La disparition de Josef Mengele » - Franconville

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« LA DISPARITION DE JOSEF MENGELE » – UN SEUL EN SCÈNE SAISISSANT

Adapté du roman éponyme d’Olivier Guez, Prix Renaudot 2017, « La disparition de Josef Mengele » évoque l’une des grandes chasses à l’homme de la fin du XXe siècle. Rencontre avec Mickael Chirinian, qui a signé cette adaptation théâtre, et est l’unique interprète de ce seul en scène.

POUVEZ-VOUS NOUS RAPPELER L’HISTOIRE DE JOSEF MENGELE ?

Josef Mengele est un médecin nazi qui travaillait au camp d’Auschwitz de 1943 à 1945. Après la guerre, il a fui en Argentine, comme de nombreux nazis. « La disparition de Josef Mengele » raconte donc la fuite de ce médecin. À travers ce récit, le lecteur va aussi découvrir ce qu’il a pu faire dans le camp. Il s’agit surtout du parcours d’une impunité, car Josef Mengele ne sera jamais puni.

POURQUOI AVOIR SOUHAITÉ ADAPTER LE ROMAN D’OLIVIER GUEZ SUR SCÈNE ?

Je trouve ce roman incroyablement bien écrit. Il y a tout d’abord l’histoire qui est saisissante. Si ces fuites de nazis ont été possibles, c’est parce qu’il y avait des complicités politiques, financières, familiales et amicales. Comme toutes les histoires d’impunité, il faut des alliés pour rester en fuite. Le livre raconte une partie d’histoire que je connaissais mal, et qu’on connaît tous mal : qu’est-il arrivé à tous ces anciens nazis de 1949 à nos jours ? Le dossier
de Josef Mengele s’est définitivement clos en 2016, c’est-à- dire aujourd’hui.

Quand j’ai lu ce livre, j’ai trouvé qu’il était plein d’oralité. C’est une fuite racontée à la troisième personne : « il fait ça », « il est là » … L’auteur nous met dans les pattes cet homme, dans une intimité et une immersion totale dans sa fuite. Ce qui donne l’impression d’être avec lui, à ses côtés, mais en gardant toujours, face à ce « il », une certaine distance. Malgré un mal absolu, cette proximité nous rappelle que c’est aussi un homme. J’ai voulu reproduire cette immersion sur scène. Je suis seul pour raconter la solitude. Car même s’il a toujours été aidé par des alliés, Josef Mengele était dans une extrême solitude. C’est aussi pour ça qu’il a réussi à passer entre les mailles du filet.

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE LA CONFRONTATION ENTRE JOSEF MENGELE ET SON FILS ?

Il s’agit du point d’acmé du roman et de l’adaptation théâtrale. Pendant un temps, il a été dit à son fils que son père était mort, pour brouiller toutes les pistes et effacer toutes les traces. Mais il l’a tout de même rencontré sous différentes identités, sans le savoir. Quand la presse mondiale a commencé à parler de Mengele, sa photo a été publiée dans les journaux. On a commencé à parler de toutes ses exactions. Le fils a vu que c’était son père.
À partir de là, une correspondance a commencé à se mettre en place entre le père et le fils. Ce dernier va chercher à comprendre, car il y a cette histoire d’héritage, à partir du moment où il est le fils d’un monstre. Il va rencontrer son père à la fin de sa vie. Il va lui faire le procès que tout le monde a envie de lui faire, et le seul qu’il aura. Ce fils, c’est nous, car nous sommes héritiers d’un monde qui a permis ça, où des hommes ont fait du mal à ce point là à d’autres hommes, et ça continue. Ce roman, même s’il est ancré historiquement, avec la Seconde Guerre Mondiale, je trouve que malheureusement il contient quelque chose qui sera toujours valable.

Bord de scène à l’issue du spectacle

Recapiti
Océane Presutti