Des rues désertes, des terrasses vides, des plages sans promeneurs, sous un ciel plombé et dans une odeur âcre de fumée, la saison touristique des Landes et de Gironde s’est arrêtée net le 22 juillet.
Alors que les réservations étaient en hausse en début d’été de près de 5 %, promesse d’une belle fréquentation, un incendie rapidement hors de contrôle, s’est propagé autour de Biscarrosse (Landes) attisé par le vent, la sécheresse, la chaleur qui ont rendu la tâche des pompiers extrêmement difficile et périlleuse.
15 000 entreprises touchées, dont beaucoup liées au tourisme
Après les 3 500 hectares landais brûlés et l’évacuation de 40 000 personnes, un autre feu s’est déclaré en Gironde, dévorant des dizaines de milliers de pins, combustible « idéal » avec sa résine pour des feux gigantesques qui ont détruit au total 240 bâtiments, contraint à l’évacuation 220 000 personnes par la route et par la mer.
Plus de 42 000 hectares brûlés en moins d’une semaine cauchemardesque pour toute cette région et dévastatrice pour les acteurs touristiques. Car parmi les 15 000 entreprises touchées, selon la Chambre de Commerce et d’industrie de Bordeaux Gironde, nombre sont liées de près ou de loin au tourisme.
L’activité assure 7 % du PIB des deux départements soit 3,2 milliards de retombées économiques en Gironde et 40 000 emplois et 2,1 milliards et 14 500 emplois dans les Landes.
La Gironde accueille chaque année pas moins de 6,8 millions de visiteurs ce qui en fait le 1er département touristique de Nouvelle-Aquitaine et la 5e destination estivale des Français en 2024. Le département compte 561 000 lits touristiques dont 70 % sont concentrés sur 36 communes du littoral.
Les Landes en recul malgré de nombreuses stations épargnées
Du côté des Landes, la situation est d’autant plus problématique qu’elles avaient déjà accusé une baisse de fréquentation durant l’avant-saison (- 9 % à 2,9 millions de nuitées par rapport à 2025) et notamment lors des ponts de l’Ascension et de la Pentecôte. Seule la fréquentation de la clientèle d’origine allemande était en hausse de 3 %.
Néanmoins, la zone touchée par l’incendie est restée limitée au nord de Biscarrosse et « les autres destinations du département – Mimizan, Hossegor, Mont-de-Marsan, Dax ne sont pas concernées », précise Landes Tourisme qui fournit de précieuses informations sur son site tourismelandes.com.
Émoi des professionnels
Alors on imagine l’émoi de tous ces professionnels quand ils ont entendu la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine Sophie Brocas lancer un appel aux touristes « à ne pas venir, ne pas rejoindre la Gironde ».
Certes, la gestion de la crise méritait d’alerter la population pour éviter les curieux et les non-informés. Néanmoins, il reste dans les Landes comme en Gironde de nombreux espaces préservés comme souligné plus haut. À Bordeaux, « l’activité touristique se poursuit normalement », précise la CCI. Les vignobles, Médoc compris, sont aussi épargnés permettant au tourisme œnologique, un des axes prioritaires du développement touristique, de se poursuivre.
Dispositifs d’aides
Le trafic SNCF et la circulation routière qui avaient été interrompus peuvent reprendre progressivement grâce à la détermination sans faille des pompiers qui ont eu raison de cet « ogre » de flammes et de braises. Cependant, la surveillance reste de mise car ils doivent faire face à des reprises de feu plus ou moins sporadiques. Ce qui limite le retour des sinistrés et bien sûr, des touristes dans les zones concernées.
e nombreuses itinérances à vélo sur les 390 km de pistes cyclables ont dû être interdites. Les autorités, avec les institutionnels locaux, ont mis en place des dispositions pour venir en aide aux sinistrés particuliers et entreprises. Pour ces dernières, les informations sont disponibles sur le site de la CCI : https://bordeauxgironde.cci.fr.
Reprise progressive
Concernant l’hôtellerie de plein air particulièrement affectée, la Fédération Nationale de l’Hôtellerie de Plein Air (FNHPA) rappelle l’existence d’un accord entre 544 campings à travers la France qui assurent l’accueil en lieu et place et aux mêmes conditions des touristes évacués des établissements sinistrés. Toutefois, depuis le 28 juillet, une dizaine de campings ont pu rouvrir dans les secteurs de Biscarrosse et de Sanguinet « en toute sécurité et sans fumée visible », précise la FNHPA. Et de conclure sur une note positive : « la reprise progressive constitue un signal encourageant pour les établissements, les vacanciers et les territoires concernés ».
Patricia-M. Colmant