Les troubles dys touchent environ 1 enfant sur 5 en France — un chiffre qui inclut la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, la dyspraxie, la dysphasie et leurs multiples combinaisons. Ces troubles sont neurodéveloppementaux : ils ne guérissent pas au sens médical du terme, mais ils s'accompagnent, se compensent et se gèrent avec les bons outils. L'orthophonie est souvent la première porte d'entrée — mais elle est rarement suffisante à elle seule. Les thérapies complémentaires, bien choisies et bien coordonnées, font la différence entre un enfant qui subit ses difficultés et un enfant qui les surmonte.
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enfants présente un ou plusieurs troubles des apprentissages — soit 5-6 élèves par classe
40–60%
des enfants dys présentent une comorbidité (TDAH, anxiété, troubles moteurs) nécessitant plusieurs approches
Dès 5 ans
les signes précurseurs des troubles dys sont repérables et les premières interventions débutables
Comprendre les troubles dys : une réalité plurielle
Le terme "troubles dys" regroupe un ensemble de troubles neurodéveloppementaux des apprentissages qui partagent une caractéristique commune : ils touchent des enfants dont l'intelligence est normale ou supérieure à la normale, mais dont le cerveau traite certaines informations (les sons, les lettres, les chiffres, les gestes) de façon atypique. Ce ne sont pas des troubles de la volonté ni de la paresse — ce sont des différences de fonctionnement neurologique qui se manifestent dans les apprentissages scolaires et, plus largement, dans la vie quotidienne.
La dyslexie touche la lecture — plus précisément le décodage phonologique, c'est-à-dire la capacité à transformer les sons en lettres et réciproquement. La dysorthographie en est souvent la traduction écrite. La dyscalculie affecte le sens des nombres et les opérations arithmétiques. La dyspraxie (ou Trouble Développemental de la Coordination) perturbe la coordination et la planification des gestes — dont l'écriture. La dysphasie touche le développement du langage oral.
🧠 Comorbidité : la règle plutôt que l'exception
Un point crucial souvent sous-estimé : 40 à 60 % des enfants dys présentent au moins une comorbidité. Dyslexie + TDAH, dyspraxie + dyslexie, dysphasie + troubles pragmatiques — ces combinaisons sont courantes. C'est précisément cette réalité qui justifie une approche multidisciplinaire : une seule thérapie ne peut pas traiter des troubles qui s'enchevêtrent dans des dimensions cognitives, motrices, émotionnelles et sociales.
L'orthophonie : le pilier central, mais pas l'unique réponse
L'orthophonie est le traitement de référence pour la dyslexie, la dysorthographie et la dysphasie. L'orthophoniste réalise le bilan initial qui objective les difficultés, pose les hypothèses diagnostiques et définit les axes de rééducation. La prise en charge orthophonique cible directement les mécanismes déficitaires : conscience phonologique, décodage, encodage, fluence, compréhension, production du langage oral.
Mais l'orthophonie a ses limites — non pas par manque d'efficacité, mais par nature. Elle ne peut pas, seule, adresser les difficultés motrices d'un enfant dyspraxique, l'anxiété scolaire d'un adolescent dyslexique épuisé par des années d'échecs, les problèmes de coordination de l'espace chez un enfant avec difficultés visuo-spatiales, ou les troubles de l'attention qui accompagnent souvent les dys. C'est là qu'interviennent les thérapies complémentaires.
La coordination orthophoniste-famille : un enjeu fondamental
Avant de parler de thérapies complémentaires, il est fondamental d'évoquer la coordination entre l'orthophoniste et la famille. Les exercices travaillés en séance ne produisent leurs effets que s'ils sont renforcés à domicile de façon régulière et bienveillante. Le Carnet de liaison orthophoniste-famille DYNSEO est un outil conçu précisément pour fluidifier cette communication — il permet à l'orthophoniste de transmettre les objectifs de la semaine, à la famille de noter ses observations, et à tous de partager le suivi des progrès.
L'ergothérapie : rendre les tâches quotidiennes accessibles
L'ergothérapie est la thérapie complémentaire la plus indispensable dans les cas de dyspraxie — et précieuse dans de nombreux autres troubles dys. L'ergothérapeute travaille sur l'adaptation des activités quotidiennes aux capacités motrices et cognitives de l'enfant. Son domaine couvre l'écriture, les activités de la vie quotidienne (s'habiller, cuisiner, utiliser les transports), l'organisation spatiale et temporelle, et les outils compensatoires.
L'écriture : le champ de bataille de l'ergothérapeute
Pour les enfants dyspraxiques, l'écriture manuscrite est souvent une activité épuisante qui mobilise la totalité des ressources cognitives disponibles — au détriment de la réflexion sur le contenu. L'ergothérapeute travaille sur plusieurs axes simultanément. D'abord, la graphomotricité — la mécanique du geste d'écriture : tenue du crayon, posture, pression, direction des mouvements. Ensuite, les stratégies compensatoires quand l'écriture manuscrite reste trop coûteuse : apprentissage du clavier, utilisation d'un ordinateur ou d'une tablette, logiciels de reconnaissance vocale.
💻 Outils numériques compensatoires
Quand la technologie libère l'apprentissage
L'ergothérapeute oriente souvent vers des outils numériques adaptés. Les correcteurs orthographiques avancés (Antidote, Reverso), les logiciels de reconnaissance vocale (Dragon Dictate), les applications de prise de notes audio et les aides-mémoire numériques font partie de la panoplie compensatoire. Pour renforcer la conscience des confusions fréquentes, l'Aide-mémoire confusions b/d p/q DYNSEO est un support visuel accessible sur tablette que l'enfant peut consulter discrètement en classe ou lors des devoirs.
L'adaptation du poste scolaire
L'ergothérapeute joue également un rôle clé dans la recommandation des aménagements scolaires. Elle peut préconiser un bureau à hauteur réglable, un siège ergonomique, un chevalet pour incliner les feuilles, un surligneur à double pointe pour les enfants qui ont du mal à suivre les lignes. Pour les collégiens et lycéens, elle accompagne la mise en place du tiers-temps et des outils informatiques dans le cadre du PAP (Plan d'Accompagnement Personnalisé). Ces recommandations concrètes transforment l'expérience scolaire — en réduisant la charge motrice, elles libèrent des ressources cognitives pour apprendre.
La psychomotricité : corps, espace et apprentissages
La psychomotricité occupe une place particulière dans l'accompagnement des troubles dys parce qu'elle travaille à l'interface entre le corps, l'espace, le temps et la cognition. Ce lien, qui peut sembler abstrait, est pourtant fondamental : apprendre à lire, c'est aussi apprendre que les lettres ont une direction (b ≠ d), que les mots se lisent de gauche à droite, que les syllabes s'enchaînent dans un ordre temporel. Ces compétences spatiotemporelles sont précisément ce que la psychomotricité renforce.
Latéralisation et schéma corporel
La latéralisation — la préférence et la maîtrise de l'usage d'un côté du corps — est souvent perturbée ou tardive dans les troubles dys. Un enfant dont la latéralisation n'est pas bien établie à 6-7 ans aura des difficultés à distinguer sa gauche de sa droite, à s'orienter dans l'espace d'une page, à suivre le sens de lecture conventionnel. Le psychomotricien travaille sur l'installation de cette latéralisation par des jeux corporels, des exercices de dissociation des mouvements et des activités de repérage spatial.
Le schéma corporel — la représentation mentale qu'un enfant a de son propre corps — est également un substrat des apprentissages. Un enfant qui n'a pas une représentation claire de son corps (où est sa main par rapport à son bras, comment est orienté son corps dans l'espace) aura du mal à internationaliser la direction et l'orientation des lettres et des chiffres. La psychomotricité, par le jeu corporel et les activités de conscience du corps, construit ces fondations.
La graphomotricité et le développement des praxies
La graphomotricité — les capacités motrices spécifiques à l'écriture — est un axe partagé entre ergothérapie et psychomotricité selon les pays et les formations professionnelles. En France, le psychomotricien travaille souvent sur les praxies graphiques : la trajectoire des tracés, la formation des lettres dans l'espace, la fluidité des enchaînements. Des exercices de préparation à l'écriture (dessin libre, tracés dirigés, modelage) renforcent les compétences motrices fines qui sous-tendent l'écriture.
Pour suivre ces progrès de façon structurée, le Tableau de suivi des compétences DYNSEO permet au psychomotricien de documenter l'évolution de l'enfant dans différents domaines (coordination, schéma corporel, organisation spatiale) — précieux pour la coordination avec l'équipe pluridisciplinaire et pour montrer à l'enfant et à sa famille les progrès accomplis.
L'orthoptie : quand les yeux compliquent la lecture
L'orthoptie est souvent la grande oubliée dans la réflexion sur les troubles dys — et pourtant, elle mérite une place à part entière dans certains cas. Les troubles visuels d'ordre oculomoteur (et non de réfraction) peuvent considérablement compliquer la lecture chez un enfant qui présente déjà une dyslexie. La convergence — la capacité des deux yeux à pointer ensemble sur un même point proche — est souvent déficitaire chez les enfants dyslexiques. Quand les yeux ne convergent pas bien, les mots "bougent", se dédoublent ou se décalent à la lecture, générant une fatigue visuelle intense et des difficultés de fixation.
L'orthoptiste réalise un bilan des capacités oculomotrices (convergence, saccades, poursuite) et propose des exercices de rééducation. Dans certains cas, des lunettes prismatiques peuvent être prescrites pour corriger les problèmes de binocularité. Ces interventions ne traitent pas la dyslexie en elle-même — mais elles peuvent lever un obstacle visuel supplémentaire qui compliquait la lecture au-delà du trouble phonologique sous-jacent.
La sophrologie et la méditation de pleine conscience : soigner l'anxiété scolaire
Un aspect souvent sous-estimé des troubles dys est leur impact émotionnel. Un enfant dyslexique qui échoue à déchiffrer une page alors que ses camarades semblent le faire sans effort, qui entend "tu pourrais faire mieux si tu faisais des efforts" des dizaines de fois, qui voit ses résultats scolaires refléter autre chose que son intelligence réelle — cet enfant développe souvent une anxiété scolaire, une dépression de l'estime de soi et une relation douloureuse avec l'apprentissage.
La sophrologie
La sophrologie propose des techniques de relaxation musculaire et de visualisation positive adaptées aux enfants dès 6-7 ans. La relaxation dynamique réduit les tensions physiques liées au stress scolaire. La visualisation positive — se voir en train de réussir une lecture, un examen, une copie — mobilise les mêmes circuits neuronaux que l'activité réelle et renforce la confiance. Des exercices de sophrologie de 10 minutes avant les évaluations peuvent significativement réduire l'anxiété de performance.
La pleine conscience (mindfulness)
La méditation de pleine conscience adaptée aux enfants (programmes comme Eline Snel's "Calme et Attentif comme une grenouille") est validée par des études pour réduire l'anxiété, améliorer l'attention et renforcer la régulation émotionnelle — trois bénéfices directement utiles pour les enfants dys. Pratiquer 10 à 15 minutes par jour de méditation adaptée améliore la capacité à se recentrer après une distraction, à tolérer la frustration d'une tâche difficile et à observer ses pensées négatives sans les amplifier.
Le Thermomètre des émotions DYNSEO peut être utilisé avec les enfants dys pour les aider à identifier et nommer leur niveau d'anxiété ou de frustration — un premier pas vers la régulation émotionnelle. La Roue des choix aide l'enfant à sélectionner une stratégie de régulation parmi celles qu'il a apprises (respiration, retrait temporaire, dessin...) quand l'anxiété monte.
Le neurofeedback et les approches neurophysiologiques
Le neurofeedback est une technique de biofeedback qui apprend à l'individu à moduler son activité cérébrale en temps réel. Des électrodes sur le cuir chevelu mesurent l'activité EEG, et un signal visuel ou sonore informe l'enfant en temps réel de son état cérébral — lui permettant progressivement d'apprendre à auto-réguler ses ondes cérébrales. Des études pilotes montrent des effets positifs sur l'attention (TDAH) et sur certaines composantes de la lecture (dyslexie), mais les preuves restent à ce jour moins solides que pour les autres approches.
Le neurofeedback reste une approche complémentaire à utiliser avec précaution et discernement — en s'assurant que le praticien est rigoureusement formé et que la famille comprend les limites des preuves disponibles. Il peut être particulièrement utile dans les cas où le TDAH est comorbide avec la dyslexie et résiste aux autres approches.
La méthode Davis : une approche alternative par la créativité
La méthode Davis (créée par Ron Davis, lui-même dyslexique) propose une approche fondamentalement différente des rééducations conventionnelles. Plutôt que de travailler directement sur le décodage phonologique, elle part de la pensée visuelle et spatiale — souvent très développée chez les personnes dyslexiques — pour créer des associations entre les mots déclencheurs (les articles, prépositions et petits mots non visuels qui posent problème) et des représentations tridimensionnelles en argile.
La méthode Davis n'est pas reconnue par la communauté orthophonique comme un traitement de première ligne, et ses preuves scientifiques sont limitées. Mais certains parents et enfants rapportent des bénéfices réels, en particulier sur la gestion de la "désorientation" — cette confusion spatiale et temporelle caractéristique de la pensée dyslexique. Elle peut constituer un complément pour certains profils, mais ne doit jamais remplacer la rééducation orthophonique.
Les approches sensorielles : intégration sensorielle et méthode DORE
L'intégration sensorielle de Jean Ayres
L'intégration sensorielle est une approche développée par A. Jean Ayres, ergothérapeute et neuropsychologue, qui postule que la façon dont le cerveau traite et intègre les informations sensorielles (proprioception, vestibulaire, tactile, visuel, auditif) sous-tend l'ensemble des apprentissages. Quand cette intégration est perturbée — comme c'est souvent le cas dans la dyspraxie et dans certains profils dys — des difficultés d'apprentissage peuvent en résulter.
La thérapie d'intégration sensorielle se déroule généralement dans un "salle sensorielle" équipée de balançoires, trampolines, tunnels et matériaux de textures variées. Les exercices sollicitent le système vestibulaire et proprioceptif pour améliorer l'intégration cérébrale des informations sensorielles. Des études montrent des bénéfices sur la coordination, l'attention et certaines composantes des apprentissages, surtout dans les comorbidités avec la dyspraxie.
Les thérapies auditives
Plusieurs méthodes de stimulation auditive ont été proposées pour les troubles dys à composante phonologique : la méthode Tomatis (stimulation par des sons filtrés), le Programme d'Entraînement Auditif (PEA), et la méthode Fast ForWord (programme informatisé de discrimination auditive). Leur principe commun est de renforcer la discrimination des sons par un entraînement intensif, en partant de l'hypothèse que le traitement auditif déficient est à la base de la dyslexie phonologique.
L'Imagier des sons complexes DYNSEO est un outil pédagogique visuel qui renforce la conscience phonologique par l'association image-son — utilisable en séance ou à domicile pour consolider les acquis des thérapies auditives ou de l'orthophonie.
La kinésiologie éducative (Brain Gym)
Le Brain Gym est un programme d'exercices physiques simples conçus pour "activer" certaines fonctions cérébrales et faciliter les apprentissages. Les exercices ciblent notamment l'intégration des deux hémisphères cérébraux, la latéralisation et la coordination. Bien que ses fondements théoriques soient contestés par la communauté neuroscientifique (le concept d'"activation" spécifique des zones cérébrales par ces exercices est scientifiquement discutable), certains enseignants et rééducateurs rapportent des bénéfices sur la mobilisation attentionnelle et la disposition aux apprentissages — probablement via l'effet général de l'activité physique sur le cerveau.
Le Brain Gym peut être utilisé comme routine d'échauffement avant les séances de travail — quelques minutes d'exercices corporels pour préparer le cerveau à apprendre. Sans en attendre des miracles sur la dyslexie elle-même, ses effets sur la disponibilité attentionnelle et la réduction du stress sont positifs.
Les applications numériques : thérapies de demain ?
Les applications numériques de rééducation cognitive représentent une nouvelle génération d'outils complémentaires. Contrairement aux séances hebdomadaires de 45 minutes avec un professionnel, elles permettent un entraînement quotidien, progressif et engageant. L'application COCO de DYNSEO — conçue pour les enfants de 5 à 10 ans — propose des activités cognitives progressives touchant la mémoire, l'attention et le langage dans un environnement ludique et non menaçant.
Ces applications ne remplacent pas les thérapeutes — mais elles prolongent leur action entre les séances, ce qui est fondamental : la plasticité cérébrale répond à la répétition. 15 minutes d'entraînement quotidien sur une application bien conçue peuvent compléter efficacement une séance hebdomadaire d'orthophonie.