Q - Bonjour, Wassim Alahmar, France 24. Est-ce que vous pouvez développer un peu sur la réunion autour d’Ormuz et aussi sur la réunion avec les pays du Golfe ? Et puisque la France, et le Président a confirmé cette position ce matin, est hostile à l’opération militaire, est-ce que l’ouverture passe par des négociations avec les Iraniens de votre côté ?
Ma deuxième question, l’ambassadeur d’Israël en France a considéré ce matin que la France « n’est pas une puissance amicale ». Est-ce qu’on peut avoir une réaction ?
R - Sur la réunion, qui se tient en ce moment même : le ministre y participe. C’est un format qui est très similaire à la réunion menée par notre chef d’état-major des armées la semaine dernière, autour de 35 pays, qui sont ensemble pour aider les navires à sortir du détroit. Notre objectif de fond, c’est bien sûr de débloquer le détroit et de rétablir cette liberté de navigation, c’est ce que le Président de la République a dit dès le début du conflit. Et nous agissons avec nos partenaires, je vous l’ai dit, à la fois par les démarches diplomatiques initiées par le Président de la République, par les différents ministres, et au niveau du chef d’état-major des armées, également la semaine dernière. Aujourd’hui, cette réunion téléphonique se tient en ce moment et elle préparera la réunion la semaine prochaine qui réunira à la fois les partenaires du G7 et les partenaires du Golfe sur ce même thème. Et c’est un très bon exemple de coopération, de bonne coopération franco-britannique, je dirais.
Q - ce sera en présentiel ou distanciel ?
R - Sur le G7, pays du Golfe ? Je pense que ce sera effectivement en VTC.
Ensuite, sur votre seconde question, être amis, c’est se dire aussi les choses honnêtement. Dans la relation entre la France et Israël, nous distinguons deux éléments. Nous faisons la différence entre le peuple israélien, avec lequel nous avons des relations d’amitié, des coopérations très fortes, universitaires, culturelles, scientifiques, il n’a jamais été question qu’elles s’arrêtent. Je vous rappelle qu’il y a 200.000 Français résidents en Israël, dont une bonne partie sont franco-israéliens. Et puis il y a les autorités israéliennes, avec lesquelles nous avons parfois des désaccords que nous n’hésitons pas à exprimer ou à partager en bilatéral. Mais nous avons toujours choisi de maintenir ce dialogue, même lorsqu’il nous a été reproché, par exemple, la démarche de reconnaissance de l’État de Palestine, qui n’est pas et qui n’a jamais été un acte contre l’État d’Israël. Au contraire, c’était le fait d’aller dans l’intérêt de long terme, une mesure qui s’inscrivait dans l’initiative diplomatique globale, dont l’une des priorités était aussi la sécurité d’Israël et son intégration dans son environnement régional. Dans l’escalade actuelle, dans laquelle certains semblent vouloir aller, si l’on en croit leurs déclarations, ce dialogue nous semble plus nécessaire que jamais, en réalité. Et il se poursuit. C’est le sens des échanges que le président de la République a eus avec le Premier ministre Benyamin Netanyahou à plusieurs reprises. C’est le sens de la visite du ministre des Affaires étrangères en Israël la semaine dernière. Et nous partageons très librement nos analyses, parfois divergentes, nos positions, comme c’est aussi le cas, par exemple, sur [la loi sur] la peine de mort qui a été adoptée lundi par la Knesset. Et nous pensons à un intérêt commun dans tous ces cas-là, la stabilité et la sécurité régionale. Dernier élément, de toute façon, que vous avez en tête, c’est que nous sommes attachés indéfectiblement à la sécurité d’Israël. Nous estimons, cela dit, que plusieurs des orientations du gouvernement actuel ne concourent pas aujourd’hui à bâtir la paix ou la stabilité régionale.
Q - Merci. Trois incidents ont eu lieu entre l’armée israélienne et le contingent français de la FINUL samedi dernier dans la zone de Naqoura. Des soldats israéliens auraient pointé leurs armes sur le chef d’état-major de la FINUL, Paul Sanzey, qui a été ordonné de quitter les lieux. Confirmez-vous cet incident et dans l’affirmative, quelle est votre réaction ? Le ministre a parlé d’actes d’intimidation commis par l’armée israélienne il y a quelques jours. Quelle est votre réaction ? Est-ce que vous confirmez cet incident ?
R - Le ministre a déjà réagi en réalité, mais je vais poursuivre. La France condamne avec la plus grande fermeté les attaques contre la FINUL ayant causé la mort de trois soldats indonésiens. Ce n’est pas votre question, mais c’était aussi des événements qui se sont déroulés dimanche et lundi et qui ont fait aussi trois blessés dans le contingent. La France renouvelle ses condoléances aux familles des Casques bleus tués et sa solidarité notamment à l’Indonésie dont ses soldats étaient issus. Et nous condamnons absolument également les intimidations absolument inacceptables contre notre contingent le week-end dernier. Et cela a été signifié très fermement à l’ambassadeur d’Israël en France lundi au Quai d’Orsay. Ces incidents s’inscrivent…
Q - Le fait que les soldats israéliens ont pointé leurs armes contre le chef d’état-major de la FINUL.
R - Je ne vais pas rentrer pas dans le détail , mais je vous confirme qu’il y a effectivement eu ces intimidations. Ces incidents, en réalité, ils s’inscrivent dans un cycle de multiplication, et c’est ça aussi qui nous inquiète, de multiplication et d’aggravation des attaques contre la force et contre la FINUL. À chaque fois, ce sont des violations graves, non seulement de la résolution 1701, mais aussi du droit international qui oblige, à travers la Charte des Nations unies, d’apporter sécurité et sûreté aux personnels, aux biens et aux locaux des Nations unies où elles sont déployées. Donc ces violations, elles doivent cesser. Il doit désormais aussi y avoir des enquêtes qui doivent être menées, notamment par l’ONU et par la FINUL, en particulier sur la détermination des responsabilités. Une réunion d’urgence, comme vous le savez, a été convoquée au Conseil de Sécurité par la France avec le concours de l’Indonésie le 29 mars dernier pour marquer avec force le caractère inacceptable et injustifiable de ces incidents et la nécessité absolue que toutes les parties se conforment désormais réellement à leurs obligations. Mais je voudrais aussi, parce que derrière cela, on voit des attaques sur la pertinence de la Force, et donc je voudrais aussi rappeler à nos yeux le rôle essentiel qu’a joué et que joue la FINUL pour la stabilité du sud du Liban comme force non partisane, comme force de déconfliction, comme force d’accompagnement de la montée en puissance des Forces armées libanaises. Elle fait désormais face à une escalade qui n’est pas de son ressort et sur laquelle nous œuvrons diplomatiquement avec les différentes parties pour la désescalade.
Q - Une question qui va compléter celle de mon confrère. Qu’en est-il de l’alliance de fait entre nos alliés de l’armée israélienne, nos amis tout du moins et l’armée française, aujourd’hui dans ce contexte-là, lorsque des soldats sur le territoire, un contingent français est visé ? Il y a le chef du premier parti d’opposition de gauche en France qui appelle à riposter. Je cite « Sinon Netanyahou recommencera ». Est-ce que vous avez une réaction à apporter à Jean-Luc Mélenchon de fait là ? Et une deuxième question. Lundi, on apprenait que l’Espagne, aussi amie de la France, interdisait les avions états-uniens à survoler son sol, ceux engagés tout du moins dans la guerre contre l’Iran, une décision en cohérence avec nombre de prises de position de ce pays, un gouvernement de gauche qui a pris beaucoup de positions pour la Palestine, contre la guerre, pour le droit international. Qu’en est-il de la réaction potentielle de la France par rapport à cette décision-là d’interdire le survol du pays ? Est-ce que la France va s’en inspirer ou continuer à autoriser les avions engagés dans la guerre en Iran ou d’autres avions qui pourraient, par exemple, contenir le Premier ministre Netanyahou, pourtant visé par un mandat d’arrêt, comme vous le savez ?
R - Alors vous savez que ce n’est pas vraiment l’habitude à ce podium de commenter les prises de position de nos élus, donc je n’aurai pas de commentaires à faire, mais je vais répondre globalement, notamment sur votre deuxième point et la question des survols. On a là-dessus une position qui est très établie, qui repose sur le droit international, avec des éléments qui sont à la fois la Convention de Chicago de 1944, que sont ce qu’on appelle l’instruction interministérielle 111, ensuite au niveau national, c’est des procédures qui sont en réalité assez routinières, assez habituelles, les autorisations de survol, et qui consiste à dire que ce sont des autorisations données au cas par cas, de manière totalement souveraine, et que ce sont, en réalité, dans notre cas, en l’espèce, des autorisations qui découlent de la manière dont nous sommes positionnés, c’est-à-dire nous ne sommes pas parties à cette guerre et c’est dans cette logique-là que nous prenons ici les décisions qui s’imposent. Ces décisions, elles sont constantes depuis le début de la guerre et donc il n’y a pas eu de changement ou d’éléments nouveaux, il n’y a pas eu de changement de position depuis le premier jour et donc nous vous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début du conflit.
Q - (inaudible)
R - Après, je ne vous dis pas plus sur ces éléments, une bonne partie sont couverts par la sécurité nationale, mais ces décisions sont à la fois routinières, elles sont prises sur la base du droit international, et elles sont souveraines au cas par cas.
Q - (inaudible)
R - S’agissant de la guerre, nous avons toujours dit qu’elle [la décision] avait été prise seule, sans nous, et qu’elle était en dehors du droit international, et que nous ne pouvions pas l’approuver.
Q - (inaudible)
R - Notre posture sur le sujet, elle est strictement défensive. Vous le savez, nous sommes là-bas comme un allié fiable pour nos partenaires qui sont attaqués par l’Iran, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, etc. Nous sommes là pour le rétablissement de la liberté de navigation. C’est pour ça que nous avons aussi eu un déploiement extrêmement important, notamment du porte-avion Charles de Gaulle, de porte-hélicoptères, de frégates, etc. Absolument strictement défensive. Et puis, troisièmement, effectivement, vous avez moins de questions dessus parce que le pic de la crise et du besoin d’aider au retour de nos compatriotes est maintenant un peu derrière nous, mais qui était évidemment en soutien à nos ressortissants, qui étaient environ 400.000 soit résidents, soit de passage dans la région.
Q - Trois petites questions en lien avec ce sujet des transits. Contrairement à l’Espagne, le gouvernement français mène une politique qui ne semble pas très claire ou en tout cas pas assumée contre la guerre. Vous le dites à demi-mot justement. Pourquoi n’avoir pas affirmé, n’avoir pas annoncé justement que les avions américains en transit vers Israël transportant des armes ne seraient pas autorisés ? Pourquoi ce n’est pas une annonce assumée, une politique assumée ? Ça se fait, en fait, on l’a appris par les Américains et les Israéliens.
R - Je ne ferai pas plus de commentaires là-dessus, je vous ai exprimé l’ensemble des points de notre position, une bonne partie étant en effet couvert par des questions de sécurité nationale.
Q - Justement, du coup, à travers cette information donnée par les Américains et les Israéliens, on a appris que la France livrait du matériel militaire à Israël, puisque Israël s’est fâché et a dit « la France n’est pas coopérative, elle n’est pas amicale, donc on n’acceptera plus de livraison de matériel militaire ». Vous, depuis plus de deux ans, vous dites qu’il n’y a pas de livraison de matériel militaire à Israël. Donc, c’est un peu gênant, non ? Qu’est-ce que ça nous dit ? Ça fait deux ans et demi que je viens ici demander des questions. Et une dernière question, je la pose ?
R - Oui.
Q - Et la dernière question, justement, au pic de ces tensions, hier, le Gouvernement, bon c’est plus une question nationale, mais c’est en lien complètement avec ce qui s’était passé, je pense. Le Gouvernement a voulu précipiter l’examen du vote de la loi Yadan, qui veut limiter la liberté d’expression sur la critique d’Israël. Est-ce que c’est un gage que vous avez voulu donner immédiatement à Israël à ce moment de tension ? C’est quand même très étonnant ce qui s’est passé hier. Ça a été vécu comme une insulte par les parlementaires et un manque de respect. Il y a eu tout un débat hier autour de cette volonté de précipiter le vote de la loi Yadan, qui est quand même très problématique et très décriée. Elle devait passer le 16. Le Gouvernement a voulu la faire passer aujourd’hui, en fait. Ça devait être pour aujourd’hui. Ça n’a pas marché, mais c’est très étonnant, ce même moment.
R - Je n’ai pas de commentaires, là encore, sur les élus et sur les lois en discussion à l’Assemblée. C’est le principe de séparation des pouvoirs.
Q - Il n’y a pas de lien ? Il n’y a pas de séparation des pouvoirs, c’est votre même gouvernement.
R - À ma connaissance, pas d’élément qui serait de nature à établir un lien. Mais encore une fois, je vous dis ça sans commenter ce qui se passe au Parlement.
S’agissant de votre première question, il y a eu des déclarations à chaud par des responsables israéliens concernant effectivement les exportations d’armes françaises et les exportations vers Israël. Nous n’avons pas, à ma connaissance, eu de notification formelle de ce que cela impliquait. Je voudrais juste rappeler quelques éléments là-dessus pour clarifier tout ça. D’une part, qu’on parle de flux extrêmement faibles…
Q - Un flux quand même, donc d’armes à destination d’Israël.
R - C’est environ 0,2% en 2024, 0,2% du montant total des exportations françaises de matériel défensif . Donc on parle de flux très faibles. Deuxièmement, on parle, ça nous l’avons toujours dit, de choses qui sont défensives ou qui sont des pièces destinées à de la réexportation. Donc ça, ça n’a jamais changé. Ce sont ces éléments qui ont toujours été indiqués. Et notre objectif aujourd’hui, c’est de parvenir à une réduction des tensions dans la région qui sont dangereuses pour tous, y compris pour Israël. C’est ça qui guide l’ensemble de nos positions et l’ensemble des décisions que nous prenons sur la base de ces positions.
Q - Et donc, qu’est-ce qui va se passer ? Israël a dit qu’elle n’accepterait plus de matériel militaire de la France, donc vous allez arrêter ?
R - Ce que je vous dis, c’est que nous n’avons pas eu, à ma connaissance, de notification précise de ce que ça impliquait.
Q - Il y a une déclaration officielle. Mais en fait, il n’y a pas de réaction de la France. La France subit ce que dit Israël. Israël dit « Nous, nous ne voulons plus de matériel militaire » et vous, vous ne savez pas, en fait. Vous ne dites pas « nous aussi, on arrête » en fait. Vous pouvez décider d’arrêter ces livraisons, puisque vous êtes contestés dans votre décision souveraine de ne pas laisser les avions transiter. C’est quand même étonnant de ne pas réagir.
R - Je vous dis qu’à ce stade, nous n’avons pas reçu une notification officielle de ces éléments.
Q - J’ai une question sur Ormuz. J’essaie juste de comprendre l’organisation, je comprends bien les limites de l’exercice, etc. Ce n’est pas pour revenir là-dessus, tout à l’heure au ministère des Armées, ils ont dit que la conférence qui a lieu aujourd’hui à l’initiative de la Grande-Bretagne est une initiative politique, donc annoncée par la Grande-Bretagne, mais que l’initiative militaire est menée par la France. Donc, en fait, est-ce que c’est une initiative franco-britannique ou est-ce qu’il y a une initiative britannique qui est politique et une initiative française qui est militaire ? Parce qu’à ma connaissance, vous, au ministère des Affaires étrangères, n’avez pas avant organisé de meetings politiques comme aujourd’hui la Grande-Bretagne l’a fait, avec à sa tête Yvette Cooper, parce que les Anglais ont dit que c’était la première fois qu’il y avait ce genre de réunion avec 35 pays. Et la semaine dernière, la France a aussi fait une réunion avec 35 pays, mais c’était le chef des armées. Donc, en fait, est-ce qu’il y a une coordination ? Est-ce que cette initiative pour Ormuz, est-ce que c’est franco-britannique ? Ou est-ce qu’il y a deux choses qui se passent en parallèle, en fait ? Je voulais juste comprendre le niveau de coordination, en particulier politique.
R - Non, il y a des efforts qui sont conjoints. Nous avons, et le Président également dès le 1er mars, parlé de cette mission pour la partie sécurisation du détroit d’Ormuz et liberté de navigation. Et depuis, il y a eu beaucoup de démarches diplomatiques qui sont toujours un peu compliquées à expliquer, publiquement, j’entends, parce qu’il s’agit de démarches, d’explications, etc. Donc là, c’est une coalition qui est… Ce n’est pas une coalition, je veux dire, c’est un effort franco-britannique en ce moment qui est en train de se faire et qui, encore une fois, prépare la décision, la réunion du G7 des Affaires étrangères la semaine prochaine. Et ça a par ailleurs été, ça a fait partie des éléments qui ont été discutés lors de la ministérielle des Vaux-de-Cernay la semaine dernière.
Q - Bonjour, Esra Taskin de l’agence Anadolu. Le parlement israélien a adopté une loi de peine de mort ciblant les prisonniers palestiniens. En tant que pays ayant aboli la peine de mort, la peine capitale, quelle est votre réaction face à cette loi qui vise uniquement les prisonniers palestiniens ?
R - Merci. Notre position, elle est simple. Nous l’avons exprimée déjà dans une première déclaration dimanche dernier, dans un format avec les Italiens, les Britanniques et les Allemands. Et puis nous l’avons réexprimée après le vote de la loi, dans un format à l’unanimité des 27 États membres [de l’Union européenne], c’est dire notre préoccupation absolue sur ce sujet. Vous savez que la peine de mort, c’est une sanction à la fois inhumaine et dégradante. La France plaide pour son abolition universelle. C’est un de nos combats de long terme. Et cela contrevient en réalité aux principes démocratiques et aux engagements internationaux auxquels les démocraties ont librement souscrit. Par ailleurs, nous avons aussi déploré dans cette déclaration le caractère discriminatoire de la loi.
Q - Bonjour, Paola de Orte, quotidien O G