Une nouvelle fois, la Palme d’or cannoise fait polémique et divise la critique : du “corrosif et jubilatoire” (Femme actuelle), au “pesant et sentencieux” des Cahiers du Cinéma, les avis sont pour le moins partagés sur ce film suédois. The square de Ruben Östlund, avec Claes Bang, Elisabeth Moss et Dominic West ou le film d’un Candide suédois !
Une satire des Tartuffes de l’art contemporain
Pour ma part, je ne bouderai pas mon plaisir pour cette satire des Tartuffes de l’art contemporain et cette entrée en matière sur la différence ontologique entre une exposition et une non-exposition, expliquée dans une interview de notre sémillant directeur Christian (l’excellent Claes Bang) du musée X-Royal d’art moderne, questionné par une journaliste américaine ; interview digne des meilleurs pastiches de Raphaël Mezrahi. Mais, du briefing de deux énergumènes publicitaires, au délirant dîner de gala des amis des musées, les tribulations de la vie mouvementée d’un directeur de musée, fut-ce-t-il d’art contemporain, et aussi caricaturales soient-elles, ne sauraient suffire à alimenter cette fiction pour le moins décalée.
Les limites de notre société contemporaine
L’intérêt du film est plutôt dans sa construction, qui enchaine de menus incidents, trame d’un dérèglement progressif d’une vie sociale suédoise pourtant plutôt réputée sans histoire. Au-delà des poncifs bien pensants et du politiquement correct, le film met ainsi en scène, avec une désinvolture désabusée, les limites de notre société contemporaine attirée par l’idéal du bonheur individuel et collectif, mais confrontées sans cesse à l’inégalité, à la pauvreté visible, ou à l’incompréhension communicative.
Une forme de conte philosophique
Avec un génie dérangeant de la mise en scène, le réalisateur promène son personnage de Candide dans une forme de conte philosophique où l’univers familier met toujours en difficulté les bonnes intentions et les bons sentiments, et comme pour son Snow Therapy, Ruben Östlund met la confiance (perdue) des sociétés nordiques dans un progrès social sans limite au centre d’un récit, dont l’humour léger et incisif pose une regard sur notre humanité, qui n’est pas sans rappeler Kaurismäki, le finlandais.
À voir, pour critiquer la critique !
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Par Gérard Poitou. MagCentre.