Dans les années 1980, la prise de conscience de la persistance de l’illettrisme en France a conduit à la mise en place d’une action publique spécifique pilotée, depuis 2000 par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI). Groupement d’intérêt public (GIP) rassemblant État, collectivités territoriales ou opérateurs de compétences, l’ANLCI définit l’illettrisme comme la difficulté à maîtriser les compétences de base malgré une scolarisation en France. Cette définition structure son action mais exclut les publics allophones, dont la prise en charge relève du ministère de l’Intérieur. A la suite de la crise rencontrée par l’agence entre 2018 et 2019, la Cour des comptes avait publié un rapport en 2021, formulant trois recommandations. La présente publication revient sur les évolutions de l’ANLCI depuis cette date et en particulier sur la mise en œuvre de ces recommandations.
La Cour met en avant plusieurs constats :
- Une première recommandation de 2021 portait sur la redéfinition du rôle de l’ANLCI afin de favoriser l’accès de tous aux compétences linguistiques de base, sans se limiter aux personnes ayant été scolarisées en France. Sans nier les particularités de certaines des personnes ayant été scolarisées en France, la Cour estimait que la séparation stricte d’avec les populations non scolarisées dans notre pays, promue par, l’agence revêtait un caractère artificiel et était source de complexité pour de nombreux acteurs de terrain. En février 2022, le Premier ministre avait répondu à la Cour qu’il écartait une évolution du périmètre d’action de l’ANCLI à ce stade. En 2025, la direction de l’ANLCI comme ses autorités de tutelle confirment cette position.
- La deuxième recommandation de la Cour, visant à évaluer régulièrement l’ampleur de l’illettrisme en France selon les critères retenus par les études internationales, a été entièrement mise en œuvre. En 2022, l’enquête nationale « formation tout au long de la vie », menée par l’Insee, a permis de mettre à jour les données sur la maîtrise des compétences de base, remontant alors à 2011-2021. Cette enquête a mis en évidence la persistance de l’illettrisme, en dépit du renouvellement des générations : 10 % des personnes habitant en France âgées de 18 à 64 ans éprouvent des difficultés dans les domaines fondamentaux de l’écrit.
- La troisième et dernière recommandation de la Cour avait pour objectif de mettre en place une action territoriale effective de l’ANLCI en développant un partenariat systématique avec le réseau des centres ressources illettrisme et analphabétisme (CRIA). Celle-ci a été complètement mise en œuvre, notamment grâce au renforcement de l’agence par le recrutement de 18 chargés de mission, permettant d’ancrer la lutte contre l’illettrisme dans des politiques publiques locales. Cette évolution a été permise par une augmentation substantielle des contributions des membres du GIP, autorisant un triplement de la masse salariale de l’agence (+ 1,3 M€ entre 2021 et 2023).