La CSRD en discussion : un allégement probable, mais une dynamique inévitable - Upcyclea

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La Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) est actuellement en discussion et pourrait être allégée, voire reportée. Cette incertitude réglementaire donne l’impression à certaines entreprises qu’elles pourraient échapper à une contrainte lourde et coûteuse. Pourtant, penser que l’assouplissement de la directive signifie un retour au statu quo serait une erreur d’analyse.

La CSRD n’est que la partie visible d’un mouvement bien plus large : celui d’une transformation en profondeur du marché, où la compétitivité des entreprises est désormais directement liée à leur capacité à intégrer les exigences environnementales et sociales. Les régulateurs ne sont pas les seuls moteurs de ce changement : investisseurs, banques, clients et partenaires commerciaux imposent eux aussi de nouvelles règles du jeu.

La CSRD ne fait que formaliser une demande de marché déjà bien installée

Le principal objectif de la CSRD n’est pas d’alourdir les obligations administratives, mais de structurer et harmoniser une exigence déjà présente dans les dynamiques économiques. La transparence ESG (environnement, social, gouvernance) est devenue un critère clé de compétitivité. Les entreprises qui la considèrent uniquement comme une contrainte réglementaire passent à côté de l’essentiel : ce n’est pas la conformité qui compte, mais la capacité à prouver sa performance durable dans un environnement aux ressources limitées.

Une illusion de soulagement : les vraies exigences viennent du marché

Si la CSRD venait à être assouplie ou reportée, certaines entreprises pourraient crier victoire, pensant s’éviter une charge supplémentaire. Mais cette victoire serait de courte durée. La pression pour des entreprises plus vertueuses ne vient pas uniquement des textes réglementaires, mais des investisseurs, des banques et des clients qui attendent une réelle transformation.

1. Les investisseurs et banques exigent déjà des engagements ESG

Les critères ESG sont intégrés aux stratégies d’investissement et de financement. Les entreprises qui ne répondent pas à ces exigences se voient progressivement exclues des marchés financiers, avec un accès au capital plus difficile et plus coûteux. La CSRD ne fait qu’institutionnaliser une tendance qui est déjà en place.

2. Les clients et partenaires commerciaux imposent des standards plus stricts

Les grandes entreprises, elles-mêmes soumises à des exigences ESG, transfèrent ces obligations à leur chaîne d’approvisionnement. Les fournisseurs incapables de prouver leur engagement en matière de durabilité risquent de perdre leurs contrats. Cette tendance ne dépend pas de la réglementation, elle est déjà bien ancrée dans le fonctionnement des marchés.

Un monde aux ressources limitées : un enjeu économique avant d’être réglementaire

L’augmentation du coût des ressources et de l’énergie impose aux entreprises d’optimiser leur consommation. L’économie circulaire, la réduction des déchets et la baisse des émissions carbone ne sont plus des options stratégiques, mais des conditions de rentabilité à moyen et long terme. Attendre que la réglementation impose ces changements est une erreur : la réalité économique les rend déjà inévitables. Le sujet est donc moins de produire des indicateurs pour se conformer à une législation que de produire des indicateurs réellement utiles à la décarbonation. En ce sens, l’allégement de la CSRD n’est pas une mauvaise chose… si elle se concentre sur les indicateurs utiles.

Un enjeu majeur pour les gestionnaires de patrimoine

Cette transformation est particulièrement vraie pour les gestionnaires de patrimoine. La valorisation des actifs immobiliers et financiers est de plus en plus liée aux critères ESG. Les investisseurs privilégient désormais les biens et les portefeuilles qui répondent aux nouvelles attentes de durabilité et de performance environnementale. Un actif non conforme aux standards ESG risque de perdre en valeur et d’être moins attractif sur le marché. Pour les gestionnaires, il ne s’agit donc pas seulement d’un enjeu de conformité, mais d’un levier stratégique pour préserver la rentabilité et la liquidité de leurs investissements.

Transformer la contrainte en avantage concurrentiel

Face à ces évolutions, les entreprises ont deux choix : subir et attendre la contrainte, ou intégrer proactivement ces enjeux pour en faire un levier de différenciation. Celles qui prennent les devants s’assurent une meilleure attractivité vis-à-vis des investisseurs, des clients et des talents.

Les entreprises qui adoptent une stratégie durable volontariste ne le font pas pour se conformer à une réglementation, mais parce que c’est une question de compétitivité et de survie à long terme.

Conclusion : la réglementation n’est pas le problème, elle est un indicateur de la transformation en cours

Un allégement de la CSRD ne changerait rien à la direction que prend l’économie : seuls les acteurs qui s’adaptent à un monde plus exigeant en matière de durabilité continueront à prospérer. La compétitivité ne se joue plus uniquement sur le prix ou la performance financière, mais sur la capacité à prouver une performance durable.

Les entreprises qui se féliciteraient d’un assouplissement de la CSRD feraient une lecture erronée du marché : ce ne sont pas les régulateurs qui imposent la transformation, ce sont les règles économiques elles-mêmes. Attendre une baisse des exigences serait prendre le risque d’un retard irrattrapable face à une économie qui a déjà changé ses standards.

Recapiti
Camille Bideau