« Je suis heureuse d’avoir grandi là. » - SOS Villages d'Enfants

Compatibilità
Salva(0)
Condividi

Célia, 24 ans, vit à Grisolles, « une petite ville à une trentaine de minutes de Toulouse », précise-t-elle d’une voix posée. La jeune femme a grandi au village d’enfants  de Digne-les-Bains de ses 3 ans à ses presque 18 ans. Elle partage un appartement avec son compagnon et travaille comme vendeuse dans un Super U. « Je fais la caisse, les rayons, un peu de tout… Cela me plaît beaucoup. ». Avant de trouver ce poste, elle avait fait ses armes dans la grande distribution et dans une animalerie. « Mes études n’avaient pourtant rien à voir, sourit-elle. Je voulais faire un CAP pâtisserie, mais le boulanger qui m’avait promis de me prendre comme apprentie m’a lâchée peu de temps avant la rentrée.  » Célia s’était alors orientée vers un CAP fleuriste et avait découvert qu’elle était allergique au pollen ! Sociable derrière sa caisse, la jeune femme reconnaît l’être moins dans sa vie privée. « Je suis très casanière et j’ai peu d’amis. » Un tempérament qu’elle explique par son début de vie compliqué.

Bien grandir, malgré les épreuves

« J’ai grandi dans une grande précarité et le compagnon de ma mère était violent avec nous…, raconte-t-elle. Nous étions souvent seuls, livrés à nous-mêmes et c’est mon frère, sept ans plus âgé, qui s’occupait de la toute petite que j’étais encore. »

Les circonstances du signalement de leurs maltraitances sont floues. Une voisine aurait alerté les services sociaux. Célia n’a pas de certitudes ; consulter son dossier est au-dessus de ses forces. Après avoir passé quelques mois en foyer, elle a retrouvé son frère et sa sœur, alors âgés de 6 et 10 ans, lorsque la fratrie a rejoint le village d’enfants SOS.

À son arrivée, Célia se souvient s’être immédiatement réfugiée derrière les jambes de Carole, son éducatrice référente au sein du village. Elle sait qu’elle avait été éblouie par la maison. « Je partageais ma chambre avec ma sœur, raconte-t-elle, et la maison était grande, lumineuse, spacieuse… C’était le luxe pour nous. »

Au cours de sa vie au village, deux adultes deviendront pour Célia des figures d’attachement majeures. Carole d’abord, et Antoine Thouroude, alors chef de service du village et qui en est aujourd’hui le directeur. « Carole, je l’appelle Manoune ou Manounette. C’est devenu ma “maman”. Je la vois souvent, j’ai passé de nombreuses vacances avec elle, c’est elle que j’appelle pour la fête des Mères, c’est mon socle… »

Antoine, lui, incarnait une présence paternelle, rassurante, soutenante. « Ils n’ont jamais été dans le conflit avec moi. Quand je dérapais, ils m’aidaient… calmement. » La jeune femme évoque son adolescence, période de sa vie où, dit-elle, elle était « tombée dans des addictions  ». « Je n’étais pas bien. Carole l’a vu et quand je lui ai expliqué pourquoi, elle a fondu en larmes. Puis, sans me juger, elle m’a aidée à m’en sortir en me faisant rencontrer des professionnels du soin, mais surtout en étant là, en me parlant. »

S’émerveiller et s’apaiser

L’apaisement, Célia l’a aussi trouvé grâce aux activités sportives et collectives proposées par SOS Villages d’Enfants. « J’ai fait les séjours du programme d’épanouissement par le sport, qui m’ont permis de découvrir le catamaran, le surf, la plongée… J’ai aussi participé plusieurs fois au VESOS Trophy (des tournois sportifs intervillages, NDLR ) que j’ai adoré. » La jeune femme cite encore les sorties (ski, piscine, cinéma ) organisées par Alain, l’animateur du village, et une journée qui l’a émerveillée : celle passée à Disneyland, aux côtés de Laurence Ferrari, qui était à l’époque ambassadrice de l’association. « J’ai encore la peluche qu’elle m’a offerte », sourit Célia.

Ses années au village lui ont forgé des valeurs : « Ne pas blesser les autres, être gentil, ne pas juger, faire preuve de compréhension, aider son prochain… » Aujourd’hui, Célia estime que le village d’enfants lui a offert ce qu’elle n’aurait jamais trouvé ailleurs : « Des repères, des personnes sur qui compter, une stabilité. Cela n’a pas toujours été tout rose, mais je suis heureuse d’avoir grandi là. »

Recapiti
Marine Flochlay