Février 2026 — Après deux ans et demi d’attente, la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) est enfin sortie, marquant un tournant pour la stratégie énergétique française.
Elle fixe un objectif très ambitieux de réduction de la part des énergies fossiles dans notre consommation de 60 % à 40 % en seulement quatre ans.
Pour s’en approcher dans un délai si court, on s’attendrait à une véritable accélération des politiques de décarbonation ; mais la PPE3 en reste loin, s’enfermant au contraire dans des contradictions.
🔵 Le paradoxe français de l’électrification
La PPE3 mise énormément sur l’électrification.
Problème : alors que la France dispose d’un excédent d’électricité bas carbone selon RTE, la demande électrique stagne.
Ce paradoxe s’explique notamment par les coûts importants de l’électrification. Ceux-ci sont d’autant plus lourds dans un système surdimensionné par l’absence de maîtrise de la demande et désoptimisé par la cohabitation entre nucléaire et renouvelables, et d’autant plus difficiles à supporter dans un contexte économique difficile pour la puissance publique, les entreprises et les ménages.
Faute de traiter ces enjeux, la PPE3 risque de s’enliser.
🔵 Sobriété : le levier non activé ?
Côté demande, le message est brouillé.
La PPE3 assume un objectif renforcé de réduction de la consommation d’énergie, visant une baisse de 18 % d’ici 2030 par rapport à 2023. Mais tout en reconnaissant la nécessité d’activer davantage la sobriété pour y parvenir, elle reste muette sur un nouveau plan dans ce domaine.
Pire, elle semble oublier toute modération lorsqu’il s’agit de promouvoir à tout va la consommation d’électricité, y compris pour de nouveaux usages surconsommateurs qui ne décarbonent rien, comme dans le numérique.
🔵 Un arbitrage en faveur du « tout nucléaire »
Côté offre, ce n’est pas mieux.
Si ce document apporte un souffle nécessaire aux filières renouvelables en débloquant de nouveaux appels d’offres, il prévoit surtout de les ralentir, leur opposant une priorité absolue pour le nucléaire.
Entre augmentation de la production du parc d’ici 2030, la prolongation de tous les réacteurs jusqu’à 60 ans et la confirmation de la construction de six nouveaux réacteurs EPR2, le gouvernement mise gros sur cette filière, faisant fi de ses réalités techniques et financières.
L’électrification est un levier indispensable pour la décarbonation, qui peut servir des objectifs de souveraineté et de compétitivité. Mais pour atteindre ses objectifs non seulement à court, mais à moyen et long termes, la stratégie d’électrification doit s’accompagner de sobriété, et d’une accélération des énergies renouvelables. Tout le contraire de ce que laisse craindre cette nouvelle PPE.