L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains (un partenariat de la FIDH et de l’OMCT) a appris la condamnation de Sihem Ben Sedrine, militante des droits humains engagée dans la recherche de la vérité sur les crimes commis sous Ben Ali, à 25 ans de prison ferme, pour avoir défendu le droit à la mémoire. Le message envoyé par le régime de Kaïs Saïed est clair : il est interdit de chercher la vérité, la dictature Ben Ali est désormais intouchable.
Paris, Tunis, le 26 juin 2026 - Consternation et sidération. Alors que la FIDH et l’OMCT apprennent la condamnation de Sihem Ben Sedrine, dans la nuit du 25 au 26 juin 2026, à une peine aussi lourde qu’injuste, sous des charges fantaisistes, ce sont les deux états d’esprit qui dominent. La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière près le Tribunal de première instance de Tunis a en effet condamné la défenseure des droits humains à une peine de 25 ans de prison.
“Sihem Ben Sedrine est d’une dignité et d’une combativité qui nous inspirent tous et toutes. Nous ne la lâcherons jamais. Je veux lui adresser, à elle et à ses proches, la solidarité de l’ensemble du mouvement des droits humains ” commente Alexis Deswaef, président de la FIDH, qui s’est rendu en tant qu’observateur à une première audience du procès la semaine dernière, avant que celui-ci ne soit ajourné. “Le cas de Sihem est dramatique, il est l’illustration de la bascule complète d’un régime qui s’enfonce dans la dictature, entraînant avec lui une justice sous influence, sous le regard passif de la communauté internationale. L’Union européenne doit agir maintenant. Il faut qu’elle soit acquittée en appel !”
Sihem Ben Sedrine est journaliste, défenseure des droits humains et ancienne présidente de l’Instance vérité et dignité (IVD), une instance héritée de la révolution de 2011 chargée d’établir la vérité sur les violations des droits humains commises par l’État tunisien de 1955 à 2013. Elle a été jugée dans le cadre de deux dossiers distincts examinés conjointement par la juridiction : un premier relatif aux activités de l’IVD, et un second lié au dossier de la Banque franco-tunisienne (BFT).
Les poursuites portaient notamment sur des faits présumés de “dépassements et irrégularités” dans la gestion des travaux de l’IVD, d’abus de fonctions en qualité d’agent public, de préjudice à l’administration, d’obtention d’un avantage indu ainsi que de faux, usage de faux et détention de documents falsifiés. Des accusations évidemment fantaisistes.
La juridiction a retenu des condamnations distinctes conduisant à une peine cumulée de 25 ans, comprenant une peine de 5 ans et une peine de 20 ans au titre des accusations de faux et usage de faux.
Le combat de Sihem Ben Sedrine pour la justice et pour la vérité sur les crimes du passé -comme du présent- en Tunisie dérange le pouvoir en place, qui neutralise peu à peu toutes les institutions indépendantes chargées de faire la lumière sur la dictature de Ben Ali. L’objectif : protéger ceux et celles qui sont toujours en place aujourd’hui dans l’appareil de l’État.
« La condamnation de Sihem Ben Sedrine constitue une violation atroce de la justice transitionnelle, de la liberté d’expression et des droits des défenseur·es des droits humains en Tunisie. Elle a agi dans le cadre du mandat confié par l’État tunisien pour établir la vérité sur les violations passées et servir les victimes. L’État tunisien devrait au contraire honorer celles et ceux qui ont assumé cette mission essentielle. Sihem Ben Sedrine bénéficie de la pleine solidarité de l’OMCT et du mouvement contre la torture. », déclare Gerald Staberock, Secrétaire général de l’OMCT.
Sa condamnation pour faux et usage de faux, soi-disant commis en tant que présidente de l’IVD, permet au régime de discréditer définitivement le rapport de l’IVD et de mettre fin au processus de justice transitionnelle, au prix de condamner une innocente à une très lourde peine de prison. Kaïs Saïed, arrivé au pouvoir en se présentant comme le successeur de la révolution démocratique de 2011, est non seulement son fossoyeur, mais aussi désormais le complice des crimes du passé.