est-ce qu’ils sont dans la nature ? Est-ce qu’on sait où ils sont ? Ça, c’est la première question.

Sur l’Iran, la ressortissante iranienne [Mahdieh Esfandiari] vient d’avoir sa peine de prison : un an de prison ferme et assorti de trois ans avec sursis. Elle décide de faire appel. Est-ce que ça peut avoir une conséquence sur l’annonce de l’accord par les Iraniens d’un échange avec Cécile Kohler et Jacques Paris ?

Sur le Liban, j’ai bien entendu les propos liminaires sur la conférence, mais sur la réunion qui s’est tenue hier, est-ce qu’on peut savoir ce qui a été mis sur la table concrètement ? Quels sont les besoins des forces armées libanaises et des forces de sécurité libanaises ? Est-ce qu’il y a déjà une élaboration d’une liste de courses entre guillemets ? Est-ce qu’on peut avoir quelques éléments concrets là-dessus ?

R - S’agissant d’Al-Hol, à ma connaissance, il n’y a pas de Français concernés par les fuites du camp.

S’agissant de la décision qui vient d’être rendue par le tribunal de Paris, s’agissant de Mme Esfandiari, nous prenons bonne note à la fois de cette décision du tribunal et de l’appel que vous mentionnez. Je n’ai pas de commentaire à faire sur les conséquences du jugement en l’espèce.

S’agissant du Liban, la réunion du Caire a permis d’avancer très concrètement sur la définition précise des besoins des forces armées libanaises, pour préparer la conférence du 5 mars, et « qu’est-ce que, collectivement, la communauté internationale est capable d’apporter pour répondre à ces besoins ? » Donc ce ne sont pas des éléments qui sont, vous le comprendrez, publics actuellement, de dire ces échanges, mais un des éléments de cette réunion le 24 février au Caire, c’était de déterminer quels sont les besoins précis en armement, en hommes, etc. et comment on est capable d’y répondre, à la fois la France, mais à travers la France, de créer une dynamique d’engagement des acteurs qui sont les partenaires traditionnels du Liban. Par ailleurs, au-delà de cela, cela a permis d’harmoniser nos messages politiques et nos objectifs stratégiques. Cela a aussi permis plus précisément de s’accorder sur la structure de la conférence et le cadre de celle-ci, le 5 mars prochain, et puis de hiérarchiser un petit peu ces besoins et de les objectiver. Évidemment, ce sera le 5 mars que l’on communiquera, mais cela va être à la fois une journée de travail, c’est-à-dire que l’on ne sait pas à ce stade quels seront les résultats, mais ce sera le 5 mars, en conclusion, que l’on sera capable de dire « voilà les différents engagements qui sont pris par les uns par les autres », y compris aussi par les forces de sécurité intérieure, parce que c’est une conférence qui concerne bien ces deux éléments-là, et pas uniquement les forces armées libanaises.

Q - Quelques questions s’il vous plaît, d’abord je reviens sur le sujet d’Al-Hol en Syrie, parce que quand l’accord a été négocié avec les Kurdes, la France, c’est ce que Paris a dit, la France a joué un rôle déterminant pour arriver à cet accord en protégeant justement les intérêts des Kurdes. Or là, ce qu’il s’est passé, cette évasion, cela décrédibilise votre position parce que Paris a dit « nous, on protège les intérêts des Kurdes et on les encourage à entrer dans cet accord parce qu’on fait confiance justement aux autorités syriennes qu’il n’y aura pas ce genre d’incident ». Là, vous êtes confrontés à un fait qui contredit votre position originale. Donc, comment vous justifiez ça ? Pardonnez-moi.

R - C’est une attaque directe, là.

Q - Désolée. Sur la question iranienne… Bien sûr, vous avez redit que la position française était toujours qu’il faut arriver à un accord diplomatique, qu’il faut résoudre ça par la voie diplomatique. Or, là, on voit peut-être un accord qui va exclure les sujets balistiques. Est-ce que ça, pour vous, c’est aussi une solution diplomatique, même s’il y aura un accord qui ne va pas couvrir ce problème-là ?

Et une troisième question, sur le Liban, vous avez parlé d’une autre forme de soutien international au moment où il n’y aura plus la FINUL. Est-ce que vous pourriez dire un petit peu qu’est-ce que c’est une autre forme, c’est une autre force ? De quoi s’agit-il ? Je comprends qu’il n’y a pas encore de détails, vous ne pouvez pas donner de détails sur ce qui va être décidé le 5 mars. Mais est-ce qu’il y aura un chiffre que la France va mettre sur la table ? Pas juste dire qu’on va aider avec des formations, ce genre de choses. Est-ce que la France va aussi mettre de l’argent sur la table ? Et à quel niveau les Américains sont censés participer ? Merci.

R - Plein de questions, je vais essayer de ne pas les oublier, mais dans le sens antéchronologique, la participation de la France, elle sera très concrète. Je peux vous en assurer. Je ne vous dis pas plus exactement à quoi cela va correspondre, mais elle sera très concrète. Sur les sujets de post-FINUL, j’ai effectivement mesuré tous les mots que je vous disais tout à l’heure. Un des éléments est justement d’en discuter. On a cet horizon de fin de l’année 2026 qui s’impose à nous, avec le vote de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies d’août dernier ; un des éléments, c’est de savoir comment on prévoit l’après. Et cela fait partie de la conférence et des éléments de la conférence qui seront discutés la semaine prochaine. Enfin, sur les niveaux de participation - les invitations sont parties et donc les niveaux de participation des uns des autres, parce que vous me demandez pour les États-Unis, mais il y aura aussi de nombreux autres États -nous vous communiquerons tout cela de manière un peu agrégée en temps utile quand on sera un peu plus proche de la date, c’est-à-dire en début de semaine prochaine.

Sur l’Iran, je ne veux pas vraiment commenter des résultats éventuels d’une négociation qui n’est pas terminée. Donc, nous avons toujours dit qu’il faut essayer d’avancer sur les trois éléments en même temps, qui sont à la fois le programme nucléaire iranien, le sujet balistique et le sujet de stabilité régionale qui vont ensemble et qui doivent être avancés en parallèle. On est en contact avec les différentes parties prenantes, c’est effectivement la position que l’on défend et de manière très concrète, on pense vraiment que ce n’est pas une question de faiblesse, c’est au contraire une question de grande force de penser que c’est par la diplomatie qu’on aura une résolution durable du sujet, notamment nucléaire qui a à la fois les questions d’uranium ultra-enrichi, mais aussi d’expériences, aussi de sites, etc.

Q - (inaudible)

R - Un bon accord, c’est un accord qui évite des frappes, qui empêche durablement l’Iran de se doter de l’arme nucléaire et qui aborde l’ensemble des sujets régionaux. Après, nous verrons ce qu’il en sortira et s’il y a un accord encore une fois.

S’agissant enfin de votre question sur la Syrie, oui, nous sommes très attachés à cet accord du 29 janvier dernier. Nous le soutenons, nous avons participé notamment aux efforts de médiation. Comme vous le savez, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’était rendu dans la région quelques jours après pour vérifier et soutenir sa pleine mise en œuvre, du côté des forces de transition syriennes, comme du côté des FDS, des forces démocratiques syriennes. Et cet accord, il a quand même permis, je me permets de le rappeler, d’éviter un bain de sang qui était celui qui était annoncé, et nous veillons à ce qu’il puisse désormais garantir le droit des Kurdes et prévienne toute résurgence de Daech. Donc cela fait partie des éléments d’extrême attention, que nous avons en ce moment, dans nos relations avec les parties prenantes localement et dans le suivi de la situation que vous mentionnez au départ. Donc, ce volet à la fois sécuritaire et de lutte anti-terroriste et de lutte anti-résurgence terroriste est majeur pour nous.

Q - Concernant l’affaire de la diplomatie française contre Francesca Albanese, un petit bilan de cette histoire qui a commencé, comme vous le savez, par une fake news diffusée par Caroline Yadan, la députée, dans laquelle s’est engouffré le ministre des Affaires étrangères et puis beaucoup de bruit autour d’un appel de la France à la démission de Francesca Albanese. Hier, lors de la réunion à Genève, votre ambassadrice n’a finalement pas appelé à la démission de Francesca Albanese. Comment vous expliquez ça ? Et est-ce que, du coup, vous reconnaissez une erreur ou un excès de langage dans votre communication ?

R - Non, la position, elle est inchangée. Lisez les propos de notre représentante permanente, lisez les propos du ministre. Une immense partie, d’ailleurs, des propos de la représentante permanente sont en fait une reprise des propos du ministre, et notamment lors de cette question au Gouvernement du 11 février dernier. Donc, ils disent exactement la même chose. Notre position, elle est inchangée. Elle est de dire qu’en conséquence de ses propos problématiques et de ce manque d’impartialité qui nuisent à sa capacité à pouvoir incarner un élément qui fait partie de l’Organisation des Nations unies, il ne doit y avoir qu’une seule conséquence logique, sa démission.

Q - Mais ce n’est pas ce qui a été dit au Conseil des droits de l’Homme. Le mot « démission » a été prononcé ?

R - Elle a repris les propos du ministre. Donc, je ne vais pas faire plus de commentaires. Je vous ai dit ce que nous en pensons. Évidemment que la représentante permanente reprend les propos du ministre.

Q - Mais elle n’a pas appelé à la démission de Francesca Albanese.

R - Je n’ai pas plus de commentaires.

Q - Très bien. Deuxième question. Vous avez dû voir, dans une interview de l’influenceur américain Tucker Carlson, l’ambassadeur des États-Unis en Israël, M. Huckabee, a dit qu’il serait formidable qu’Israël, comme le prescrit la Bible, s’empare de tout le Moyen-Orient : l’Irak, la Syrie, le Liban, la Jordanie, une partie de l’Arabie et l’Égypte et que ce serait super.

R - Ce n’est pas exactement la position française, si je peux vous rassurer.

Q - Oui, d’accord. Je vais en venir là où je veux en venir. Donc, des propos qui incarnent ce qu’il appelle lui-même le sionisme chrétien, qui représente plusieurs dizaines de millions de personnes aux États-Unis, et qui est repris, bien sûr, par certains dirigeants et opposants israéliens. Donc, c’est une idée du grand Israël selon la Bible. En France, Caroline Yadan prévoit une loi qui assimile antisionisme et antisémitisme, c’est-à-dire qu’on n’aura plus le droit de critiquer l’antisionisme. Au regard même de ce que je viens de vous dire, il existe un sionisme chrétien, un sionisme qui n’est pas juif, donc que si on critique, on ne peut pas être taxé d’antisémitisme. Ça, c’est juste une des facettes. Ici en France, vous prévoyez, Sébastien Lecornu, la semaine dernière au dîner du CRIF, a dit que vous alliez présenter la loi Yadan devant l’Assemblée nationale en avril. Donc cette loi interdira, assimilera l’antisionisme à l’antisémitisme, et donc il ne sera plus possible de critiquer le sionisme. Au regard de ce qui a été déclaré, qui rajoute quand même un élément intéressant, je veux dire l’ambassadeur des États-Unis qui dit qu’Israël doit s’emparer de tout le Moyen-Orient, comptez-vous soutenir cette loi, ce projet de loi de Mme Yadan ?

R - Je ne vais pas commenter les propos d’un ambassadeur américain en Israël. Notre position qui est claire et connue et sur laquelle nous nous sommes battus aussi depuis un an, vous le savez, avec cette déclaration de New York, avec cette initiative franco-saoudienne pour rétablir la solution à deux États, c’est celle de pouvoir redonner un horizon politique aux populations locales et c’est celle de faire en sorte que les frontières internationalement reconnues puissent devenir une réalité. Donc nous sommes opposés à toute modification des frontières par la force, nous sommes opposés à toute modification démographique, territoriale, et nous sommes effectivement opposés à toute colonisation ou perspective d’annexion. Et là, j’ai en tête ce qui peut se produire ou ce qui se produit en Cisjordanie. S’agissant de la proposition de loi, le Premier ministre s’est exprimé. Il s’agit d’un élément de politique intérieure sur lequel je ne vais pas m’exprimer à mon tour, mais nous sommes évidemment dans l’application des directives du Premier ministre.

Q - Ce n’est pas vraiment de la politique intérieure, étant donné que ça concerne…

R - Nous sommes dans l’application des directives du Premier ministre.

Q - Vous êtes dans l’application du Premier ministre, mais du coup, on n’aura plus le droit, si vous soutenez cette loi, de critiquer, les gens n’auront plu

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Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères