Pour la première fois depuis 2014, la Coupe du monde de football masculin se déroule dans trois pays démocratiques. Pourtant, l’événement s’accompagne de nombreux abus. Il est temps que la FIFA, qui organise l’événement, prenne enfin une voix indépendante et dénonce les nombreux abus.
Paris, le 11 juin 2026 - La Coupe du Monde de football masculin est le plus grand événement sportif global. Et cette année, il est plus gigantesque encore, avec 48 équipes participantes, soit 16 nations de plus que les éditions précédentes, un tournoi plus long de 10 jours, 3 pays organisateurs et des milliers de supporters·ices venus du monde entier pour l’occasion. Pourtant, la compétition que les officiels de la FIFA, l’organisme qui régit le football mondial, qualifiaient d’« événement le plus inclusif sur la planète », débute sous les pires auspices.
Parmi les 3 pays organisateurs, le Mexique, le Canada et les États-Unis, ce sont ces derniers qui accueilleront la grande majorité des matchs de la Coupe du monde, soit 78, y compris les demi-finales et la finale. Depuis son investiture en janvier 2025, suivant une idéologie suprémaciste blanche, sexiste, transphobe et xénophobe, Donald Trump et son gouvernement ont mis en place des politiques particulièrement agressives contre des pans entiers de la population. Immigré·es, personnes non-blanches, personnes transgenres, défenseur·es des droits, femmes et filles sont visé·es par des mesures qui restreignent leurs droits fondamentaux.
Fans interdits de visas
Plusieurs équipes devront se passer du soutien de leurs supporters·ices dans les stades, à moins qu’iels n’aient une double nationalité. Ainsi, les Haïtien·nes, les Iranien·nes, les Ivoirien·nes et les Sénégalais·es sont tout simplement interdit·es d’entrée sur le territoire américain. Pour d’autres pays, les frais de visa sont si élevés (jusqu’à 15 000 dollars) qu’un voyage aux États-Unis est dans les faits exclu.
Déjà, des incidents ont été rapportés. L’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, élu meilleur arbitre africain en 2025, s’est vu refuser, malgré un visa en règle, son entrée sur le sol américain le 6 juin à Miami, après un très long interrogatoire. Des responsables canadiens ont publiquement indiqué qu’ils seraient prêts à accueillir Omar Artan, mais la FIFA a confirmé qu’il ne pourrait finalement pas officier durant la compétition. Elle n’a évidemment pas protesté.
L’attaquant Aymen Hussein, vedette de l’équipe irakienne, véritable héros national en Irak et issu d’une famille victime de l’Etat islamique, a été retenu pendant 7 heures à l’aéroport de Chicago, subissant des interrogatoires extrêmement poussés.
“Après des éditions en Russie et au Qatar, nous aurions pu nous réjouir de voir la Coupe du Monde revenir dans des pays démocratiques,” explique le président de la FIDH, Alexis Deswaef. “Mais ce que nous voyons sous nos yeux est très loin de l’idée que nous nous faisons de la démocratie. Il est plus que temps que la FIFA se souvienne de ses valeurs d’universalisme et que le football est une affaire de passion et de partage d’émotions, avant d’être une affaire d’argent. Elle doit avoir une voix indépendante et dénoncer les abus de l’administration Trump.”
À ces atteintes, s’ajoute un autre angle mort de la FIFA : cette Coupe du monde est un nouveau désastre climatique, après l’édition qatarie et ses stades climatisés au milieu du désert. Les distances parcourues en avion par les équipes et leurs fans auraient pu être largement évitées avec une organisation qui aurait pris en compte l’environnement et le dérèglement climatique.
Le 19 juillet prochain, quelle que soit l’équipe qui l’emportera, le monde verra le président Donald Trump brandir le trophée, sous les yeux complices du président de la FIFA, Gianni Infantino. Son silence, devant les atteintes aux droits, sera alors plus éloquent que jamais.