Hommage à Jimmy Gourley (1926-2008), ou le centenaire d'un guitariste de jazz américain à Paris ! - CulturAdvisor

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Il avait le phrasé discret des élégants et la précision des grands stylistes. Né le 9 juin 1926 à Saint-Louis, dans le Missouri, le guitariste Jimmy Gourley appartient à cette génération de musiciens américains qui trouvèrent à Paris un refuge artistique autant qu’un territoire d’invention. Installé en France dès 1951, il devint l’un des artisans essentiels de la modernité jazz européenne, aux côtés de Martial Solal, Barney Wilen ou Kenny Clarke. Admirateur de Lester Young et héritier du jeu aérien de Jimmy Raney, Gourley imposa une guitare souple, fluide, débarrassée des effets démonstratifs. Longtemps figure familière des clubs de Saint-Germain-des-Prés, il accompagna les plus grands jazzmen de passage — Stan Getz, Clifford Brown, Bud Powell, Lee Konitz ou Zoot Sims — tout en construisant une œuvre personnelle d’une rare cohérence. Son centenaire rappelle combien cet Américain devenu parisien aura marqué l’histoire du jazz français sans jamais chercher la lumière. Chez lui, l’élégance tenait lieu de manifeste. Hommage à Jimmy Gourley (1926-2008), ou le centenaire d’un guitariste de jazz américain à Paris, en vinyle de préférence !

Playlist en hommage à Jimmy Gourley (1926-2008), ou le centenaire d’un guitariste de jazz américain à Paris !

Les années américaines

James Pasco Gourley Jr. grandit à Chicago dans une famille où la musique fait partie du quotidien. Son père fonde le Monarch Conservatory of Music et lui offre très tôt sa première guitare. L’adolescent découvre d’abord le folk et la country avant qu’un autre monde ne s’ouvre à lui : celui de Nat King Cole, Charlie Christian et Lester Young. Au lycée, il rencontre un camarade nommé Lee Konitz. L’amitié sera décisive. Konitz l’encourage à prendre le jazz au sérieux ; Gourley comprend alors que la guitare peut devenir une voix intérieure plutôt qu’un simple instrument d’accompagnement.

Mobilisé dans l’U.S. Navy entre 1944 et 1946, il anime une émission de jazz destinée aux soldats américains dans le Pacifique. De retour à Chicago, il remplace bientôt Jimmy Raney dans l’orchestre de Jay Burkhart. Le choc esthétique est immense : Gourley trouve chez Raney cette ligne claire, presque parlée, qui deviendra sa signature. Il joue ensuite avec Sonny Stitt, Gene Ammons, Jackie Cain et Roy Kral, puis accompagne Anita O’Day.

Mais l’Amérique des années 1950 lui semble étroite. Comme nombre de musiciens de jazz, il regarde vers Paris, ville où les artistes noirs américains et les modernistes trouvent un accueil fervent. En avril 1951, il débarque dans une capitale encore marquée par l’après-guerre mais avide de modernité musicale. Le destin de Jimmy Gourley se confondra désormais avec celui du jazz parisien.

A Night in Tunisia · Jimmy Gourley. (Hommage à Jimmy Gourley (1926-2008), ou le centenaire d’un guitariste de jazz américain à Paris !).

Une œuvre de l’élégance et des nuits parisiennes

Dans le Paris des caves et des clubs enfumés, Jimmy Gourley devient rapidement une figure centrale. Au Tabou, au Club Saint-Germain puis au Blue Note, il accompagne les géants américains de passage et dialogue avec la jeune garde française. Henri Renaud, Bobby Jaspar, Martial Solal ou Barney Wilen trouvent chez lui un partenaire d’une finesse exceptionnelle. Son jeu privilégie la respiration, le contretemps subtil, la limpidité harmonique. Là où d’autres cherchent la virtuosité, Gourley cultive la conversation musicale.

Sa discographie reflète cette fidélité au cool jazz et au bop lyrique. Parmi les enregistrements marquants figurent Americans in Europe Vol. 1 (1963), précieux témoignage des rencontres franco-américaines, Graffitti (1977), No More (1981), The Jazz Trio (1983) avec Marc Johnson et Philippe Combelle, The Left Bank of New York (1986), puis Flyin’ the Coop (1991) avec Richard Galliano. Dans les années 1990 et 2000, Repetition (1995), Double Action (1999), Straight Ahead Express (2004), enregistré avec son fils Sean Gourley, et Our Delight (2006) montrent un musicien demeuré d’une remarquable fraîcheur.

I Hadn’t Anyone Till You · Jimmy Gourley. (Hommage à Jimmy Gourley (1926-2008), ou le centenaire d’un guitariste de jazz américain à Paris !).

Les critiques évoquent souvent un guitariste “sans emphase”, capable de faire swinguer une phrase avec une économie de moyens presque troublante. Plusieurs chroniqueurs ont souligné cette façon très personnelle de faire circuler l’air entre les notes, comme si chaque silence faisait partie du discours. Dans les clubs parisiens, Jimmy Gourley imposa ainsi une autre idée de la modernité : moins spectaculaire que profondément musicale.

L’héritage discret d’un maître du cool

Jimmy Gourley n’a jamais bénéficié de la célébrité de Django Reinhardt ou de Wes Montgomery. Pourtant, son influence sur le jazz français est considérable. Lorsqu’il arrive à Paris au début des années 1950, la scène hexagonale demeure partagée entre les défenseurs du jazz traditionnel et les partisans du bebop. Gourley introduit alors une troisième voie : celle du cool jazz hérité de Lester Young et Jimmy Raney, plus souple, plus mélodique, plus intérieure. Henri Renaud dira qu’il révéla aux musiciens français « le rôle majeur de Lester Young dans le jazz moderne ».

Sa présence dans les clubs parisiens pendant plus d’un demi-siècle fit de lui un passeur essentiel entre les États-Unis et l’Europe. Kenny Clarke, Bud Powell, Stan Getz ou Zoot Sims trouvèrent en lui un partenaire naturel. Les guitaristes français, de Christian Escoudé à plusieurs générations de musiciens de clubs, retinrent cette science du phrasé et cette élégance harmonique qui semblaient ne jamais forcer le trait.

North American Samba · Jimmy Gourley. (Hommage à Jimmy Gourley (1926-2008), ou le centenaire d’un guitariste de jazz américain à Paris !).

Mort en décembre 2008 en région parisienne, Jimmy Gourley laisse l’image d’un musicien rare : un homme pour qui le jazz relevait moins de la démonstration que de l’art de la conversation. Son centenaire rappelle qu’une part essentielle de l’histoire du jazz français s’est écrite dans l’ombre feutrée des clubs de Saint-Germain-des-Prés, avec une Gibson ES-150 tenue presque à voix basse.

Le vinyle, une culture

Si vous n’avez pas encore succombé au retour du vinyle, qui n’a par ailleurs jamais disparu, il est temps de vous y mettre.

Bien plus qu’un simple objet, il séduit de plus en plus, néophytes et passionnées, par la qualité de ses pochettes, sa fidélité sonore et la richesse du son.

De plus, il permet de se réapproprier l’instant et de prendre le temps.

Tout commence par ce petit rituel, où l’on choisit son disque, puis on extrait la galette de sa pochette et de son étui en plastique. Il faut ensuite la poser sur la platine, positionner soigneusement l’aiguille, savoir apprécier son crépitement si caractéristique, s’assoir et écouter, en parcourant la jaquette.

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Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne écoute.

Hakim Aoudia.

Recapiti
Hakim Aoudia