Madame la Ministre,
Mesdames et Messieurs,
Le Moyen-Orient est à nouveau entraîné tout entier dans une dangereuse escalade militaire. Soyons clairs, le régime iranien porte une responsabilité écrasante dans cette situation, du fait de son obstination coupable à se doter des moyens de la déstabilisation et de la menace : par son programme nucléaire, par ses missiles balistiques, par son soutien constant à des groupes terroristes. Par son refus, aussi, d’entrer de bonne foi dans une négociation avec l’Europe, puis avec les États-Unis. Et par la répression sanglante des aspirations légitimes du peuple iranien.
Depuis des décennies, ce régime viole le droit international. Il bafoue les résolutions du Conseil de sécurité encadrant son programme nucléaire et prohibant le soutien à des groupes armés. Il viole sans retenue les droits de l’Homme en tournant, comme encore récemment, ses armes contre son propre peuple.
Il est profondément regrettable que cette situation n’ait pu être réglée dans le cadre des institutions internationales, qui sont les seules susceptibles de créer les fondations d’une paix et d’une stabilité durable. Mais chacun le sait, le veto brandi par certains membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies a paralysé l’action collective, y compris lorsque le recours à la force aurait été nécessaire pour faire respecter le droit.
Malgré cela, l’intervention décidée unilatéralement par Israël et les États-Unis d’Amérique aurait mérité d’être débattue dans les instances collectives prévues à cet effet. Chacun aurait ainsi pu prendre ses responsabilités. Car ce n’est qu’en se confronter au Conseil de sécurité que le recours à la force peut revêtir la légitimité nécessaire.
La réplique inconsidérée et indiscriminée du régime iranien est à l’image de la stratégie qu’il poursuit depuis longtemps : la terreur et le chaos. Hier, un hangar de notre base navale aux Émirats a été touché dans une attaque de drone qui a ciblé le port d’Abou Dabi, avec heureusement des dégâts uniquement matériels et limités. Cette nuit, c’est une base britannique à Chypre, où un drone se serait écrasé. Aux pays amis qui ont été ciblés délibérément par les missiles et les drones des gardiens de la révolution et entraînés dans une guerre qu’ils n’avaient pas choisie, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Irak, Bahreïn, Koweït, Oman et Jordanie, la France exprime son soutien entier et sa pleine solidarité. Elle se tient prête, conformément aux accords qui la lient à ses partenaires et au principe de légitime défense collective prévue par le droit international à participer à leur défense.
Au Liban, le Hezbollah a commis une lourde faute, dont la population a payé ce matin le prix, avec des dizaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés, en rejoignant un conflit dans lequel les autorités comme le peuple libanais refusent d’être entraînés. Il doit mettre immédiatement un terme à ses opérations. Le Liban doit être préservé de l’embrasement régional. La France restera engagée pour la souveraineté et la stabilité de ce pays et organisera dès que possible une conférence internationale de soutien à ses forces armées.
Dans ce contexte très dégradé, notre priorité absolue va à la sécurité des ressortissants français et de nos emprises. J’ai présidé à l’instant une réunion des services de l’État, pleinement mobilisés à cet effet, et en particulier ceux du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, que je veux remercier pour leur engagement sans faille, dans les pays de la région comme ici à Paris.
Près de 400.000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région directement concernés par la situation. À notre connaissance, aucune victime française n’est à déplorer à ce stade. 15 postes diplomatiques, ambassades et consulats, sont pleinement mobilisés pour assurer la sécurité des ressortissants français et leur porter assistance le cas échéant. En soutien à leur action, le centre de crise et de soutien du ministère a mis en place une cellule téléphonique d’urgence, joignable 24h sur 24, 7 jours sur 7. Depuis le début des interventions militaires, près de 5.000 appels ont été reçus et traités à Paris ou dans nos postes. Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre, lorsque c’est possible, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays concernés.
Les messages passés à nos compatriotes à l’étranger sont clairs : à tous, consultez régulièrement le site diplomatie.gouv.fr. Les consignes y sont mises à jour quotidiennement. Aux Français de passage, inscrivez-vous sur le Fil d’Ariane. C’est indispensable pour que nous puissions vous informer et vous localiser si nécessaire. En cas d’urgence, contactez les numéros de nos ambassades et consulats ou celui du centre de crise et de soutien, qui s’affichent juste à côté de moi, et qui ont été largement diffusés sur les réseaux sociaux du ministère des affaires étrangères et dans les médias français.
Je sais l’inquiétude de nos compatriotes sur place. Je sais l’angoisse de leurs familles qui attendent leur retour. Avec la ministre Éléonore Caroit et l’ensemble des équipes du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, nous sommes totalement mobilisés pour répondre à ces attentes. Nous n’économiserons aucun effort.
Deuxième priorité : la désescalade. La prolongation indéfinie des opérations militaires sans but précis emporte le risque d’un engrenage qui entraînerait l’Iran et la région dans une longue période d’instabilité, dont l’issue serait très incertaine et porterait atteinte à nos intérêts. C’est pourquoi l’escalade militaire doit cesser au plus vite. Le régime iranien, qui a désormais perdu son guide, doit mettre fin à ses attaques. Il doit se résoudre à des concessions majeures et à un changement de posture radical pour qu’une solution politique puisse être trouvée, qui rende possible la coexistence pacifique de l’Iran avec son environnement régional et la communauté internationale. Une solution qui prenne en compte les aspirations du peuple iranien à disposer de lui-même, à être respecté dans ses droits, à construire son avenir librement.
L’histoire nous l’enseigne, particulièrement dans cette région : la sécurité et la stabilité collective de long terme ne peuvent être construites à l’écart des principes de la justice et du droit. La France et l’Europe sont prêtes à jouer un rôle de premier pour y parvenir. C’est dans ce sens que la France s’est exprimée depuis 48 heures, par la voix du Président de la République et lors des réunions du Conseil de sécurité des Nations unies, du G7 et de l’Union européenne.
Je vous remercie et je me tiens maintenant à votre disposition pour toute question.
Q - Vous avez été critiqué pour n’avoir pas clairement et directement condamné l’attaque américano-israélienne contre l’Iran. Et vous avez déclaré hier avec le Royaume-Uni et l’Allemagne que vous étiez prêt à prendre des mesures défensives pour détruire les capacités militaires iraniennes, mais aussi travailler avec les États-Unis. Donc, est-ce que cela signifie que la France, aujourd’hui, estime que cette guerre est justifiée, puisque vous ne l’avez pas condamnée ? Et êtes-vous prêt à vous y joindre, quand vous dites que vous allez prendre des mesures défensives pour protéger vos intérêts et ceux de vos alliés ? Et comment allez-vous allez le faire ?
R - Je vous renvoie aux propos que je viens d’évoquer. Comme l’a rappelé le Président de la République, nous n’avons pas été informés et nous n’avons pas participé aux opérations militaires lancées par les États-Unis et par Israël. Et comme je viens de le dire, ce n’est qu’en se confrontant au Conseil de sécurité que de telles opérations auraient pu revêtir la légitimité du droit international.
S’agissant plus particulièrement de nos partenaires dans la région qui ont été ciblés, visés délibérément par le régime iranien, nous nous tenons prêts à concourir à leur défense en fonction de leurs demandes, de manière proportionnée et conformément au principe de légitime défense collective prévu par le droit international.
Q - Les espaces aériens demeurent fermés pour l’instant, mais est-ce que vous envisagez déjà de futures rotations pour aller chercher nos ressortissants, comme vous l’aviez fait notamment au début de la guerre du 7 octobre ?
R - Nous nous préparons à toute éventualité et nous suivons avec beaucoup d’attention l’évolution de la situation sur place. C’est tout l’objet de la réunion que je viens de présider, associant l’ensemble des services de l’État. S’agissant des espaces aériens, tous ne sont pas fermés. L’espace aérien demeure ouvert au Liban, en Jordanie, en Égypte, en Oman et en Arabie saoudite notamment.
Q - Très concrètement, quel est le pays qui vous inquiète le plus actuellement, pour l’évacuation des ressortissants français à l’étranger ? Quels sont les moyens qui sont mis en place pour leur évacuation ? Est-ce qu’ils sont regroupés ? Est-ce qu’ils doivent rester cloitrés chez eux ? Est-ce qu’ils doivent aller à l’ambassade ? Et enfin, est-ce que la France va répliquer contre les Iraniens qui ont tiré sur nos bases ?
R - Merci pour ces nombreuses questions. Ce que je peux vous dire, c’est que nous travaillons très activement à faciliter le retour en France de nos compatriotes, notamment ceux qui sont de passage, dès que la situation le permettra. Il y a deux pays, en particulier, où les communautés françaises sont particulièrement nombreuses, et donc les Français de passage également : c’est d’abord Israël, où nous avons l’année dernière, pendant la guerre des 12 jours, mis en place un dispositif exceptionnel qui est d’ores et déjà prêt pour faciliter les sorties du territoire, en tout cas celles qui sont possibles aujourd’hui. Et l’autre pays, c’est les Émirats arabes unis, où vivent plus de 60.000 Français aujourd’hui, et où les Français de passage ou en vacances sont particulièrement nombreux. Une partie importante de nos efforts est concentrée sur la manière dont nous pourrons faciliter le moment venu, lorsque les conditions le permettront, leur retour en France.
Vous m’interrogez sur la question de la base française aux Émirats, dont l’un des hangars a été touché. Le Président de la République l’a dit hier soir : nous rehaussons notre posture de défense. Et s’agissant de nos partenaires, je viens de répondre à l’instant, en fonction des demandes qui nous sont adressées, dans un esprit de proportionnalité et conformément aux droits internationaux, nous nous tenons prêts à concourir à leur défense.
Q - Je voulais juste peut-être vous poser une question sur rehausser votre posture de défense, en particulier aux Émirats arabes unis. Qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce que vous allez mieux protéger la base navale française qui s’y trouve, en particulier ? Est-ce que vous allez envoyer plus de soldats français sur place ? Enfin concrètement, peut-être que ce serait bien d’un peu mieux comprendre qu’est-ce que ça veut dire dans les faits…
R - Je crois que les déclarations du Président de la République et de la ministre des armées parlent d’elles-mêmes. Il s’agit d’assurer la sécurité de nos emprises, de nos bases, de nos personnels militaires dans la région. De nous tenir prêts également, je le rappelais, à concourir à la défense de nos partenaires dans les conditions évoquées, s’ils en faisaient la demande, de manière proportionnée et conformément au droit international.
Q - On voit déjà des conséquences économiques importantes. Les marchés bougent, le pétrole monte. Est-ce que vous craignez des scénarios graves, un choc pétrolier très important ? Comment est-ce que vous voyez les choses, d’un point de vue économique, dans les semaines ou les jours qui viennent ?
R - Merci pour cette question qui me permet de réinsister sur un point abordé dans mon introduction : la désescalade est nécessaire, puisque la prolongation indéfinie des opérations militaires à l’échelle de cette région pourrait déclencher un engrenage gravissime portant atteinte, menaçant nos propres intérêts et évidemment certains de nos intérêts économiques. C’est pourquoi aujourd’hui tous les efforts doivent être portés, c’est la deuxième priorité que j’évoquais tout à l’heure, vers cette désescalade.
Q - Justement, pour continuer sur la désescalade, puisque vous avez des relations proches, privilégiées avec Erbil et le nord de la Syrie, est-ce que vous avez eu des nouvelles comme quoi il y a un déplacement des soldats du nord de Syrie vers l’Irak ? On voit aussi beaucoup de vidéos de la part des collègues dans la région, comme s’il y avait une préparation de l’utilisation de l’espace aérien du Kurdistan irakien vers l’Iran. Tout ça, est-ce que vous avez des nouvelles à nous communiquer ? Parce que ça peut déclencher une régionalisation de la guerre…
R- Le Président de la République s’est entretenu avec le Premier ministre irakien ainsi qu’avec le président de la région autonome du Kurdistan. Je me suis entretenu pour ma part à deux reprises avec mon collègue irakien. Nous avons exprimé aux autorités irakiennes notre soutien dans leurs efforts pour éviter que l’Irak ne se trouve entraîné d’un côté ou de l’autre de ce conflit, et notre intention de continuer à apporter le soutien et toute la solidarité nécessaire à l’Irak pour préserver sa sécurité mais aussi sa souveraineté.