Benedetta de Paul Verhoeven, ou le film de la nonne mystique à l’amour brûlant ! - CulturAdvisor

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Paul Verhoeven, “le Hollandais violent” comme on l’a surnommé, retourne dans un passé plein de mysticisme et de peste pour nous raconter l’histoire d’une jeune fille à l’amour brûlant. Si le propos ne brasse que des questions déjà abordées par le cinéma et les polémiques passées, les acteurs et le travail formel sauvent la mise. Benedetta de Paul Verhoeven, avec Virginie Efira, Charlotte Rampling et Daphné Patakia, ou le film de la nonne mystique à l’amour brûlant !

Une pierre à son édifice

Les nonnes et leurs couvents se sont inscrits dans la cinéphilie mondiale en un courant particulier, qui de temps à autres, ajoute une pierre à son édifice. Entre autres, parmi les plus connus, La Religieuse, celle de Jacques Rivette en 1966, comme celle de Guillaume Nicloux en 2013, adaptent le texte de Diderot. Mais aussi Les diables, de Ken Russell, sorti en 1971, qui mélange religion, sorcellerie, érotisme et pouvoir. Benedetta, de Paul Verhoeven, qui sort actuellement et fait partie de la sélection de Cannes, s’inscrit dans cette catégorie.

Une belle provocation

Paul Verhoeven est parti des minutes d’un procès du XVIIe retrouvées et publiées par Judith C. Brown, celui d’une nonne accusée de saphisme. À cette alliance de la religion et de la sexualité, Verhoeven ajoute ses thèmes favoris, le pouvoir, l’hypocrisie de la bienséance et la violence institutionnelle. Film presque en huis clos, dans un couvent de l’Italie de cette époque, Verhoeven concentre ses questionnements et leur donne une acuité particulière. Provocateur (Turkish Delices, son premier grand succès international en 1973, ou La chair et le sang, en 1985, décrivant un Moyen Âge barbare et violent), il l’a été tout au long de sa vie. Il frise ici le blasphème, sujet particulièrement actuel. Un godemiché taillé dans une petite sculpture de la vierge est tout de même une belle provocation. Les rapprochements très intimes de Benedetta et du Christ, pourtant en croix, ne le sont pas moins. Même si, au fond, notre époque est moins sensible à de telles images qu’en 1971, à la sortie des Diables de Ken Russel, par exemple, qui avaient provoqué un réel scandale.

Benedetta de Paul Verhoeven, avec Virginie Efira, Charlotte Rampling et Daphné Patakia, ou le film de la nonne mystique à l’amour brûlant !

Laisser planer le doute

Pour ce qui est physique, Verhoeven appelle un chat un chat. Mais, du côté de la spiritualité, de la croyance en Dieu, les chats sont moins évidents. Tout au long du film, on ne sait pas si Benedetta croit, joue, simule, manipule. A-t-elle vraiment des pouvoirs ? L’abbesse et le nonce n’arrivent pas à trancher réellement. Le pouvoir a toujours nié l’ambiguïté, et se retranche derrière sa force, donc réprime. Ce que Verhoeven dénonce ! Lui, au contraire, questionne, il ne tranche pas, n’indique rien de clair sur ce qui se passe chez cette jeune femme très belle et très croyante. Il donne des jalons de son parcours (enfant mystique, adulte tournée vers son prochain, innocence de sa foi, profond plaisir de ses pratiques sexuelles). Mais, croit-elle vraiment en ses pouvoirs ou est-elle psychiquement dérangée ? Le réalisateur laisse, heureusement, planer le doute, s’en servant comme d’un moteur pour faire avancer l’histoire, tel le suspens dans un polar.

Porté par des acteurs formidables

Ainsi, ce film très classique dans sa facture, avec une magnifique photo, a des atouts. Virginie Efira en est le premier. D’une beauté sans fard, comme à son habitude, elle réussit les scènes osées sans se dévoyer. Et arrive à souffler le chaud et le froid, le complexe et l’immédiat avec une force efficace. Son visage transmet, avec très peu d’effets, les tensions intérieures qui traversent son personnage. Souhaitons que Cannes y soit sensible… Charlotte Rampling, comme Lambert Wilson sont, on le sait, de grands acteurs et participent à la réussite du film.

Plus un jeu qu’une polémique

Celui-ci montre par son décalage que les questions religieuses ont depuis plusieurs décennies pris une couleur bien différente, beaucoup plus identitaire. Benedetta appartient encore aux questionnements du XXe siècle, qui cherchaient à comprendre les mécanismes de la foi. Aucune des nouvelles données concernant les religions de nos jours ne sont présentes. La question de la foi, de sa nature et de tout ce qui en découle, est aujourd’hui totalement dépassée. La provocation de Verhoeven semble plus un jeu qu’une polémique. Ce qui n’enlève rien au plaisir du cinéma.

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Par Bernard Cassat. MagCentre.

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