Mise en ligne le 24 septembre 2026
Son histoire commence loin de Mitry-Mory. En 1906, Madeleine Vernet, institutrice et militante féministe et pacifiste, crée à Neuilly-Plaisance L’Avenir social, un orphelinat ouvrier. Deux ans plus tard, l’institution déménage à Épône. Mais les difficultés financières sont nombreuses et Madeleine Vernet quitte finalement sa direction en 1923. Cette même année marque un tournant : la propriété de la Villette-aux-Aulnes est achetée avec l’aide de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) et, le 13 juin, les enfants quittent Épône pour s’installer à Mitry-Mory. Le lieu prendra alors un surnom qui restera dans les mémoires : le Nid.
Pensé pour accueillir les enfants du monde ouvrier, L’Avenir social grandit grâce au soutien des organisations syndicales. Entre 1924 et 1935, les dons affluent et permettent d’assurer son fonctionnement et d’améliorer les conditions d’accueil. Mais l’histoire du Nid se fond rapidement dans celle, plus tourmentée, de son époque. À partir de 1936, des syndicats et fédérations parrainent régulièrement la structure et, durant la guerre d’Espagne, des enfants de républicains espagnols y sont accueillis. En 1939, la guerre provoque la dissolution de L’Avenir social et la fermeture de la maison.
L’histoire ne s’arrête pourtant pas là. Pendant l’Occupation, le site est utilisé par des organismes de Vichy et par le Secours national. Puis, en 1944, il accueille la Maison de l’Enfant du Fusillé, destinée notamment aux enfants de résistants.es morts sous les balles de l’occupant. Après la Libération, l’établissement retrouve progressivement sa vocation. En 1950, L’Avenir social est reconstitué sous le parrainage de la CGT.
Les décennies suivantes voient le Nid évoluer avec son temps. En 1953, un nouveau bâtiment commence à sortir de terre, terrains de sport et équipements complètent progressivement le site. La vie de l’établissement reste parallèlement très liée au monde syndical et à ses combats.
Cette solidarité prend une nouvelle dimension avec la guerre d’Algérie. En 1962, le Nid accueille également les enfants de militants.es tués à Charonne et ceux de familles touchées par les conflits et les luttes sociales. Un an plus tard, pendant la grande grève des mineurs, l’Avenir social recueille 28 enfants du Nord-Pas-de-Calais, et les jeunes participent activement aux collectes pour le succès de cette grève.
Le Nid est aussi une maison où l’on grandit. Derrière les grandes dates se trouvent des enfants, des éducateurs.trices, des moniteurs.trices et des souvenirs de vie quotidienne. Certains.es y ont noué des liens qui ont perduré bien après leur départ.
En 1975, l’installation de l’aéroport de Roissy entraîne finalement la fermeture du Nid. Près de 70 ans se sont alors écoulés depuis l’initiative de Madeleine Vernet et plus d’un demi-siècle depuis l’arrivée de L’Avenir social à Mitry-Mory. Une page se tourne, mais pas sa mémoire. Derrière le Nid demeure l’histoire d’un lieu où se sont croisés éducation populaire, solidarité ouvrière et grands événements du 20e siècle, faisant de L’Avenir social un chapitre singulier du patrimoine mitryen.