Au Limpopo, l'école devient un espace de santé et de protection - AMREF France

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Dans la province du Limpopo, en Afrique du Sud, des milliers d’enfants grandissent loin des centres de santé, dans des zones rurales où les distances, la pauvreté et les inégalités compliquent l’accès aux soins les plus élémentaires. Dans ce cadre, Amref Health Africa y mène, depuis 2024, la deuxième phase de son projet de santé scolaire qui transforme concrètement le quotidien des élèves, des enseignants et des familles.

Grandir loin des centres de santé : le défi des enfants du Limpopo

Un enfant qui ne voit pas bien le tableau. Une adolescente qui ne vient plus en cours pendant ses règles faute d’installation sanitaire. Un élève qui s’isole parce qu’il subit des violences à la maison, sans savoir à qui en parler. Ce ne sont pas des cas exceptionnels au Limpopo : ce sont des réalités quotidiennes, dans des écoles qui accueillent parfois plus de 2 000 élèves avec des ressources très limitées.

La province du Limpopo, au nord de l’Afrique du Sud, est l’une des plus jeunes et des plus défavorisées du pays. Environ la moitié de sa population a moins de 25 ans. L’accès aux services de santé y reste difficile; les distances sont grandes, les transports insuffisants, et les familles n’ont souvent pas les moyens pas les moyens de se déplacer jusqu’à un centre de santé. Pour beaucoup d’enfants, l’école est le seul espace où un problème de santé pourrait être repéré à temps.

C’est dans ce contexte qu’Amref Health Africa, en partenariat avec l’organisation locale MK Umbrella, déploie le projet Santé scolaire au Limpopo financé par l’Agence Française de Développement (AFD), la Direction de la Coopération Internationale de Monaco (DCI) et la Fondation Sense.

L’approche : faire de l’école un carrefour de prévention

L’Afrique du Sud dispose d’une Politique Intégrée de Santé Scolaire (ISHP) nationale. Mais dans les faits, sa mise en œuvre reste fragmentée : les services de santé, d’éducation et de développement social travaillent souvent en silo, et les écoles des zones rurales en restent les grandes oubliées.

Le rôle d’Amref n’est pas de se substituer à ces systèmes, mais de favoriser la coopération entre ces derniers. L’organisation déploie des conseillers techniques dans chacun des cinq districts ciblés Waterberg, Sekhukhune, Mopani, Vhembe et Capricorn, pour renforcer la coordination entre les autorités provinciales, les équipes éducatives et les acteurs communautaires.

Concrètement, cela se traduit par quatre axes d’action :

  • Dépister et orienter : Des équipes de santé scolaire sont formées pour repérer les problèmes, troubles de la vue, malnutrition, besoins psychosociaux, grossesses précoces, et orienter les enfants vers les services compétents. Au cours des premiers mois de 2026, six écoles ont été visitées par des infirmières du Département de la Santé pour un dépistage systématique des élèves, avec 74 références vers des services spécialisés générées en une seule tournée.
  • Former les enseignants :  En trois mois (janvier–mars 2026), 662 enseignants ont été formés dans les districts d’intervention ; 420 femmes et 242 hommes pour mieux identifier les signaux de détresse, dialoguer avec les familles et activer les mécanismes de référencement. Comme le dit Tinyiko, éducatrice en petite enfance à Kgomo Primary School : “ Avant, j’avais le sentiment de ne pas pouvoir répondre pleinement aux besoins des enfants. Aujourd’hui, je sais quoi faire, vers qui orienter, et les parents me font confiance.”
  • Impliquer les élèves : Le projet s’appuie sur des clubs de santé scolaire animés par des pairs éducateurs : des élèves formés pour sensibiliser leurs camarades sur la santé mentale, la santé sexuelle et reproductive, les violences et la prévention des addictions. 30 animateurs de clubs ont été formés lors du premier trimestre 2026. Mosa Lesiba, 17 ans, élève à Waterberg High School, en est l’un des exemples les plus parlants. Avant le programme, il tentait déjà d’aider ses amis confrontés à des violences domestiques, mais sans outils. Formé par Amref, il dirige aujourd’hui le Hope Club de son établissement : “ Je suis passé d’un jeune isolé à un leader. Quand je vois le soulagement chez ceux que j’accompagne, je sais pourquoi je continue.”
  • Mobiliser les communautés. Parents, leaders traditionnels, organisations de la société civile et autorités locales sont associés à la démarche. Plus de 134 parents ont participé à des sessions de parentalité au cours du seul mois de janvier 2026, une mobilisation qui a notamment permis de lever les freins liés au consentement parental, indispensable pour l’accès à la vaccination et à certains services de santé.

37 190 bénéficiaires en un trimestre 

Entre janvier et mars 2026, le projet a touché 37 190 bénéficiaires directs lors de campagnes de sensibilisation menées dans les écoles des cinq districts, sur des thématiques allant de la santé sexuelle et reproductive à la santé mentale, en passant par la prévention de la tuberculose et des addictions. Parmi eux, 18 128 filles et femmes et 19 062 garçons et hommes; une répartition qui traduit la volonté d’Amref de ne pas cibler uniquement les filles, mais d’impliquer l’ensemble de la communauté scolaire dans ces enjeux. 

Des visites de suivi ont été conduites dans 47 établissements sur la période : 8 en janvier, 16 en février, 23 en mars avec une progression constante qui reflète la montée en charge du programme. 

Une logique de changement durable

Ce que le projet construit au Limpopo dépasse la somme de ses indicateurs. Lors de la table ronde avec les parties prenantes organisée à Polokwane en mars 2026, à laquelle participaient représentants des départements de la Santé, de l’Éducation et du Développement social, ONGs, leaders traditionnels et organisations de la société civile, un consensus s’est dégagé : ce programme fonctionne parce qu’il ne vient pas de l’extérieur imposer une solution.

Il renforce ce qui existe, connecte les acteurs qui travaillent en silo, et confie progressivement aux communautés la responsabilité du changement. Le modèle des écoles championnes, des établissements de référence capables de transmettre leurs pratiques aux écoles voisines en cascade est l’une des pistes retenues pour pérenniser les acquis au-delà de la durée du projet.

Amref a également été formellement invitée par l’Office du Premier Ministre de la province à co-piloter le développement de la stratégie provinciale contre les violences basées sur le genre et les féminicides (GBVF), une reconnaissance institutionnelle de la pertinence de l’approche.

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Pour en savoir plus sur la deuxième phase du projet “Santé Scolaire au Limpopo”, consultez la fiche projet disponible sur notre site.

Recapiti
Nancy MAALOUF