L’épidémie d’Ebola en RDC révèle des lacunes en matière de santé communautaire - AMREF France

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Alors que la République Démocratique du Ccongo (RDC) lutte contre une épidémie d’Ebola qui se propage rapidement, l’investissement dans la surveillance sanitaire communautaire est crucial, écrit Githinji Gitahi, PDG d’Amref Health Africa.

Depuis que l’ Organisation mondiale de la santé a déclaré l’épidémie d’Ebola en RDC et en Ouganda comme une urgence de santé publique de portée internationale le 17 mai, la maladie a continué à se propager rapidement.

La menace immédiate est la rare souche Bundibugyo du virus Ebola, pour laquelle il n’existe aucun vaccin ni traitement homologué. Mais l’inquiétude plus profonde va bien au-delà du virus lui-même.

Au 27 mai, l’épidémie avait atteint plus de 1 000 cas suspects et 246 décès suspects en RDC, tandis que l’Ouganda avait confirmé sept cas et un décès.

L’insécurité généralisée dans l’est de la RDC complique les efforts de confinement, tandis que la porosité des frontières rend la prévention particulièrement difficile. Ensemble, ces facteurs réduisent considérablement les possibilités d’éviter une crise régionale plus vaste.

La question la plus urgente n’est pourtant pas de savoir si cette épidémie peut être contenue, mais plutôt si nous avons suffisamment investi dans les systèmes permettant de détecter et d’enrayer les épidémies avant qu’elles ne deviennent des situations d’urgence.

Chaque cas initial d’une épidémie de maladie infectieuse débute au sein d’une communauté, bien avant d’atteindre un hôpital. Or, une vulnérabilité critique persiste : les cas ne sont généralement identifiés que cinq à sept jours après l’apparition des symptômes, ce qui permet au virus de se propager insidieusement dans les foyers et les marchés avant que les systèmes de santé ne soient alertés. Ce délai fait toute la différence entre le confinement et la catastrophe.

Ce sont les systèmes de santé communautaires, et non les hôpitaux, qui doivent être en première ligne de notre réponse.

La surveillance communautaire permet aux communautés de détecter et de signaler systématiquement les signaux inhabituels d’épidémie grâce à une surveillance active porte-à-porte, permettant ainsi aux autorités sanitaires d’intervenir avant qu’un événement localisé ne dégénère en crise régionale ou continentale.

Dans le contexte de Bundibugyo, où les soins de soutien précoces restent la seule intervention vitale disponible, la réduction du délai de détection de plusieurs jours à quelques heures est directement corrélée à la préservation de la vie humaine.

L’efficacité de la surveillance communautaire n’est pas théorique. Lors de l’épidémie de Marburg de 2023 en Tanzanie, une agente de santé communautaire de la région de Kagera a été alertée de décès inexpliqués. Son signalement rapide, via les canaux de santé communautaires établis, a déclenché une réponse coordonnée qui a permis de contenir l’épidémie en 78 jours.

Lors de la riposte à l’épidémie d’Ebola en Ouganda en 2022, le renforcement des systèmes de santé communautaires a permis de réduire considérablement les délais de détection, passant de sept jours ou plus à seulement 24 à 48 heures, accélérant ainsi l’identification des cas et les efforts de confinement.

Lors de l’ épidémie d’Ebola de 2018-2020 en RDC, les systèmes de santé communautaires ont obtenu des résultats exceptionnels : les agents formés sont restés mobilisés et ont transmis des rapports quotidiens avec une remarquable constance. Sur les milliers de cas signalés par les communautés, la quasi-totalité a été classée comme alerte légitime, a fait l’objet d’enquêtes par les équipes d’intervention et a permis la prise en charge des patients dans les centres d’isolement. Après le renforcement du système de santé communautaire, celui-ci a pris en charge près des trois quarts des alertes épidémiques.

Ces données probantes démontrent que lorsque les systèmes de santé communautaires sont autonomes et dignes de confiance, ils deviennent le système d’alerte précoce le plus efficace qui soit.

Des tests diagnostiques sont nécessaires

Toutefois, la surveillance communautaire ne fonctionne pas de manière isolée. Elle nécessite une infrastructure institutionnelle, une capacité de diagnostic rapide, des systèmes de laboratoire capables de fournir des résultats en 24 à 48 heures et une coordination transfrontalière.

Bien que la science ait pris du retard, la surveillance communautaire bénéficie énormément des diagnostics rapides au point de soins, car ils raccourcissent le délai entre la suspicion et l’action, permettant une prise en charge plus précoce et un confinement plus rapide.

Bien que des tests de diagnostic rapide du virus Ebola existent, ils ne sont pas largement déployés, principalement parce que les incitations économiques pour les fabricants à rechercher, développer, produire et distribuer ces tests dans des contextes aux ressources limitées sont faibles.

L’épidémie de 2014-2015 a démontré que même lorsque des tests de diagnostic rapide sont devenus disponibles, ils n’ont pas permis de réduire sensiblement les délais de diagnostic, car les tests moléculaires de confirmation restaient le principal obstacle.

Les institutions mondiales comme la Fondation pour les nouveaux diagnostics innovants (FIND) devraient jouer un rôle de catalyseur et de coordination pour accélérer l’accès équitable aux diagnostics rapides au point de soins afin de compléter la surveillance communautaire des maladies si l’on veut que le monde soit plus à l’abri des épidémies.

De plus, la communication sur les risques doit activement lutter contre la désinformation et la méfiance, qui constituent des obstacles persistants empêchant les communautés de signaler les maladies ou de demander des soins.

Lorsque ces systèmes sont intégrés et prépositionnés, les réseaux de professionnels de santé formés peuvent passer de l’alerte à la réponse en quelques heures plutôt qu’en quelques jours , interrompant ainsi la transmission avant que les épidémies ne deviennent incontrôlables.

Pourtant, même les outils les plus perfectionnés restent inefficaces si les communautés n’ont pas suffisamment confiance dans les systèmes pour signaler rapidement les maladies ou demander de l’aide.

La surveillance communautaire

En l’absence de vaccins ou de traitements approuvés pour la souche Bundibugyo, l’engagement communautaire devient en réalité notre premier « vaccin », sensibilisant la population, instaurant la confiance, modifiant les comportements et activant les systèmes d’alerte précoce qui ralentissent la transmission avant que les épidémies ne s’aggravent.

Lorsque les communautés sont informées, responsabilisées et connectées aux systèmes de diagnostic et d’intervention, elles deviennent notre ligne de défense la plus puissante.

Les systèmes de santé communautaires figurent parmi les investissements les plus rentables en matière de prévention et de réponse aux épidémies. Ils constituent le premier et le plus essentiel investissement, car ils tirent parti des réseaux sociaux existants et renforcent les structures auxquelles les communautés font déjà confiance.

Des pays de toute l’Afrique ont démontré que l’intégration de la surveillance communautaire à une capacité de diagnostic rapide et à une logistique de réponse coordonnée crée un mécanisme d’alerte précoce complet, capable de détecter les menaces avec une rapidité sans précédent.

Cependant, ces systèmes s’effondrent sans la confiance, élément fondamental. Les communautés doivent avoir la conviction que le signalement d’une maladie entraînera soutien, soins et protection, et non stigmatisation, isolement ou sanctions.

Alors que l’épidémie de Bundibugyo menace de s’étendre à toute l’Afrique de l’Est, au continent africain dans son ensemble, et potentiellement au-delà, notre réponse doit être rapide et axée sur la communauté.

Les gouvernements et les partenaires internationaux doivent immédiatement renforcer et étendre les systèmes de santé communautaires dans toute la région, en veillant à consolider les réseaux de surveillance, à former et équiper les agents de santé locaux et à intégrer pleinement ces systèmes aux cadres nationaux de riposte. Cela implique la mise en place de laboratoires de diagnostic rapide, le prépositionnement d’équipes d’intervention dans les régions frontalières à haut risque et le déploiement de protocoles de surveillance communautaire active.

Les premières semaines d’une épidémie sont celles où la prévention reste possible et où le coût des mesures est le plus faible. Dès que la transmission communautaire s’installe, les stratégies passent de la prévention au confinement, et les coûts humains et économiques augmentent fortement. Chaque jour de retard accroît le nombre de personnes exposées et rend l’épidémie plus difficile à maîtriser.

Des années de lutte contre Ebola, Marburg, la COVID-19 et d’autres urgences de santé publique convergent vers une conclusion : les systèmes de santé communautaires ne sont pas un luxe, mais une nécessité. Ils constituent la première ligne de défense contre les épidémies qui ne connaissent pas de frontières. Il est urgent de renforcer et de doter ces systèmes des ressources nécessaires.

Cet article a été produit par le bureau international de SciDev.Net.

Auteur : Dr. Githinji Gitahi est PDG d’Amref Health Africa et ancien commissaire africain à la riposte à la COVID-19.

Article initialement publié sur : https://www.scidev.net/global/opinions/drc-ebola-outbreak-exposes-community-health-gaps/

Le moment d’agir est maintenant

Les premières semaines d’une épidémie sont cruciales : c’est le moment où la prévention est encore possible.

Si vous souhaitez soutenir les efforts d’Amref pour la préparation et la réponse à Ebola, n’hésitez pas à faire un don dès aujourd’hui.

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Nancy MAALOUF