De la modélisation mathématique à l’open source : le parcours inspirant d’Algiane Froehly

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Mis à jour le 02/07/2026

Algiane Froehly, ingénieure au Centre Inria de l’université de Bordeaux, allie expertise technique et engagement pour l’open source. Son parcours, marqué par la modélisation mathématique et le développement de logiciels libres, illustre l’intérêt de cette expertise en recherche publique pour des secteurs comme l’aéronautique ou l’énergie. Rencontre avec une passionnée qui place l’humain, la transmission et l’équité au cœur de son travail.

"Elles font le numérique" est une série qui met en lumière les parcours et les réalisations de femmes scientifiques dont les recherches en sciences du numérique façonnent notre avenir. 

Histoire et parcours

Peux-tu nous retracer ton parcours ? 

Après un bac scientifique spécialité « maths », je me suis inscrite en première année de médecine. J’ai vite réalisé que ce n’était pas pour moi ! J’ai trouvé refuge en licence de maths à l’université de Bordeaux. J’y ai découvert la modélisation numérique. C’était passionnant ! En fin de deuxième année, j’ai donc intégré l’école d’ingénieurs ENSEIRB-MATMECA. J’ai continué en thèse sous la direction de Rémi Abgrall et de Cécile Dobrzynski.

Rejoindre le monde de la recherche a toujours été une évidence au cours de ton parcours ? 

Pas immédiatement. J’ai effectué mon stage de fin d’études en entreprise. Par la suite, Cécile et Rémi m’ont proposé une thèse. Cette expérience m’a permis d’ « apprendre à apprendre ». J’ai besoin de comprendre pour agir, ce que permet la recherche !

Est-ce que la recherche est pour toi une passion ? 

Les rencontres humaines me passionnent dans ce domaine ! C’est très épanouissant : le mélange des cultures et des trajectoires, la diversité des rencontres et des collaborations, les idées nouvelles … C’est un écosystème vraiment riche et stimulant.

Recherche et ambition

Peux-tu nous parler plus précisément de ton parcours au sein d’Inria ?

Chez Inria depuis neuf ans, j’ai débuté comme ingénieure pour aider Cécile Dobrzynski, Charles Dapogny et Pascal Fey, des chercheurs de différents instituts à stabiliser un logiciel libre qu’ils développaient. Nous avons entamé un projet de transfert afin de financer les besoins ingénieurs en lien avec la diffusion du code. 

Au même moment, Inria lançait un programme dédié au transfert open source, InriaSoft. J’ai été recrutée par la Fondation Inria dans ce cadre pour travailler au développement de la plateforme Mmg avec les chercheurs et les acteurs soutenant le projet.

En 2024, j’ai rejoint le service expérimentation et développement du Centre Inria de l’université de Bordeaux. J’avais envie d’explorer de nouvelles thématiques et de développer des collaborations de proximité. J’ai rejoint les équipes Makutu puis CAGIRE.

Quels sont les travaux de recherche de CAGIRE et peux-tu nous décrire ton poste actuel ? 

CAGIRE développe des outils pour la simulation numérique des écoulements fluides. Leurs thématiques de recherche vont du développement de modèles physiques aux schémas numériques et à leurs applications. Leurs travaux permettent de simuler des écoulements « réels » rencontrés notamment dans de nombreux problèmes industriels : l’aéronautique, la production d’énergie, la médecine… Je contribue notamment au logiciel libre ECOGEN, développé par Kevin Schmidmayer et ses partenaires. C’est un logiciel dédié aux écoulements compressibles et multiphasiques. Des phénomènes où chaque matériau a des caractéristiques spécifiques (densité, pression, vitesse…) et réagit différemment. Cela permet par exemple de simuler la dynamique des bulles et des phénomènes de cavitation qui peuvent être très violents et que l’on souhaite pouvoir anticiper et contrôler. 

Quel impact aimerais-tu que tes travaux aient dans le milieu de la recherche ? De quoi es-tu la plus fière dans ton travail ? 

Je suis fière de travailler sur des logiciels libres dans la recherche. 

Verbatim

Un de nos rôles, en tant qu’ingénieur.es, est de développer des briques logiciels utiles à tous, des laboratoires de recherche aux industriels, pour l’intérêt général.

Nos outils sont conçus pour être accessibles et intégrables. J’apprécie aussi la transmission avec la communauté doctorante et les jeunes ingénieur.e.s, leur donner des compétences clés pour leur future carrière. J’aime prendre le temps de me former et d’acquérir une culture scientifique et technique et transmettre mes savoir-faire autour de moi. 

Est-ce qu’il y a une inspiration qui a nourri ton parcours ? Une figure motivante, un élément déclencheur ? 

Mes rencontres ont influencé clairement mes choix : un professeur de modélisation passionnant en licence, un ami de promo qui m’a fait découvrir l’EINSEIRB- MATMECA… Ma rencontre la plus décisive reste Cécile Dobrzynski, ma directrice de thèse. Nous avons travaillé au développement et au transfert de la plateforme open source de remaillage Mmg. Son énergie, sa détermination, son enthousiasme, sa combattivité m’ont profondément inspirée.

Parité et inclusion

Tu évolues donc dans le monde de la recherche, un milieu plutôt masculin. As-tu ressenti des difficultés à te faire une place ?

Je suis entourée de personnes ouvertes et partageant mes centres d’intérêts. La recherche crée une « bulle », où la façon de penser prime sur le genre. Pour autant, il est crucial d’aborder régulièrement des sujets comme la parité et l’équité : mon point de vue a énormément évolué avec le temps, le vécu et les échanges. La première fois que j’ai rédigé une annonce d’emploi, j’ai réalisé l’importance des mots et de l’écriture inclusive et à quel point j’étais imprégnée de stéréotype de genres.

D’après toi, qu’est ce qui pourrait être mis en œuvre pour réduire l’écart femmes/hommes dans le domaine de la recherche ? 

Aujourd’hui, le nombre de lycéennes choisissant la spécialité « mathématiques », matière pourtant essentielle aux carrières scientifiques, a chuté drastiquement. Avec le système actuel, j’aurais choisi Physique et SVT pour rejoindre médecine et ma réorientation aurait été difficile. Ces choix d’orientation précoces, alors qu’ils ne maitrisent pas les systèmes de sélection des formations post-bac favorisent la reproductibilité sociale - et donc de genre. Il faudrait permettre l’accès à toutes les matières scientifiques jusqu’au bac.

Heureusement, il y a des initiatives pour faire bouger les lignes. Par exemple, celle de l’institutrice de mon fils en CE2 qui avait invité les parents à parler des maths dans leur métier. Il y avait un charpentier, une neurologue… et moi car les maths n’ont pas de genre ! 

Verbatim

Il faut favoriser la diversité sous toutes ses formes et donc l’accueil des femmes dans les environnements historiquement masculins et inversement !

En dehors de la recherche

Est-ce qu’en dehors de la recherche tu as un passe-temps, une passion ? 

Des pratiques sportives pour déconnecter : je pratique la course à pied et l’escalade, j’essaie également de me déplacer à vélo pour tous les trajets du quotidien. J’ai aussi débuté le piano il y a quelques années !

Tu as un mantra dans la vie ?

Savourez l’instant présent. J’essaie de réduire mon impact écologique et de transmettre cette sensibilité à mes enfants. Il est urgent d’agir maintenant pour préserver l’habitabilité de notre planète. Le bonheur réside dans les rencontres, les moments partagés et les expériences, pas les objets. Sans renoncer à tout, on peut repenser la notion de bonheur pour nous et les générations futures

Pour terminer, as-tu un conseil à partager avec les prochaines générations, notamment avec les lycéennes ou étudiantes en plein questionnement d’orientation scolaire ?

Verbatim

Faites-vous confiance ! Allez vers les matières que vous aimez : on apprend et on avance mieux ainsi.

Le projet professionnel viendra naturellement. Si vous évoluez dans un domaine qui vous plait, vous rencontrerez des personnes qui partagent cette passion et vous avancerez ensemble. 

Recapiti
Inria