L’affrontement Pakistan-Afghanistan: un hot spot sécuritaire en Asie Centrale

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Étude de cas

L’affrontement Pakistan-Afghanistan : un hotspot sécuritaire en AsieCentrale

Publié par

Lorentz BECAVIN

Sous la direction de

Laurent ATTAR-BAYROU

Table des matières

Sigles…………………………………………………………………………………………………………………………. 3

Résumé……………………………………………………………………………………………………………………… 3

Introduction……………………………………………………………………………………………………………….. 4

  1. Une rivalité historique caractérisée par la question frontalière et ethnique………………. 4
  2. La ligne Durand : berceau d’une rivalité frontalière……………………………………………….. 4
  3. Le « Pachtounistan » au centre de rivalités identitaires……………………………………………. 5
  4. La stratégie défensive pakistanaise……………………………………………………………………….. 7
  5. De l’ambiguïté stratégique pakistanaise à la naissance du terrorisme régional…………. 7
  6. La guerre d’Afghanistan et la naissance des réseaux islamistes…………………………………. 7
  7. Le double jeu pakistanais après 2001……………………………………………………………………. 8
  8. L’émergence du TTP………………………………………………………………………………………….. 9
  9. De l’escalade militaire récente à un conflit ouvert ?……………………………………………….. 9
  10. Le retour au pouvoir des Talibans et ses conséquences…………………………………………….. 9
  11. L’augmentation des violences à la frontière pakistano-afghane……………………………….. 10
  12. Un conflit aux implications régionales…………………………………………………………………. 10

Conclusion………………………………………………………………………………………………………………. 11

Bibliographie……………………………………………………………………………………………………………. 11

Sigles

FATA (Federally Administrated Tribal Areas) : Anciennes zones tribales administrées par le Pakistan le long de la frontière afghane. Elles ont longtemps servi de refuge aux groupes insurgés.

TTP (Tehrik-e-Taliban Pakistan) : Mouvement taliban pakistanais regroupant plusieurs mouvements islamistesopposés à l’État pakistanais et responsables de nombreux attentats.

EI-K (État Islamique au Khorasa) : Branche régionale de l’État Islamique opérant au Pakistan et en Afghanistan.

NWFP : (North-West Frontier Province) : Ancienne province pakistanaise frontalière de l’Afghanistan et aujourd’hui appelée Khyber Pakhtunkhwa.

Résumé

L’escalade des opérations militaires entre le Pakistan et l’Afghanistan est d’une violence inouïe.

Depuis 1947 et la création du Pakistan, la région est devenue le berceau de groupes terroristes et de tensions politiques entre différentes entités : gouvernements, groupes terroristes, ethnies. Cette rivalité s’inscrit plus largement dans une relation complexe entre les deux États dont les alliances actuelles et futures influenceront la sécurité régionale.

Introduction

Depuis le retour au pouvoir des Talibans en Afghanistan en 2021, les tensions entre Kaboul et Islamabad atteignent des sommets inquiétants. Les affrontements militaires à la frontière des deux États et les frappes aériennes pakistanaises sur le sol afghan témoignent d’une escalade des tensions dont l’issue reste incertaine. Le Pakistan accuse notamment l’Afghanistan d’abriter des membres du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), un groupe responsable de nombreux attentats sur le sol pakistanais.

Les tensions entre le Pakistan et l’Afghanistan ne sont en réalité pas nouvelles. Elles trouvent leur origine dans la contestation de la ligne Durand, tracée par les autorités britanniques à la fin du XIXe siècle, et qui divise aujourd’hui l’espace des populations pachtounes entre les deux États. A cela s’ajoute l’instrumentalisation des groupes islamistes par le Pakistan depuis la guerre d’Afghanistan contre l’Union Soviétique en 1979, une stratégie qui a contribué à la montée en puissance de groupes talibans et de mouvements insurgés hostiles au Pakistan.

Dans ce contexte, le retour au pouvoir des Talibans a ravivé les tensions frontalières et sécuritaires dans la région. Il est de fait légitime de s’interroger sur la nature de cette rivalité persistante et sur les facteurs expliquant l’escalade militaire actuelle entre les deux pays. Pour ce faire, il sera analysé tout d’abord les racines historiques de ce conflit avant d’expliquer la montée en puissance des groupes islamistes. Enfin, seront analysés les enjeux géopolitiques et sécuritaires actuels.

1)   Une rivalité historique caractérisée par la question frontalière et ethnique

A) La ligne Durand : berceau d’une rivalité frontalière

L’Afghanistan était tout d’abord un État composé de différentes ethnies (Pachtounes, Tadjiks, Ouzbeks, Hazaras) avant de devenir un État nation. Le Royaume-Uni s’est ensuite intéressé à ce territoire avant de s’engager dans un conflit avec l’Afghanistan.

Les tensions diplomatiques entre le Pakistan et l’Afghanistan trouvent leur origine dans la ligne Durand, tracée en 1893 par les autorités britanniques à l’issue de ce conflit. Cette ligne divisait le territoire des populations pachtounes entre le Raj britannique et l’Afghanistan (figure 1).

Comme le déclare le chercheur français Gilles Boquérat, « les relations entre le Pakistan et l’Afghanistan ont rarement été harmonieuses » car l’Afghanistan considère que la ligne Durand «divise l’espace pachtoune».

Dès la création du Pakistan en 1947 à la suite de l’indépendance indienne, l’Afghanistan remet en question la cohérence de cette frontière. Kaboul estime que le traité anglo-afghan a été imposé sous la contrainte par les Indes britanniques et qu’il n’a plus aucune valeur en 1947. En 1949, les autorités afghanes refusent officiellement de reconnaître la souveraineté pakistanaise sur la North-West Frontier Province (NWFP), une frontière qui fait encore aujourd’hui l’objet de pressions pakistanaises qui sont constamment rejetées par les Talibans afghans.

Figure 1 : Délimitation de la ligne Durand (Desk, 2022)

B) Le « Pachtounistan » au centre de rivalités identitaires

La répartition géographique des ethnies au sein ces deux États est un facteur essentiel de leur structure politique. Les Pachtounes sont majoritaires en Afghanistan et minoritaires dans les zones tribales du Pakistan. De leur côté, les baloutches sont une ethnie répartie à l’ouest frontière afghane-pakistanaise entre le Pakistan et l’Afghanistan.

Ainsi, le litige frontalier de la ligne Durand qui structure la relation bilatérale entre le Pakistan et l’Afghanistan est intimement lié à la question du nationalisme pachtoune et du projet nationaliste du « Pachtounistan » (territoire des Pachtounes réparti sur la figure 2). Par conséquent, la présence de la population pachtoune sur les deux États a conduit le Pakistan et l’Afghanistan à une instrumentalisation politique et ethnique de ces populations afin de les intégrer au sein de leur territoire respectif.

De nos jours et dans le contexte géopolitique actuel, la proximité de la population pachtoune avec la frontière iranienne à l’ouest de l’Afghanistan est une zone potentiel de tensions ethniques.

Dès 1947, les leaders de la NFWP s’opposent à la division du pays et donc de la population pachtoune. Les autorités afghanes en viennent même à déclarer que « si un Pachtounistan indépendant ne peut être établi, alors la North-West Frontier province devrait rejoindre l’Afghanistan»1.

L’Afghanistan est également le seul pays à avoir voté contre l’adhésion du Pakistan à l’ONU puisque le pays considérait que sa souveraineté sur cette région n’était pas légitime tant que sa population avait choisi son statut.

Le nationalisme pachtoune connait un second souffle dans les années 1970. En effet, l’Afghanistan publie des cartes intégrant les territoires pachtounes pakistanais au sein de ses propres frontières, ce qui alimente une fois de plus les tensions ethniques et diplomatiques entre les deux États. En réponse, le Pakistan commence à soutenir des groupes islamistes afghans pour contrer l’influence du gouvernement sur sa propre population pachtoune.

Figure 2 : La répartition de la population pachtoune à la frontière afghane-pakistanaise (Lefeuvre et Morel, 2019)

1 Déclaration de Mohammad Hashim Khan, alors premier ministre afghan en 1947

C) La stratégie défensive pakistanaise

Cette instrumentalisation ethnique pousse le Pakistan à adopter une stratégie défensive qui concilie un soutien aux Talibans afghans et une diplomatie régionale. Le soutien initial aux Talibans est motivé par des raisons ethniques, mais également par des stratégies politiques. En effet, Islamabad cherche à empêcher toute alliance entre l’Afghanistan et l’Inde et d’être encerclé à l’Ouest et à l’Est par ces deux puissances.

Par ailleurs, le Pakistan coordonne sa stratégie avec les États-Unis après 2001, tout en maintenant des liens avec lesTalibans. Cette politique ambiguë vise à sécuriser ses frontières, à stabiliser la situation des populations pachtounes et à s’assurer un partenariat avec l’Afghanistan afin de limiter l’influence indienne dans la région.

2)   De l’ambiguïté stratégique pakistanaise à la naissance du terrorisme régional

A.  La guerre d’Afghanistan et la naissance des réseaux islamistes

La guerre d’Afghanistan contre l’Union soviétique en 1979 constitue un tournant majeur dans la sécurité de la région. Le Pakistan devient ainsi un acteur central du soutien aux moudjahidines afghans (rebelles islamistes luttant contre leur gouvernement et l’Union soviétique) avec l’appui financier et militaire des États-Unis et de plusieurs pays du Golfe. Islamabad vise alors une politique d’islamisation afin de mobiliser les populations frontalières contre l’occupation soviétique.

Ainsi, le Pakistan contribue à l’armement et à l’endoctrinement idéologique de nombreux groupes islamistes qui se réfugient progressivement dans les zones tribales frontalières, les Federally Administrated Tribal Areas (FATA). Les conséquences de cette stratégie pourtant vouée à contrer l’occupation soviétique en Afghanistan aboutissent sur une construction progressive de réseaux jihadistes durables dans la région.

Figure 3 : Une multiplicité d’acteurs dans les FATA pakistanaises (Fourmont 2010)

Dans ce contexte, le mouvement taliban émerge dans les années 1990. Issu des milieux religieux et  pachtounes, ce mouvement bénéficie initialement du soutien pakistanais pour des raisons ethniques et stratégiques, et surtout afin d’éviter que l’Afghanistan et l’Inde ne forment une alliance à son encontre. Les Talibans parviennent ensuite progressivement à jouer un rôle majeur dans la politique afghane jusqu’à prendre le pouvoir en 1996. Cependant, leur vision politique et leur nationalisme pachtoune maintiennent une ambiguïté persistance vis-à- vis de la ligne Durand.

B.  Le double jeu pakistanais après 2001

Les attentats du 11 septembre 2001 marquent un tournant majeur dans la politique pakistanaise. Sous la pression internationale, le Pakistan s’engage officiellement dans la lutte contre le terrorisme, aux côtés des États-Unis dont elle soutient l’intervention en Afghanistan.

Cependant, la stratégie pakistanaise devient progressivement ambivalente. Islamabad distingue les groupes armés en deux catégories. Tout d’abord, elle regroupe les « bons » talibans, considérés comme des acteurs politiques en capacité de servir les intérêts des deux États. Puis, elle dénonce les « mauvais » talibans, hostiles à l’État pakistanais et responsables d’attaques sur son territoire. Les États Unis chassent les Talibans afghans lors de leur int

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