L’essentiel
Propriété de la commune, le château-musées de Blois est un site exceptionnel souffrant toutefois d’un certain nombre de lacunes en termes d’exploitation et de conservation. La commune doit consolider sa stratégie pour maintenir un haut niveau de fréquentation du site, dont la situation financière s’est redressée à la suite de la crise sanitaire.
Un site exceptionnel dont la gestion présente toutefois certaines lacunes
Le contrôle du château-musées de Blois s’inscrit dans le cadre des travaux de la formation inter-juridictions (FIJ) « Les collectivités face aux enjeux de leur patrimoine monumental ». Propriété de la commune depuis 1810 et classé monument historique en 1840, le château-musées de Blois, géré au travers d’un budget annexe, est protégé en tant que site patrimonial remarquable (SPR) et bénéficie d’un plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) actuellement en cours d’audit. Ayant bénéficié d’importantes campagnes de restauration de la fin des années 1990 jusqu’en 2008, l’édifice fait l’objet depuis lors d’un entretien régulier, mais ne dispose ni d’un diagnostic sanitaire ni d’un schéma directeur permettant de programmer ses travaux de restauration. Le site souffre par ailleurs de mauvaises conditions d’accessibilité et d’un service de sécurité incendie dont le juste dimensionnement et la montée en compétences ne sont pas encore totalement acquis.
En outre, quoique l’édifice bénéficie de l’appellation « Musée de France » depuis 2003, aucun projet scientifique et culturel (PSC) n’a encore été élaboré. Les conditions de conservation et de suivi des quelque 35 000 pièces de collections présentes au sein de l’édifice demeurent par ailleurs insuffisantes.
Une démarche stratégique à renforcer pour développer la fréquentation du château
Avec 359 000 visiteurs enregistrés en 2023 (dont 67 000 pour le spectacle son et lumière), le château de Blois a retrouvé son niveau de fréquentation de 2019. Bien que le public soit très majoritairement individuel et français, la clientèle « groupes » marque une progression de 22 % entre 2022 et 2023 grâce au public étranger (deux tiers des groupes adultes).
L’édifice et ses animations constituent à cet égard un levier économique majeur pour la commune, qui a capté près de la moitié du 1,3 million de nuitées enregistrées sur le territoire de l’agglomération blésoise en 2023. En raison d’un certain nombre de handicaps (absence d’espaces verts, localisation en centre-ville, insuffisance de l’offre hôtelière moyen de gamme) et de la présence d’autres sites remarquables à proximité immédiate, le maintien de la fréquentation du château impose un renouvellement et un enrichissement réguliers de l’offre de visite, auxquels la commune s’emploie.
Une situation financière en redressement malgré une fiabilité des comptes restant à consolider
Le budget annexe du château représente près de 4 % des produits de gestion de la commune. Sur la période contrôlée, les produits de gestion, portés par la dynamique des recettes d’exploitation une fois passée la crise sanitaire, apparaissent avoir progressé plus vite (+ 6,9 % par an en moyenne) que les charges (+ 2,4 %). Toutefois, en l’absence de facturation par le budget principal, ces dernières ne rendent pas compte de la totalité des concours apportés par la commune au fonctionnement du château.
Sous cette réserve, les recettes d’exploitation du château ont, depuis 2023, couvert les charges courantes retracées dans les comptes, permettant un redressement des soldes de gestion. Le travail de fiabilisation des comptes doit être poursuivi et, malgré plusieurs contrôles de la régie de recettes, dont le dernier procède d’un signalement pour suspicion de fraude, des actions correctrices doivent encore être engagées.
La politique d’investissement reste également portée par le budget principal, en méconnaissance des règles applicables. Malgré son importance stratégique pour la commune, le château ne dispose pas de plans pluriannuels d’investissement (PPI) et d’entretien (PPE), ce qui ne favorise pas la lisibilité ni le pilotage de la politique d’investissement.
À l’issue de son contrôle, la chambre a émis neuf recommandations. Elle examinera leur mise en œuvre dans un délai d’une année, après présentation au conseil municipal, conformément aux dispositions de l’article L. 243-9 du code des juridictions financières (CJF).