La carte de désensibilisation orale est souvent utilisée une fois, montrée à l'enfant, puis rangée dans un tiroir : on ne sait plus trop quoi en faire les jours suivants. C'est dommage, car tout son intérêt tient à la répétition douce, jour après jour, dans le jeu et sans pression. Cet article rassemble douze activités avec la carte de désensibilisation orale, chacune décrite avec son objectif, sa durée, son déroulé, une variante plus facile et une variante plus difficile, plus un signe concret qui montre que l'enfant avance. L'idée : avoir toujours une nouvelle façon de reprendre la carte pour ne jamais lasser, ni l'enfant, ni l'adulte qui l'accompagne.
- ⏱️ 19 min de lecture
- 👥 Pour les familles et les aidants
- 🔄 Mis à jour en août 2026
Pour que le lecteur qui ne l'a jamais vue se la représente : c'est un support visuel imprimable qui présente une progression illustrée, du plus loin de la bouche vers le plus près, étape par étape — les mains, les joues, les lèvres, le contour, puis l'intérieur. Chaque étape est symbolisée par un picto simple et coloré. L'enfant voit d'un coup d'œil « où on en est », ce qui vient après, et surtout qu'il peut s'arrêter quand il veut. La carte ne remplace jamais l'accompagnement d'un orthophoniste, d'un ergothérapeute ou d'un médecin : elle rend visible et prévisible un chemin qui, sans elle, resterait flou et parfois angoissant.
L'essentiel en 30 secondes
Une carte de désensibilisation orale se fait vivre par le jeu quotidien, jamais par la contrainte. Trois principes tiennent tout : l'enfant guide, on avance par petits pas, on s'arrête avant l'inconfort.
- L'enfant décide — c'est lui qui montre l'étape du jour et qui dit « stop ». Ce contrôle est ce qui apaise et fait revenir.
- Court et souvent — quelques minutes chaque jour valent bien mieux qu'une longue séance une fois par semaine.
- Toujours par le jeu — grimaces, dînette, histoires, bruits rigolos : la carte est un support de jeu, pas un exercice à réussir.
- Varier pour ne pas lasser — même chemin, angles différents : on change l'habillage, jamais la règle de douceur.
- Un cadre professionnel — les objectifs, les textures et le rythme se décident avec l'orthophoniste ou l'ergothérapeute qui suit l'enfant.
Avant de commencer : 4 repères pour ne jamais forcer
Toutes les idées qui suivent reposent sur une même règle : la bouche est une zone intime, et l'enfant qui s'en méfie a de bonnes raisons de le faire. On n'obtient jamais rien de durable par la surprise ou l'insistance. On obtient tout par la prévisibilité, le jeu et le respect du rythme. Ces quatre repères valent pour les douze activités.
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L'enfant tient la commande
C'est lui qui montre l'étape sur la carte, lui qui pose sa main sur la vôtre, lui qui dit « encore » ou « stop ». On ne prend jamais son visage par surprise.
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Un tout petit pas à la fois
On reste longtemps sur une étape confortable avant d'en proposer une nouvelle. Reculer d'un cran n'est pas un échec, c'est la façon normale d'avancer.
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On s'arrête pendant que ça va bien
On termine sur une réussite et une bonne humeur, jamais sur un pleur ou un refus. Une séance qui finit bien donne envie de la suivante.
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On observe et on transmet
Une ligne par jour : quelle étape, quelle réaction. Ces notes servent à l'orthophoniste et à l'ergothérapeute pour ajuster ce qui est proposé.
⚠️ D'abord, l'avis du professionnel qui suit l'enfant
La désensibilisation orale concerne parfois des enfants avec des difficultés d'alimentation, une hypersensibilité sensorielle, un trouble du spectre de l'autisme ou des antécédents médicaux particuliers. Certaines étapes, certaines textures ou certains aliments peuvent être déconseillés — risque de fausse route, réactions, régime spécifique. Les activités ci-dessous sont des jeux d'accompagnement, pas un protocole médical : montrez cette liste à l'orthophoniste ou à l'ergothérapeute qui suit l'enfant, et appliquez leurs consignes. Devant tout signe de détresse, de douleur, ou toute difficulté à avaler, arrêtez et parlez-en à un médecin.
Apprivoiser et découvrir
Les trois premières activités ne demandent aucun contact avec la bouche. Elles servent à rendre la carte familière et rassurante, pour qu'elle devienne un objet de jeu attendu plutôt qu'un signal d'inquiétude. On peut y rester plusieurs jours : ce temps d'apprivoisement n'est jamais perdu.
1
Le tour de la carte
- Objectif — rendre le support familier et prévisible, sans aucune attente de contact. On installe l'idée qu'on connaît le chemin d'avance.
- Durée et matériel — 3 à 5 minutes, la carte imprimée posée à plat entre vous, dans un endroit calme.
- Déroulé — on regarde ensemble chaque picto, on le montre du doigt, on nomme : « là, ce sont les mains ; là, les joues ; tout au bout, la bouche ». On dit aussi et surtout : « on va aussi loin que tu veux, et on peut s'arrêter quand tu veux. »
- Plus facile — regarder seulement les deux ou trois premières étapes, celles qui sont loin de la bouche, et laisser la carte à côté sans rien en attendre.
- Plus difficile — demander à l'enfant de raconter lui-même le parcours, dans l'ordre, en montrant chaque étape.
- Signe que ça marche — l'enfant vient chercher la carte de lui-même, ou la reconnaît et sourit quand vous la sortez.
2
Le jeu du « je choisis »
- Objectif — donner à l'enfant le pouvoir de décider, ce qui est le meilleur moteur de l'adhésion. On travaille aussi la notion de choix.
- Durée et matériel — 3 à 5 minutes, la carte et, si vous le souhaitez, la roue des choix DYNSEO pour matérialiser la décision.
- Déroulé — « C'est toi qui choisis l'étape d'aujourd'hui. » L'enfant pose son doigt sur un picto. On fait uniquement celui-là, on félicite le choix, on s'arrête. Le message clé : choisir peu, c'est très bien.
- Plus facile — proposer seulement deux étapes très éloignées de la bouche entre lesquelles choisir : « les mains ou les joues ? »
- Plus difficile — l'enfant choisit deux étapes et décide de l'ordre, puis explique pourquoi.
- Signe que ça marche — l'enfant choisit spontanément une étape un peu plus proche de la bouche qu'hier, sans qu'on l'ait suggéré.
3
Le miroir des grimaces
- Objectif — mobiliser en douceur le visage et la bouche par le jeu, sans aucun contact imposé, et détendre l'ambiance autour de la zone orale.
- Durée et matériel — 5 minutes, un miroir, éventuellement le décodeur d'expressions faciales pour proposer des mimiques.
- Déroulé — face au miroir, on imite des grimaces : gonfler les joues, tirer la langue, faire un gros bisou dans le vide, montrer les dents comme un lion. L'adulte fait d'abord, l'enfant imite s'il veut. On rit, c'est le but.
- Plus facile — l'enfant regarde seulement l'adulte grimacer, sans imiter, puis désigne la grimace qu'il préfère.
- Plus difficile — enchaîner une petite série de grimaces dans l'ordre, ou inventer sa propre grimace et la faire deviner.
- Signe que ça marche — l'enfant lance lui-même une grimace nouvelle, ou touche ses propres joues et ses lèvres spontanément pendant le jeu.
Jouer avec les sensations
On approche maintenant des sensations, toujours en laissant l'enfant conduire. Rien de ce qui suit ne s'impose : l'enfant explore d'abord avec ses mains, puis, s'il le souhaite, se rapproche du visage. Les textures, températures et aliments proposés doivent avoir été validés en amont par le professionnel qui suit l'enfant ; on ne devine pas ce qui est adapté.
4
Le panier des textures, dans les mains d'abord
- Objectif — habituer progressivement au contact de différentes matières, en commençant loin de la bouche, là où c'est le plus facile à accepter.
- Durée et matériel — 5 à 10 minutes, un petit panier de matières douces variées choisies avec le professionnel (tissus, éponge, brosse souple), la carte à côté pour situer « où on en est ».
- Déroulé — l'enfant touche chaque matière avec ses mains, décrit ce qu'il ressent, choisit celle qu'il aime. S'il le veut, il approche la matière de son bras, puis de sa joue : jamais l'inverse. Chaque avancée est à son initiative.
- Plus facile — rester aux mains uniquement, sans jamais monter vers le visage : c'est déjà une étape complète.
- Plus difficile — l'enfant approche lui-même une matière douce de ses lèvres pendant une seconde, puis retire, à son rythme.
- Signe que ça marche — l'enfant tolère plus longtemps le contact, ou réclame une matière qu'il refusait la veille.
5
Le parcours des températures
- Objectif — familiariser avec des sensations de chaud et de frais tièdes, sources fréquentes d'appréhension, dans un cadre ludique et sécurisé.
- Durée et matériel — 5 minutes, des objets du quotidien à températures modérées et sans danger (une cuillère juste sortie d'un placard, une autre passée sous l'eau tiède), selon les consignes du professionnel.
- Déroulé — l'enfant touche d'abord avec le dos de la main, devine « plutôt frais ou plutôt tiède ? », puis, s'il le souhaite, approche l'objet de sa joue. On reste toujours dans des températures douces et confortables ; au moindre inconfort, on retire.
- Plus facile — deviner la température seulement avec la main, sans jamais approcher du visage.
- Plus difficile — associer chaque sensation à un mot ou à une image, puis anticiper : « à ton avis, celle-ci sera comment ? »
- Signe que ça marche — l'enfant nomme spontanément la sensation et accepte de la rapprocher un peu du visage sans crisper.
6
La chasse aux bruits de bouche
- Objectif — faire bouger les lèvres, la langue et le souffle par le jeu sonore, sans aucun contact, tout en travaillant en douceur la sphère orale.
- Durée et matériel — 5 minutes, rien ou presque : une paille et une plume à souffler, éventuellement l'échelle de la voix pour jouer sur le volume.
- Déroulé — on fabrique des bruits rigolos : claquer la langue comme un cheval, faire « pop » avec les lèvres, souffler pour faire avancer une plume, imiter le vent. L'adulte lance, l'enfant reprend s'il veut.
- Plus facile — l'enfant écoute et devine quel bruit vous faites, sans le reproduire.
- Plus difficile — enchaîner une petite mélodie de bruits, ou souffler la plume le plus loin possible et mesurer les progrès.
- Signe que ça marche — l'enfant invente ses propres bruits et joue avec sa bouche sans y penser, dans le plaisir.
La carte de désensibilisation orale, à télécharger et imprimer gratuitement
Le support complet, illustré et prêt à l'emploi : la progression étape par étape, les pictos et le repère « oui / stop ». Gratuit, imprimable, accessible en ligne sans créer de compte.
Des activités avec la carte de désensibilisation orale pour nommer et communiquer
La carte n'est pas qu'un chemin sensoriel : c'est un formidable support de langage et de communication. Nommer les étapes, raconter une histoire autour d'elles, dire « oui » ou « stop » — tout cela met des mots sur des sensations qui, sans langage, restent inquiétantes. Ces trois activités conviennent aussi aux enfants peu ou non verbaux, à condition d'associer les mots à des images et des gestes.
7
Nommer les étapes
- Objectif — enrichir le vocabulaire du corps et des sensations, et donner à l'enfant les mots pour dire ce qu'il vit.
- Durée et matériel — 5 minutes, la carte et, pour les enfants non verbaux, l'application MON DICO qui associe images et mots pour communiquer.
- Déroulé — on désigne un picto et on cherche ensemble les mots : la joue, douce, chatouille, ça pique, j'aime, j'aime pas. On accepte tous les mots de l'enfant, même approximatifs. On ne corrige pas : on reformule doucement.
- Plus facile — l'enfant désigne l'image quand vous nommez le mot.
- Plus difficile — l'enfant fait une petite phrase : « la brosse sur la joue, ça chatouille et j'aime bien. »
- Signe que ça marche — l'enfant utilise un mot de sensation de lui-même, pendant un repas ou une autre activité.
8
L'histoire de la bouche courageuse
- Objectif — dédramatiser par le récit, donner du sens au parcours et déposer l'idée que progresser est une aventure, pas une épreuve.
- Durée et matériel — 5 à 10 minutes, la carte comme fil de l'histoire, éventuellement des cartes de conversation pour relancer le récit.
- Déroulé — on invente ensemble l'histoire d'un personnage qui, comme l'enfant, apprivoise sa bouche étape par étape : il commence par les mains, il a un peu peur, il avance doucement, il est fier. L'enfant complète et choisit la suite.
- Plus facile — l'adulte raconte, l'enfant écoute et montre l'étape correspondante sur la carte.
- Plus difficile — l'enfant raconte lui-même l'histoire, ou la dessine, ou la rejoue avec une peluche.
- Signe que ça marche — l'enfant reprend l'histoire spontanément et s'identifie au personnage « courageux ».
9
Le « oui / stop »
- Objectif — apprendre à exprimer clairement l'accord et le refus, et vérifier que ce signal est toujours respecté : c'est la clé de la confiance.
- Durée et matériel — 5 minutes, deux cartes « oui » et « stop », ou le thermomètre des émotions pour situer le ressenti.
- Déroulé — avant chaque étape, l'enfant montre « oui » pour continuer ou « stop » pour s'arrêter. On respecte le « stop » immédiatement, sans négocier, sans soupirer. C'est cette fiabilité qui rend l'enfant capable de dire « oui » plus souvent, plus tard.
- Plus facile — un simple geste convenu suffit : pouce levé pour continuer, main ouverte pour arrêter.
- Plus difficile — l'enfant nuance : « oui mais moins fort », « encore une fois puis stop ».
- Signe que ça marche — l'enfant dit « oui » de plus en plus souvent, parce qu'il sait que son « stop » sera toujours entendu.
Vers le repas et le plaisir de la bouche
Ces trois dernières activités préparent, en douceur et par le jeu, le lien avec le repas — sans jamais transformer le moment du repas lui-même en séance de travail. On regarde, on sent, on joue : on ne demande jamais de goûter ni d'avaler. Toute question de textures, d'aliments et de sécurité à table relève de l'orthophoniste, de l'ergothérapeute ou du médecin qui suit l'enfant.
10
Le pique-nique des découvertes
- Objectif — apprivoiser des aliments par la vue et l'odeur, loin de toute obligation de manger, pour désamorcer l'appréhension avant même le repas.
- Durée et matériel — 10 minutes, quelques aliments choisis avec le professionnel, une nappe posée par terre pour l'ambiance « pique-nique ».
- Déroulé — on installe les aliments, on les regarde, on les décrit, on les sent. L'enfant les touche s'il veut, les rapproche de son visage s'il veut. Aucune consigne de goûter : la seule règle est qu'on peut tout observer sans rien avaler.
- Plus facile — regarder et nommer seulement, sans toucher.
- Plus difficile — l'enfant approche un aliment de ses lèvres pour sentir de plus près, à son initiative et selon les consignes du professionnel.
- Signe que ça marche — l'enfant accepte la présence d'un aliment qui, avant, provoquait un refus ou un mouvement