CMR 001 / 0526 / OBS 023
Harcèlement judiciaire /
Harcèlement administratif /
Criminalisation /
Cameroun
12 mai 2026
L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, un partenariat entre l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), a reçu de nouvelles informations et sollicite votre intervention urgente dans la situation suivante au Cameroun.
Description de la situation :
L’Observatoire a été informé du harcèlement judiciaire et du procès en cours contre Mme Maximilienne Ngo Mbe, défenseure des droits des femmes et directrice exécutive du Réseau des défenseurs des droits humains d’Afrique centrale (REDHAC) depuis 2010, basée à Douala, au Cameroun.
Le 4 mai 2026, le Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo a tenu sa septième audience dans le cadre de la plainte déposée par le Préfet du département du Wouri à l’encontre de Maximilienne Ngo Mbe, qu’il accuse d’avoir « brisée les scellés » apposés sur les locaux du REDHAC au moment de leur suspension administrative de son organisation le 6 décembre 2024. Dans la même affaire, elle est également accusée de « de rébellion simple, pour avoir refusé de se conformer à une convocation ».
Le REDHAC avait été suspendu pour une durée de trois mois par arrêté du ministre de l’Administration Territoriale du Cameroun reposant sur des accusations de « financements illicites » ou « inexpliqué » et de « non-respect des dispositions légales ». Cette suspension arbitraire a contribué à délégitimer le travail courageux du REDHAC, qui contribue de manière significative à la lutte contre les violations des droits humains, à la protection des défenseur·es et à la promotion de la justice en Afrique centrale. Conformément à l’article 13 de la Déclaration des Nations Unies sur les défenseurs des droits de l’homme, les ONG ont le droit d’obtenir des fonds, y compris de sources internationales, pour mener leurs activités sans crainte d’intimidation ni d’ingérence abusive.
Le 4 mai 2026, les débats ont donc été rouverts avec l’interrogatoire direct, par le procureur, du sous-préfet de Douala 1er en sa qualité de représentant du préfet du Wouri, suivi de son contre-interrogatoire par les avocats. Durant l’audience, le sous-préfet a explicitement déclaré que Maximilienne Ngo Mbe ne se trouvait pas sur les lieux des scellés le jour où ils ont été brisés. Il en ressort que cette dernière n’a donc pas pu les briser. Le procès a ensuite de nouveau été renvoyé au 1er juin 2026 pour la reprise de l’interrogatoire par la partie civile par le procureur et la suite des débats.
L’Observatoire souligne que le procès a été marqué par une lenteur déraisonnable qui illustre une tentative délibérée de prolonger le harcèlement judiciaire à l’encontre de Maximilienne Ngo Mbe. Il a en effet été reporté à plusieurs reprises, avec des audiences les 7 avril 2025, 4 août 2025, 6 octobre 2025, 1er décembre 2025, 16 mars 2026, et 6 avril 2026, toutes ayant abouti à de nouveaux ajournements. Le 6 avril 2026, le juge avait accédé à la demande du procureur de rouvrir le dossier et d’autoriser le plaignant à soumettre des preuves supplémentaires, alors que cette audience était censée être la dernière.
L’Observatoire rappelle que ce harcèlement judiciaire contre Maximilienne Ngo Mbe et la suspension des bureaux de REDHAC s’inscrivent dans un schéma plus large de répression des défenseur·es des droits humains et organisations de la société civile par les autorités du Cameroun, qui semblent instrumentaliser la question de la lutte contre le terrorisme. Dans le 3ème rapport de suivi renforcé de septembre 2025, le Groupe d’action financière (GAFI) a réitéré que le Cameroun appliquait de manière « non conforme » la recommandation numéro 8 relative à l’évaluation des risques de financement du terrorisme des organisations à but non lucratif (ONBL), qui précise que « Les pays devraient disposer de mesures ciblées, proportionnées et fondées sur le risque, sans perturber ou décourager indûment les activités légitimes des ONBL, conformément à l’approche fondée sur les risques ». En tant qu’État placé sur la liste grise du GAFI, le Cameroun devrait se conformer à la recommandation 8 en suivant les indications contenues dans son Évaluation Mutuelle de mars 2022, alors que la présentation de son 4ème rapport de suivi renforcé est prévue en septembre 2026.
L’Observatoire rappelle que Maximilienne a déjà été la cible de menaces de mort, agressions de ses proches, et de campagnes de diffamation par le passé, notamment en lien avec le travail de REDHAC dans les régions anglophones du Cameroun et son engagement auprès de la communauté LGBTIQ+.
L’Observatoire condamne fermement le harcèlement judiciaire et la criminalisation continue de Maximilienne Ngo Mbe et de son organisation, qui ne semblent viser qu’à sanctionner ses activités légitimes de défense des droits humains.
Actions requises :
L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités camerounaises en leur demandant de :
– Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de Maximilienne Ngo Mbe et de tou·tes les défenseur·es des droits humains au Cameroun ;
– Garantir en toutes circonstances le respect du droit à la défense et les garanties du procès équitable de Maximilienne Ngo Mbe, conformément aux obligations internationales du Cameroun, notamment à l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l’Etat est partie ;
– Abandonner immédiatement toutes les charges contre Maximilienne Ngo Mbe, en ce qu’elles ne semblent n’avoir d’autre but que de sanctionner ses activités de défense des droits humains ;
– Mettre un terme à tout acte de harcèlement, y compris au niveau judiciaire, à l’encontre de Maximilienne Ngo Mbe et à l’encontre de tou·tes les défenseur.es des droits humains au Cameroun ;
– Respecter la recommandation 8 du GAFI en veillant à ce qu’elle ne soit pas appliquée de manière abusive pour restreindre indûment les activités de la société civile, conformément à l’Évaluation mutuelle et au rapport de suivi du Cameroun par le GAFI ;
– Respecter strictement les droits à la liberté d’association et d’expression, tels que garantis par le droit international des droits humains, en particulier le PIDCP ;
– Se conformer à toutes les dispositions de la Déclaration des Nations Unies sur les défenseurs des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, en particulier ses articles 1 et 12.2 ;
Adresses :
• M. Paul Biya, Président de la République du Cameroun, Email : contact@prc.cm, Twitter : @PRC_Paul_Biya
• M. Joseph Dion Ngute, Premier ministre, Chef du gouvernement, Email : spm@spm.gov.cm
• M. Lejeune Mbella Mbella, Ministre des Relations extérieures, Email : minrex@diplocam.cm
• M. Laurent Esso, Ministre de la Justice, Email : chancellerie@minjustice.gov.cm
• S.E. M. Salomon Eheth, Mission permanente du Cameroun auprès des Nations Unies à Genève, Suisse, Email : mission.cameroun@ties.itu.int
• S.E. M. Daniel Evina Abe’e, Ambassade du Cameroun à Bruxelles, Belgique, Email : ambassade.cameroun@skynet.be
Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques ou ambassades du Cameroun dans vos pays respectifs.
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Paris-Genève, le 11 mai 2026
Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme (l’Observatoire) a été créé en 1997 par l’OMCT et la FIDH. L’objectif de ce programme est d’intervenir pour prévenir ou remédier aux situations de répression contre les défenseur·e·s des droits humains. L’OMCT et la FIDH sont toutes deux membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseur·e·s des droits humains, mis en œuvre par la société civile internationale.
Pour contacter l’Observatoire :
• Email : alert@observatoryfordefenders.org
• Tél. FIDH : +33 1 43 55 25 18
• Tél. OMCT : +41 22 809 49 39