Châtenay-Malabry : les défenseurs du patrimoine vent debout contre les permis de démolir de la cité-jardin

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leparisien.fr - 19 février 2026
par Hendrik Delaire

Neuf immeubles de la Butte rouge vont être rasés dans le cadre d’un projet de requalification porté par Hauts-de-Bièvre Habitat et soutenu par la municipalité. Un collectif d’associations conteste ces destructions et annonce de nouvelles actions en justice.

Châtenay-Malabry, février 2026. Neuf bâtiments du quartier de la Butte rouge sont visés par des permis de démolir déposés en décembre dernier par le bailleur Hauts-de-Bièvre Habitat. DR

Les premiers immeubles voués à être détruits dans le quartier de la Butte rouge sont désormais ciblés et bien connus. Le bailleur social Hauts-de-Bièvre Habitat, qui gère l’emblématique cité-jardin de Châtenay-Malabry, a déposé les premières demandes de permis pour y démolir neuf bâtiments.

Quatre d’entre eux sont situés du 9 au 13, rue Paul-Lafargue. Les cinq autres se trouvent entre le 309 et le 335 de l’avenue de la Division-Leclerc. Le dépôt de ces permis de démolir marque une nouvelle étape dans le projet de requalification de cet ensemble de 3 300 logements sociaux construit des années 1930 à 1950.

L’opération prévoit de passer de 3 300 à 4 300 logements par le biais de rénovations, d’extensions avec ajout d’ascenseurs… mais aussi de démolitions-reconstructions en fonction du degré de protection. Objectif : mettre aux normes d’accessibilité et d’isolation thermique et phonique les bâtiments qui seront rénovés, mais aussi créer 640 places de stationnement souterraines pour remédier à la pénurie dans le quartier et y réintroduire de la mixité sociale, en passant à 40 % de logements sociaux et 20 % de logements intermédiaires.

Véritable serpent de mer, ce projet oppose depuis plus de dix ans le bailleur et la municipalité d’un côté aux associations de défense du patrimoine, tant locales comme l’Association Châtenay Patrimoine Environnement (ACPE) et Sauvons la Butte rouge, que nationales comme Sites et Monuments, la Fédération Patrimoine Environnement et Docomomo France.

Si elles se disent favorables à la rénovation de ce quartier, ces dernières refusent toute démolition et plaident pour une extension du classement en site patrimonial remarquable (SPR) à l’ensemble de la cité-jardin. Validé en juin 2024 par la ministre de la Culture Rachida Dati, ce périmètre au sein duquel 90 % des bâtiments et des parcelles sont censés être protégés ne couvre que la moitié des 66 hectares de la Butte rouge.

« Les immeubles vont s’enfoncer dans la cité comme une hernie »

Après une première phase d’expérimentation menée sur des « îlots tests » de trois immeubles, les associations voient leurs craintes se confirmer avec le dépôt de ces permis de démolir, toujours en cours d’instruction, qui concernent neuf bâtiments situés en dehors de la zone classée SPR.

« Ils passent aux choses sérieuses en s’attaquant à des bâtiments de la première et de la troisième tranche, construits respectivement entre 1931 et 1933 et entre 1948 et 1950, explique Julien Lacaze, président de l’association Sites et Monuments. Ils sont situés le long de l’avenue de la Division-Leclerc et de la ligne de tramway T10. C’est la partie la plus attractive pour les promoteurs. Quand on regarde les immeubles situés de l’autre côté de l’avenue, on voit ce qui nous guette. Ils vont traverser l’avenue pour bétonner le long de cet axe puis s’enfoncer dans la cité comme une hernie. D’un côté, il y aura des immeubles des années 1930 et à proximité immédiate des blocs de promoteur. »

« Cette densification va se faire au détriment des espaces verts et du millier d’arbres que compte la cité-jardin, prédit Barbara Gutglas, membre de l’ACPE. Ces permis de démolir ont été déposés alors qu’il y a encore des habitants qui vivent dans ces bâtiments et malgré le recours au Conseil d’État sur le périmètre du SPR. »

Le collectif d’associations avait déposé en septembre 2024 un recours contre le périmètre du SPR devant la plus haute juridiction administrative pour l’étendre à toute la cité-jardin. Cette dernière s’est jugée incompétente et a renvoyé la balle vers le tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise), devant lequel le recours est pendant.

« Les opposants retardent la rénovation en déposant sans cesse des recours »

En attendant une date d’audience, les associations entendent mener d’autres actions juridiques. « Nous allons demander une instance de classement de ces bâtiments hors périmètre au titre des monuments historiques pour une durée provisoire d’un an afin de suspendre le processus de démolition », indique Julien Lacaze, qui assure qu’un courrier en ce sens est sur le point d’être envoyé auprès du ministère de la Culture.

« Fin 2025, les habitants qui vivent dans des logements petits et inadaptés et attendent ce projet avec impatience depuis dix ans étaient satisfaits de voir enfin les premières autorisations d’urbanisme déposées, rétorque le maire Carl Segaud (LR), candidat à sa réélection aux prochaines municipales. Il n’y a rien de nouveau, rien de différent, juste la mise en œuvre, enfin, du projet de restauration du quartier. Si la rénovation avance moins vite que prévu, ce n’est pas par manque de volonté mais parce que les opposants la retardent en déposant sans cesse des recours. »

Ce dernier tient à rappeler que « 80 % des bâtiments seront conservés et rénovés » grâce à un règlement intégré dans le plan local d’urbanisme intercommunal. Le premier magistrat indique aussi que « 95 % des 750 familles déjà relogées l’ont été à Châtenay-Malabry » et qu’à surface identique, chez le même bailleur, « le loyer restera identique pour les habitants actuels ».

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François Besseron