Q&R - Point de presse live (22.01.26)

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Q - J’ai une question sur la Syrie et les Kurdes. Il y a des manifestations depuis plusieurs jours à Paris. Les Kurdes se sentent abandonnés par les États-Unis et la France. Qu’avez-vous à leur répondre ? Et est-ce que vous avez des éléments d’information sur les djihadistes qui se seraient évadés de prison ? Est-ce que vous avez des éléments à nous communiquer à ce sujet ? Est-ce qu’il y a une crainte particulière de djihadistes qui pourraient agir jusque sur notre sol ?

R - Merci beaucoup et je pense qu’il y aura plusieurs autres questions sur ce sujet. C’est l’occasion pour moi de vous redonner un peu de contexte sur notre position sur ce sujet. Nous sommes là impliqués dans deux points. Le premier, c’est de soutenir cette Syrie avec une pleine inclusivité des différentes communautés et en évitant toute violence. La deuxième, c’est d’éviter toute résurgence de foyers de Daech. C’est un peu les deux éléments principaux. S’agissant des sujets des FDS et en particulier des Kurdes du Nord-Est syrien. Il y a eu un accord le 10 mars dernier que nous avions soutenu, que nous avions salué. Il y a eu un second accord le 18 janvier, il y a quelques jours, qui a donné lieu derrière à de nouveaux affrontements. C’est pour cela qu’à la fois le président de la République et le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères se sont impliqués fortement avec leurs homologues pour faire cesser au maximum ces violences. Nos efforts, ils vont dans différentes directions. La première, c’est celle de l’aspect sécuritaire. Et donc là, on parle de l’intégration des FDS. Il faudra un accord d’intégration. Il faudra aller vers cette paix plus durable. Nous avons quatre jours depuis mardi dernier et c’est le sens de nos efforts à tous les niveaux, y compris, bien sûr, au niveau local. Vous savez que nous avons un chargé d’affaires à Damas qui est aussi, évidemment, à la manœuvre. Donc, les trois éléments, c’est à la fois l’intégration des forces démocratiques syriennes dans les forces armées syriennes, bien sûr, le respect des droits culturels dans la nouvelle Syrie, vous aviez noté le cadre du décret présidentiel du président al-Charaa qui a été publié il y a quelques jours, et puis enfin les aspects politiques. Ce sont ces éléments de négociation qui sont en cours sur le sujet. Enfin, dernier point, évidemment nous ne lâchons pas les Kurdes, nous savons ce que nous leur devons dans notre lutte face à l’extrémisme de Daech, ce sont nos frères d’armes, et nous sommes directement impliqués dans ces négociations auprès d’eux.

Q - J’ai plusieurs questions. Sur les Kurdes, il y a l’accusation que les Kurdes ne sont pas en train d’accepter l’offre ou les propositions que le gouvernement leur fait. Est-ce que vous voulez commenter sur cela ?

Une deuxième question sur le Board of Peace ou ce « conseil de paix » qui a été annoncé il y a quelques heures. Est-ce que la France craint aujourd’hui une marginalisation quelconque à cause de ce qui se passe ? Il y a pas mal de pays qui en font partie, inclus l’Arabie saoudite qui est votre partenaire dans la déclaration de New York, qui a eu beaucoup d’annonces sur Gaza par Trump. Est-ce que vous craignez une marginalisation et est-ce que vous allez considérer rejoindre ce Conseil peut-être dans le futur après avoir écouté les annonces de Trump ?

J’ai une question sur le Liban. Vous avez dit que le ministre Barrot a rencontré le Premier ministre Salam. Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage ? Hier, le Président a transmis un message très clair aux Français et aux Américains, leur demandant des mesures directes et claires pour arrêter l’impunité d’Israël à cause de l’escalade qu’on a vu hier. Ils ont commencé à bombarder le nord du Litani. Et le Président dit que les Israéliens ne prennent au sérieux le travail du gouvernement, surtout que le sud, le désarmement a été accompli selon l’armée.

Et puis une dernière question sur le Groenland. Est-ce que vous pouvez confirmer qu’il va y avoir une re-négociation de l’accord de défense entre le Danemark et les États-Unis ? Est-ce que c’était vraiment la proposition que Mark Rutte a faite hier à Trump ?

R - Alors, je je vais reprendre dans l’ordre que vous avez donné. Sur les Kurdes, la France, elle reste engagée comme elle l’a été pour soutenir ce processus et surtout faciliter le dialogue entre les deux parties, pour trouver une solution qui soit à la fois négociée, mais surtout qui soit durable, en étroite coordination avec ses partenaires, et en particulier ses partenaires américains, qui sont présents, et les partenaires régionaux. Donc après, je ne m’exprimerai pas plus sur la position des Kurdes, je vous laisse éventuellement les interroger en direct.

Sur le Board of Peace, est-ce que l’on craint une marginalisation ? Ce n’est pas du tout comme cela que l’on approche le sujet. Le sujet, c’est lequel ? Vous savez, notre engagement sur la volonté de rétablir une crédibilité pour avoir la solution à deux États. C’est ce que nous avons fait avec nos partenaires saoudiens pendant plus d’un an, aboutissant à l’AGNU. Dans ce cadre-là, il y a ensuite eu après, l’accord de paix, l’accord de Charm el-Cheikh. Dans le cadre-là, il y avait notre volonté d’avoir une résolution au Conseil de sécurité des Nations unies, qui a été adoptée mi-novembre, la 2803, qui prévoit que le Board of Peace, qui peut être actif jusqu’au 31 décembre 2027, qui rapporte tous les six mois au Conseil de sécurité, s’occuperait de Gaza. Quand nous avons été invités à rejoindre ce Board of Peace, quand nous avons vu ensuite la charte du Board of Peace, nous avons vu que plusieurs éléments de cette charte ne correspondaient pas ; d’une part au mandat purement relatif à Gaza, qui n’y est pas mentionné, et d’autre part, il y avait des éléments de cette charte qui étaient contraires à la Charte des Nations unies. Vous savez que, comme État cofondateur des Nations unies, nous sommes extrêmement attachés, évidemment, à cela. Donc, notre approche, elle est celle-ci : elle n’est pas de se dire qu’on le rejette, elle est de dire qu’à ce stade, on ne le rejoint pas, parce que ces éléments ne sont pas en lien avec ce qui était prévu dans la résolution 2803.

Enfin, notre solution, c’est de continuer à soutenir les Nations unies auxquelles nous sommes extrêmement attachés, mais en poursuivant la réforme de ces Nations unies pour qu’elles soient toujours plus efficaces. Et c’est notamment le dernier élément du discours du ministre à la conférence des ambassadrices et des ambassadeurs, dans lequel il appelait à ce qu’une initiative puisse être prise cette année pour avoir cette réforme. Après on pourrait re détailler notre position sur cette réforme, pour qu’en gros le Conseil de sécurité des Nations unies soit toujours plus légitime et représente l’état des forces sur la scène internationale.

Votre troisième question portait sur le Liban, sur ce que s’étaient dit le ministre et le Premier ministre libanais. Le communiqué de presse sortira après cette conférence, mais tous les sujets ont été abordés, notamment les sujets bilatéraux, mais aussi les sujets régionaux, notamment la conférence de soutien aux forces armées libanaises qui se tiendra le 5 mars prochain à Paris, vous le savez. Le ministre a rappelé notamment le plein soutien de la France aux efforts des autorités libanaises pour restaurer la souveraineté sur l’ensemble du territoire, dans le cadre de la deuxième phase annoncée par les forces libanaises il y a maintenant quelques semaines. S’agissant ensuite des réactions aux propos du président Aoun, Israël, comme l’ensemble des parties, est tenu de respecter ses obligations au titre de l’accord de novembre 2024, mais plus largement au titre du droit international.

Nos priorités sont le respect du cessez-le-feu du 27 novembre dernier et la restauration de la souveraineté du Liban sur l’ensemble de son territoire, l’établissement notamment du monopole de l’État sur les armes sur l’ensemble du territoire libanais. Pour ce faire, nous sommes mobilisés avec nos partenaires, les Américains, au sein du mécanisme de surveillance, et nous préparons activement avec les États-Unis et l’Arabie saoudite cette conférence.

Q - Ce mécanisme il ne sert à rien en somme ?

R - Non, je ne dirais pas cela. Notamment, il y a toute une partie du mécanisme qui est la notification, qui est extrêmement importante dans cette partie du débat. Mais après, effectivement, nous avons là des efforts à faire et des messages que nous passons aux autorités israéliennes.

Votre quatrième question portait sur le Groenland et la renégociation de l’accord de défense entre le Danemark et les États-Unis. Je n’ai pas d’élément à apporter sur les discussions entre M. Rutte et M. Trump hier soir. Nous avons pris note des différentes déclarations faites hier dans la soirée et nous saluons tout progrès qui, sur ce dossier, irait vers une solution qui, premièrement, ne remettrait pas en cause la souveraineté d’un État européen, qui, deuxièmement, ne mettrait pas en avant des droits de douane escalatoires, et puis enfin, qui prendrait en compte la sécurité de l’Arctique, une priorité bien identifiée évidemment par nous-mêmes, mais aussi par l’ensemble des membres de l’OTAN. Sur cette question, la France se tient prête, et nous l’avons dit. Nous participons à des exercices militaires en ce moment à la demande des autorités danoises, et nous avons aussi proposé qu’une opération OTAN soit faite dans cette région, parce qu’en fait il y a le sujet du Groenland, mais si vous prenez du recul, il y a le sujet plus large de l’Arctique au sens plus global. Enfin, sur la renégociation précise entre le Danemark et les États-Unis, il s’agit d’un accord bilatéral, raison pour laquelle je vous renvoie vers les deux autorités en question.

Q - Bonjour, j’aimerais qu’on reparle un peu aussi de la situation au Kurdistan syrien, en rappelant que des images affreuses nous parviennent sur les réseaux sociaux et même par des canaux et des contacts sur place. Ce matin, je me suis réveillé avec des images de civils qui sont assassinés en pleine rue dans certaines villes du nord de la Syrie. Tout ça est filmé et diffusé comme à l’époque de l’État islamique. Ces massacres ont commis, on le rappelle, les forces de Damas, bien sûr soutenues par Ankara, mais aussi par l’approbation de M. Trump, comme on l’a appris le 20 janvier dernier, il y a donc deux jours. Ce même jour, le président états-unien rendait public un SMS envoyé par M. Macron, où il était décrit à l’intérieur, je traduis, « Mon ami, nous sommes complètement alignés sur la Syrie. » Pourtant, l’avant-veille, le président Macron faisait savoir qu’il avait joint M. al-Charaa pour se dire inquiet de l’escalade des violences contre les Kurdes, on imagine. Nous voici donc face à un problème, parce que je vous ai entendu à l’instant répéter la position française, c’est-à-dire que vous avez utilisé le terme de « frères d’armes », etc. On entend ce positionnement, c’est déclaratif. Vous allez pouvoir peut-être m’expliquer quelles sont les actions que les Français mettent en place pour aujourd’hui éviter les massacres dont nous sommes témoins. Mais quelle est donc en vérité aujourd’hui la position réelle, française, sur ce sujet-là, quand nos amis kurdes, dont jamais la France n’oubliera l’engagement dans le combat contre Daech, pour citer les mots de M. Macron ? Donc ça, c’est ma première question.

Mais la deuxième, elle va avec, puisque vous parlez à l’instant des minorités, du respect des minorités. Je rappelle qu’il y a eu des massacres d’Alaouites en mars, des Druzes en juillet, puis maintenant des forces kurdes et des Kurdes, des civils, on l’a vu encore ce matin, qui montrent qu’il n’y a pas de respect de la part du pouvoir de Damas des minorités. Vous répétez à l’instant être fidèle aux Kurdes, mais est-ce que, ma foi, est-ce que ce n’est pas incompatible d’en même temps soutenir, je vais être clair, l’intégration de ces minorités, le souhait affiché par notre pays, mais aussi en façade peut-être, vous allez pouvoir m’expliquer ça peut-être, par M. al-Charaa, d’intégrer ces minorités dans la nouvelle Syrie, c’est donc le souhait de M. Trump ? Est-ce que la France, sans le dire, est alignée quelque part sur les États-Unis, une fois encore, sur ce dossier, sans pouvoir l’assumer, et fait une différence en disant juste « les Kurdes sont nos amis », mais ce serait que déclaratif ?

R - Nous sommes des alliés, mais nous ne sommes pas des alignés. Vous savez que c’est un peu notre élément quand je vous réponds là-dessus. Non, je veux vous redire notre pleine solidarité avec, évidemment, les Kurdes, auxquels nous sommes liés, même par le sang, sur ces dernières années. Nous appelons les autorités syriennes à leur pleine responsabilité dans la protection de tous les civils, dont les civils kurdes. On a eu, par le passé à ce podium notamment, les mêmes mots quand des accusations d’exaction contre d’autres communautés, notamment la communauté alaouite, comme vous les mentionniez, pour faire en sorte que les autorités syriennes aillent chercher les coupables et puis mettent en place un système d’enquête, puis de judiciarisation. Donc cela fait tout à fait partie de nos discussions dans la relation bilatérale et des éléments qui sont de négociation disons, fortes, intenses, qui ne sont pas forcément toujours très publiques, mais nous privilégions l’efficacité sur ces sujets. Et donc, cela fait tout à fait partie de nos discussions avec les autorités syriennes. Je vous l’ai dit, le Président s’est mobilisé, a échangé avec les différentes parties, le ministre et le ministère également. Donc, cela fait tout à fait partie des messages que nous passons.

Enfin, vous disiez « ce que font les Américains », moi, je ne m’exprime pas pour les Américains.

Q - (inaudible)

R - Ce que nous voulons, c’est la stabilisation. Je ne sais pas ce que veulent les Américains. Ce que nous, on veut, c’est la stabilisation de la situation, la cessation des violences (hostilités) . C’est ce à quoi nous nous sommes employés depuis mardi, puisqu’il y a cette trêve de quatre jours depuis mardi sur laquelle nous essayons au maximum, sur le terrain qui est fragile, que les différents paramètres que je vous citais, c’est-à-dire l’intégration à la fois politique, l’intégration militaire et le respect des droits culturels, puissent être… Est-ce que cela va être résolu dans les jours qui viennent ? Je ne sais pas, je n’ai pas plus de boule de cristal que vous. En tout cas, c’est ce que nous faisons et nous sommes sur place pour avancer sur ce terrain avec eux.

Q - Bonjour, donc je vais reparler du SMS envoyé par le président Donald Trump et révélé par Donald Trump.

R - Je redirai que je ne suis pas le porte-parole de l’Élysée, je suis le porte-parole du ministère de l’Europe et des affaires étrangères.

Q - Oui, d’accord, mais ça mérite quand même un peu une explication, on n’a pas accès au président tous les jours. Oui, peut-être que vous pouvez nous aider à interpréter ce SMS dans lequel le président Macron dit que nous sommes alignés sur la Syrie et l’Iran, mais pas sur le Groenland. Comment faut-il le prendre, s’il vous plaît ? En gros, on est d’accord pour bombarder l’Iran, la Syrie et abandonner les Kurdes, mais pas touche à l’Union européenne, c’est ça ? Le président Macron a critiqué un néocolonialisme, un néo-impérialisme de Donald Trump, mais que fait-il d’autre ici par ce SMS que de proposer une continuité du néocolonialisme et du néo-impérialisme, mais en nous incluant en fait ? En gros, ne nous excluez pas de ce système…

R - Non, je crois qu’il assume tout à fait ce qu’il dit en privé comme ce qu’il dit en public. Qu’est-ce que l’on peut tirer de cela ? Le Président de la République dit qu’il ne comprend pas ce que le président Trump fait sur le Groenland, et c’est très exactement la position que nous avons tous tenue, une position qui était de dire que le Groenland appartient aux Groenlandais et qu’il y a un principe de respect des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est ce principe-là qui a fait que nous avons assumé de pouvoir dire non, y compris à des alliés proches avec lesquels nous avions cette divergence d’approche. Et vous avez vu, ces derniers jours, la France, en coordination avec les pays européens, travailler à cette unité européenne pour avoir une réponse européenne calme, non escalatoire, mais qui affirmait également que « voilà nos intérêts et voilà ce que l’on veut vous dire. »

Par ailleurs, sur les autres sujets, puisque vous les mentionnez, sur l’Iran, je crois que nous n’avons pas eu de mots assez forts pour condamner la violence d’État, les milliers de manifestants qui sont morts sur place. Nous avons là-dessus activé à la fois, au niveau européen, la volonté d’aller chercher les coupables et de pouvoir commencer à mettre en place des sanctions européennes contre eux, et puis en même temps, d’être en solidarité avec la population iranienne sur place qui passait notamment par, là ici par exemple, l’idée d’un travail avec EUTELSAT pour voir comment nous pouvions éventuellement les aider à récupérer un accès à l’Internet. Le quatrième élément sur l’Iran, et là c’était beaucoup plus classique, mais c’était, comment nous protégions nos ressortissants et notre poste qui était encore sur place. Donc encore une fois, je crois que le Président était très clair, c’est-à-dire, était très à l’aise sur ce qu’il disait en privé, ce qu’il disait en public, et en tout cas notre position sur les différents sujets que je vous ai mentionnés. Je ne reviens pas sur la Syrie parce que je vous ai déjà dit ce que l’on en pensait.

Q - Je pense que, du point de vue des pays du Sud, ce n’est pas du tout perçu de la façon dont vous l’interprétez, mais peu importe. Je vais passer à la deuxième question concernant la Palestine occupée. Il y a des bombardements tous les jours, Israël viole le cessez-le-feu tous les jours. Hier, il y a eu 11 morts, dont deux enfants et trois journalistes, dont un travaillait pour l’AFP. Son dernier sujet, il l’a rendu lundi. Israël a détruit le siège de l’UNRWA, qui est l’agence des Nations unies à Jérusalem-Est, en violation totale du droit international, en violation totale de la Charte de l’ONU. Qui protège les Palestiniens ? Qu’attend la France pour prendre des sanctions contre Israël ? Il y a une pétition qui circule

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