La politique française de promotion internationale de la francophonie

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La Cour des comptes publie une évaluation de politique publique (EPP) consacrée à la politique française de promotion internationale de la francophonie. Alors que le nombre de francophones est compris, selon les sources, entre 345 et 396 millions en 2026, cette politique, qui contribue à l’influence de la France, vise à entretenir et à développer l’usage du français à l’étranger. Son coût annuel, en progression de 6,2 % entre 2018 et 2024, dépasse 2 Md€.
L’évaluation porte sur trois volets : l’enseignement du et en français à l’étranger, la diffusion de contenus numériques francophones et la valorisation du français comme langue de travail. Elle constate que la dispersion des acteurs, la fragmentation des responsabilités, le caractère souvent implicite des objectifs et la quasi-absence d’indicateurs rendent les effets des dépenses engagées difficiles à quantifier. La politique d’enseignement du français, qui repose sur des réseaux anciens et denses, ne remplit pas des objectifs ambitieux, qui doivent être davantage réalistes. Le soutien aux contenus numériques par les pouvoirs publics, volontariste, contribue à l’attractivité du français de manière encore inégale. Enfin, la promotion du français comme langue de travail nécessite une démarche plus systématique, structurée et mesurée.
Pour répondre à ces constats, la Cour formule dix recommandations visant à améliorer le pilotage et la mesure des résultats des actions de promotion et d’enseignement du français par les pouvoirs publics, à structurer l’action numérique et à renforcer les usages professionnels du français.

Une politique de l’enseignement du et en français à l’étranger dont l’efficacité dépend des contextes locaux

La France s’appuie à l’étranger sur des réseaux anciens et denses, mais leurs résultats sont contrastés et dépendent fortement des contextes locaux. L’insuffisance des données disponibles et l’absence d’agrégation de celles qui existent ne permettent pas de vérifier l’efficacité de la politique de promotion de la francophonie, dont la gestion reste fondée sur une logique de moyens plus que de résultats. Dans les instituts français et les Alliances françaises, le nombre d’apprenants et d’heures enseignées n’a pas retrouvé son niveau d’avant la crise sanitaire. Le réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) accueille 402 000 élèves dans 612 établissements, mais sa progression demeure très inférieure à celle envisagée en 2018. Malgré les gains de productivité enregistrés, dans un contexte de dégradation de la situation financière de l’Agence, l’objectif de 700 000 élèves en 2030 apparaît hors de portée. Il doit être revu à la baisse. Les progrès observés dans les systèmes éducatifs où le français est langue d’enseignement ne peuvent être directement attribués au seul appui de la France. Les filières universitaires francophones restent insuffisamment répertoriées et la coopération universitaire et scientifique n’accorde pas une place suffisante à l’enjeu francophone.

Un recours aux technologies audiovisuelles et numériques à encourager

Les technologies audiovisuelles et numériques constituent un levier stratégique pour diffuser le français, valoriser la diversité linguistique et renforcer un espace commun d’influence. Les outils d’apprentissage en ligne, les plateformes publiques et les contenus proposés notamment par l’Institut français, France Médias Monde et TV5 Monde facilitent l’accès à la langue et à des ressources francophones de qualité, en particulier pour les publics éloignés des réseaux éducatifs. Leur impact reste toutefois limité par les inégalités d’accès aux équipements et à une connexion de qualité. Les médias publics francophones contribuant à la diffusion d’une information fiable et pluraliste, dans un paysage exposé à la désinformation, il est proposé d’encourager la création, au sein de la francophonie multilatérale, d’un observatoire francophone de la désinformation. Il apparaît par ailleurs nécessaire d’élaborer une stratégie permettant de garantir l’accès aux contenus francophones et leur visibilité sur les moteurs de recherche et les plateformes. Enfin, l’intelligence artificielle ouvre des perspectives importantes, mais les données linguistiques restent dispersées et les initiatives insuffisamment structurées. Le soutien public contribue, certes, à l’attractivité numérique du français, mais de manière encore inégale et perfectible.

La promotion du français comme langue de travail utile et opérationnelle

Dans un contexte de domination linguistique de l’anglais, la valorisation du français comme langue de travail est contrastée : les leviers sont identifiés et plusieurs initiatives locales, pourtant efficaces, sont insuffisamment mises en valeur. Dans les organisations internationales, un écart croissant sépare le statut officiel du français de son usage quotidien, malgré ses atouts comme langue juridique et diplomatique. Le multilinguisme constitue un levier essentiel pour défendre sa place, mais les initiatives prises par la France ne font pas l’objet d’un suivi systématique et leurs résultats ne sont pas mesurés. A cet égard, la sélection d’indicateurs pertinents, quantitatifs et qualitatifs, constitue un préalable. Sur le plan économique, l’espace formé par les États et gouvernements membres de l’Organisation internationale de la francophonie rassemble 1,2 milliard de personnes. Il représente 16,5 % du produit intérieur brut mondial et 20 % du commerce mondial de marchandises. Le français peut ainsi constituer un instrument de confiance et de coopération pour les entreprises et favoriser la circulation des compétences. Il représente également un atout d’employabilité, à condition que son apprentissage soit relié aux besoins concrets, appréciés localement. Les dispositifs portés par les instituts français, les Alliances françaises, France Éducation international et l’Agence française de développement montrent en effet qu’une formation à la langue appliquée aux contextes et besoins ciblés de certains métiers est efficace et valorisante pour les apprenants. Le développement de cette francophonie professionnelle doit s’appuyer sur un bilan des bonnes pratiques, la mobilisation des acteurs économiques publics et privés comme celle des groupes d’ambassadeurs francophones.

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